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Belle édition du poème de Voltaire soigneusement établie par Pierre Daunou avec des notes et des variantes.
Ce poème épique relate en dix chants le siège de Paris commencé par Henri de Valois et son beau-frère et successeur
Henri III de Navarre, le futur Henri IV, et achevé par Henri IV seul. Publié secrètement à Rouen par Viret en
1723
sous le
titre La Ligue ou Henry le Grand, avec un faux lieu d’édition (
Genève
) et un faux nom d’éditeur (
Mokpap
), ce poème ne
comportait alors que neuf chants. Ce ne sera que cinq ans plus tard qu’apparaîtra pour la première fois à Londres l’édition
complète et définitive en dix chants.
Imprimée sur vélin Montgolfier d’Annonay, cette édition-ci, tirée à
200
exemplaires seulement, a été imprimée sur les
presses de Firmin Didot avec les beaux caractères qu’il avait lui-même gravés pour les
Lusiades
de Camões.
Elle est ornée d’un frontispice et d’une figure hors texte dessinés par
François Gérard
et
Charles Percier
: le premier, gravé
au burin par
Henri-Charles Müller
, est un portrait d’Henri IV dans un médaillon emblématique ; la seconde, gravée par
H. Dupont
, représente l’entrée triomphale du monarque à Paris.
Très bel exemplaire dans une splendide reliure à la cathédrale ornée de motifs mosaïqués de Joseph Thouvenin,
exécutée sur la demande de Firmin Didot pour être offerte à Madame Gérard, avec cet ex-dono autographe signé :
Hommage offert à Madame Gérard, son respectueux serviteur et ami Firmin Didot
.
Le volume a par la suite été offert par Madame Gérard au D
r
Sabatier, qui l’a légué au D
r
Prosper Lucas en
1837
et
appartenait en
1852
à M. de Beauval, qui l’a offert lui-même à M. Fauvel en
1860
, avec ex-dono manuscrits.
Existerait-il un lien de parenté entre cette Madame Gérard et François Gérard, célèbre portraitiste sous Napoléon I
er
, qui
tenait salon à Paris ? Quant au docteur Prosper Lucas (
1808
-
1885
), on sait que celui-ci fut président de la Société Médico-
Psychologique à Paris. Il est l’un des inspirateurs de la Théorie de la dégénérescence et ses écrits ont largement inspiré
Émile Zola pour son roman
Le Docteur Pascal
.
Dos légèrement passé, quelques rousseurs sans gravité.
Brunet V, 1361 (« belle édition ») – Devauchelle, Joseph Thouvenin et la reliure romantique, Paris, 1987, pp. 131-135.
Exposition : Relieurs et reliures décorées en France à l’époque romantique, Bruxelles, 1995, n°45 et pl. VII.




