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Quelquefois, l’auteur se corrige après-coup ; ainsi, il avait noté “
Sa fille
” mardi 5, puis
se reprend : “
non : le lendemain.
” En effet, cette enfant dont “elle lui a appris avec autant
de précautions l’existence” (
Œuvres
I, 698) se trouvera évoquée lors de l’épisode de la place
Dauphine, le mercredi 6.
Dès le premier jour, le carnet enregistre des bribes de conversation, “phrases qui sont celles où
je retrouve le mieux le ton de sa voix et dont la résonance en moi demeure si grande” (Breton,
Nadja, Œuvres
I, p. 719).
“«
Qui je suis ?- Je suis l’ âme errante.» Où je dîne ? N’importe, là, au plus près» (le doigt
tendu.) Toujours ainsi.
Demande de livres.”
(4 mars)
Ou ces phrases prophétiques reprises partiellement par Breton, dimanche 10 :
“«
Tu écriras un roman sur moi». Prière. Il faut que qq ch reste. «Autrement tout s’affaiblit,
tout disparaît». Tu prendras un autre nom. Quel nom ? C’est très important. Il faut que ce
soit le nom du feu, puisque c’est toujours le feu qui revient quand il s’agit de toi. La main
aussi, mais moins important.
”
Le carnet contient néanmoins des détails qui ne seront pas repris dans le récit final. Ainsi,
jeudi 7, il détaille l’apparence de l’homme vu par Breton aux côtés de Nadja, tout comme il
évoque Artaud :
“
Je me montre discrt
t
. Elle parle une minute à l’ homme, assez vulgaire, barbe noire
40 ans. Puis le quitte, me rejoint. Surprise. Allons Taverne Gararine. Trop de monde.
Artaud dans le coin
”.
Mardi 5 et samedi 9, il dévoile l’identité du “grand ami” de Nadja –
Edmond
– nommé G...
dans le récit :
“
Quel est ce Gouy, si puissant en influences – voir jeudi. Je cite ce nom à Éluard. Justement
le nom du président d’assises qu’il a cherché (procès Sierni) est Gouy”.




