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[…]

Maintenant, mon cher père, Honorine et moi, nous nous aimons plus que jamais

[…]

Je crois maintenant mon cher père, que tu pourrais écrire à Amiens pour établir les relations officielles entre les deux familles. J’ai bien

vu qu’on attendait donc une lettre de toi, et je te serais très reconnaissant de vouloir bien t’exécuter

[…]

« …de vouloir bien t’exécuter... »

et non :

« bien vouloir »

… C’est presque un ordre. Jules Verne use d’un ton très libre avec son père,

d’une familiarité spirituelle.

[…]

Si tu veux le faire directement, c’est à monsieur Devianne

8, boulevard Fontaine à Amiens qu’il faut adresser ta lettre à moins

que tu n’aimes mieux m’envoyer ton épitre. Je te recommande de prendre ta belle écriture, celle avec laquelle tu as demandé la main

de maman.

La famille Devianne

est très honorable et de très bonne naissance des deux côtés ; les parents maternels étaient des présidents de cour,

etc.

Réponds-moi donc à ce sujet, mon cher père, surtout en m’envoyant ta lettre.

Dès que j’aurai fait mon apprentissage chez M. Guiblain, ma position sera belle

(difficilement lisible)

tout de suite ; c’est convenu avec le frère

(Ferdinand, son futur beau-frère).

J

’avais une belle occasion de ficher le camp à Bruxelles cette nuit ; j’avais 600 000 francs de titres dans ma valise et 95 000 FF de

billets de banque que le frère m’avait donné

(sic)

pour remettre chez Guiblain. J’avais peur d’être volé.

Si l’on songe à la valeur du franc en 1856, ce sont des sommes énormes, en effet.

Enfin, je vous embrasse tous et sans illusions, ni imagination folle, je crois que j’ai trouvé le bonheur.

Que maman m’écrive avec ces demoiselles

(ses sœurs)

.

Ton fils respectueux

Jules Verne

Lettre 2 :

Assentiment du futur beau-père (1

er

novembre 1856)

L.A.S. (2 pp. et demi de format 13,3 x 21 cm), en date du 1

er

novembre [1856], de M. Deviane père adressée à Pierre Verne, par

laquelle il donne son accord pour le mariage entre sa fille Honorine et Jules Verne. Seule lettre connue de M. Deviane. Elle fait suite

à la précédente, incitant Pierre Verne à faire une demande officielle. Ce document important a été reproduit pour la première fois

à Nantes dans la publication

Dix lettres inédites de Jules Verne

(lettre n°9) et présentée à l’exposition

Jules Verne

à Yverdon en mai

1982.

Monsieur,

Lorsque monsieur votre fils m’a fait connaître les sentiments qui l’animaient, j’ai cru devoir lui faire les réflexions que m’avaient suggérées

sa détermination. Maintenant que votre assentiment lui est donné, je ne puis qu’accueillir avec plaisir la demande que vous nous faites en

son nom.

Les moments que j’ai passé avec monsieur Jules m’ont suffi pour l’apprécier. Les sentiments de délicatesse et d’affection qu’ils nous a

exprimés parlent assez en sa faveur. Aussi est-ce avec confiance que nous mettons entre ses mains le Bonheur de notre fille, et l’ave-

nir de ses jeunes enfants. Nous comprenons que le moment où il sera donné à Monsieur Jules de réaliser l’union qu’il a arrêtée soit

impatiemment attendu.

Monsieur Jules peut compter sur le concours de ma famille pour arriver à la position qu’il ambitionne ; nous faisons ici des vœux pour

que ses efforts soient couronnés de succès. Nous connaissons monsieur votre fils, et vous monsieur, ne connaissez ma fille que par la

renommée dont monsieur Jules s’est fait le complaisant organe. Aussi, monsieur, serons-nous heureux de vous voir tous au milieu de

nous ; vous y trouverez simplicité et Bon accueil. Ma femme et moi vous prions d’offrir nos civilités à madame Verne

(difficilement lisible)

et de recevoir pour vous, monsieur, l’expression de nos sentiments distingués.

Deviane

Amiens, le 1

er

novembre

8

Jules VERNE | Collection Weissenberg - Première vente