Previous Page  67 / 162 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 67 / 162 Next Page
Page Background

66

Émile

ZOLA

– Lettre autographe signée adressée

à sa

« chère femme »

en voyage à Rome. Paris, 13

novembre 1895. 3 pp. in-8.

Longue lettre écrite à sa femme en séjour en

Italie alors que Zola termine l’écriture de

Rome

,

second volume de la série des

Trois villes

Zola évoque les visites de son épouse à Rome

et une soirée parisienne:

« …

ta seconde lettre de

Rome, reçue ce matin, m’a intéressé infiniment. En

as-tu fait des visites, dimanche ! Je revois tout ce

monde-là, et ça m’amuse.

Je ne crois pas que les

Hébert

[le peintre Ernest Hébert (1817-1908) avait

reçu Zola à Rome un an plus tôt pour la préparation

de

Rome

]

surtout lui, soient de fausses bonnes gens

mais naturellement, ils ne pensent pas comme moi.

Tous les autres te donneront la comédie, car ils ont

peur au fond, c’est visible

. Enfin tout va pour le mieux,

puisque Rome te distrait. J’ai dîné ce soir chez les

Charpentier

[les éditeurs Georges et Marguerite

Charpentier qui ont notamment publié

L’Assommoir

en 1877]

Le père, la mère, la fille et moi : en tout

quatre, j’ai préféré cela. Un bon petit dîner, et ç’a

été très gentil en somme. Nous avons causé de ton

voyage, de l’Italie, de Venise, de Goncourt qui est

prodigieux de santé, de Daudet qui va doucement,

de Léon

[Daudet qui a épousé Jeanne Hugo, petite-

fille de Victor Hugo en 1891]

qui est en Espagne avec

Georges Hugo

[le fils de Charles, petit-fils de Victor]

et sa femme (tu vois la joie de Madame Lockroy), de

Lockroy

[Edouard Lockroy, à la tête du ministère de

la Marine, qui a épousé la veuve de Charles Hugo]

aussi qui est ravi d’être à la Marine, un rêve caressé

paraît-il, de Georgette dont le ménage menace d’être

121

troublé par sa passion exclusive pour son enfant,

de Fasquelle

[

Rome

paraîtra chez Charpentier et

Fasquelle en 1896]

qui va cahin-caha, enfin de tous

et de tout. Je les ai quittés à onze heures, et je suis

rentré pour t’écrire..

. »

Puis lui fait partager son quotidien et les nouvelles

familiales : «

Petites nouvelles – Fouquet, le joaillier,

est venu me montrer des bijoux. Aucun ne m’a

plu, et, bien qu’il parlât d’occasions, j’ai trouvé les

prix excessifs. Je lui ai dit que tu étais en voyage….

– Simonis notre fumiste de Médan, est venu me

demander deux cents francs, d’acompte, et je les lui

ai donnés.

Mariani m’a fait de nouveau cadeau de

quatre bouteilles de whisky. Mais, cette fois, il y a joint

douze bouteilles de son vin, ce qui est plus sérieux.

J’en ai entamé une après mon déjeuner, et un petit

verre m’a grisé. Décidément toutes ces préparations

pharmaceutiques où il entre de l’alcool, ne me valent

rien

.

Tu t’en régaleras... La dernière oie a eu le cou

pris dans une des petites portes de la canardière,

et comme elle n’allait pas bien,

Léonie a préféré la

tuer et me l’envoyer. Bon Dieu ! quel gros morceau

pour moi tout seul !...

Tu dois savoir qu’Albert n’est

qu’admissible, c’est-à-dire qu’il a été reçu à l’écrit,

mais pas à l’oral. Amélie doit en être chagrine, car

elle désirait bien vivement qu’il gagnât une année.

Lui, en paraît déjà consolé. Il va rentrer au lycée… »

Je cherche toujours quelque commission à te donner

et je ne trouve pas.

Si tu pouvais me rapporter mon

roman fini, ce serait encore ce qui m’irait le mieux

; mais tout ce que tu me rapporterais ne ferait que

l’allonger, et en vérité je n’y tiens pas… »

€ 1’500 - 2’000