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fois que je le constate : les Parisiens ont le cœur court, si ce n’est la memoire

! “Il faut se faire une raison”... oui.

 » (16.11.1976)

Sur Andre Malraux : « 

Oui ! la mort de Malraux a fait un grand

fracas, a la mesure du personnage qui fascinait par l’etrangete de son

comportement et ses propos de sybille dans les vapeurs de forts alcools !

 »

(30.11.1976)

Sur Julien Green

 : « 

C’est, lui aussi, un etre fascinant, pour bien

d’autres raisons que Malraux. (...) Il est secret et mysterieux : cependant

il se raconte longuement et minutieusement dans son Journal !.. Il est vrai

que dans la solitude du cabinet de travail, un ecrivain parle plus aisement

a son papier qu’en societe. Quoi qu’il en soit, j’aime son allure presque

ecclesiastique (pas genre Jouhandeau) et ses airs feutres qui sont souvent

dementis par une ardeur du regard et un sourire en demi-teinte, qui peut

aller jusqu’au sourire narquois. Il est intimidant comme le sont tous les

timides. On est tenu a distance.

 » (30.11.1976)

Sur Giorgio Morandi

 : «

Merci pour votre lettre et pour les images

de Giorgio Morandi.

(...)

Elles recelent un secret qui les rend proches et

lointaines a la fois. Matiere ? Pensee ? Un œil pas comme les autres en tous

cas.

 » (25.1.1977)

Sur le goût des garcons

 : «

Mais, evidemment, manquent dans mon

horizon des serviteurs attentifs – superbes et landais – qui se font lever

par des dames en mal de males... Au marche

(...)

vont et viennent

quelques garcons de formes avantageuses, des “vacanciers” court-vetus,

des agriculteurs qui affichent des airs mauvais garcons et, eux, courent

les filles qui rient sous cape. C’est une survivance des marches d’esclaves.

Je regarde plus ou moins furtivement. On me connait. Je traine une

reputation qu’il faut sauvegarder ! Bien que...

 » (15.8.1977)

Sur la vie de province

 : « 

Je viens de rentrer de la grande foire annuelle

dite “aux oignons”. C’est une survivance des grandes foires du moyen age.

On s’y rencontre, on s’y donne des nouvelles de l’an passe, on y discute. Cela

dure toute la matinee. Bien sur on peut trouver pendant toute l’annee

ce qu’on y vient acquerir ce jour-la. Mais les coutumes, heureusement,

ont la vie longue, et celle-ci ne bouge qu’en apparence (les carrioles sont

remplacees par des automobiles, les vetements ont pris des couleurs, les

jeunes gens sont plus deshabilles et ont bien plus l’apparence de gitans, de

mauvais garcons, que de petits paysans de la Gironde. Pour le reste, on

demeure encore mu par des habitudes ancestrales qui font executer aux

vivants les gestes que pendant des generations, ont accomplis les morts. Je

crois que c’est cela, la vie eternelle !

 » (31.8.1977)

Sur Marcel Jouhandeau

 : « 

Je pense que la mort de Marcel Jouhandeau

vous a frappe en plein cœur ! Je l’ai apprise hier matin, dans le train qui

m’amenait de Paris a Courtras, en deployant mon journal assis dans le

wagon au moment ou je quittais Paris ! Il etait mort depuis samedi soir et

je n’en avais rien su ! Personne ne me l’avait apprise

. (...)

Comme je ne sais

a qui dire ma peine, mon emotion, mes sentiments de grande admiration

– puisque je ne connais qu’ a peine ce Marc qui etait devenu son fils,

c’est a vous, cher Castor, que j’adresse ces lignes, car vous etiez pour lui

un ami essentiel ! Et vous ne vous etiez jamais rencontres physiquement.

Mais quelle rencontre d’esprit et d’ ame. Je vous embrasse de tout cœur,

tristement, mais glorieusement, car la mort de Marcel Jouhandeau met

son œuvre au sommet de la litterature francaise, elle va resplendir de

tous ses feux ouverts, de son style de diamant, etincelante et souveraine

 »

(10.4.1979)

Sur Dunoyer de Segonzac et Andre Derain

 : « 

Je vais tacher d’aller

visiter cette exposition de D. de Segonzac dont vous me parlez. Je l’ai

connu et sa femme, la comedienne Therese Dorny. Il etait un seigneur. Je

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