Ses périodiques passages donnaient lieu à des discussions passionnées mais paisibles, toujours modérées
par sa voix douce et son délicieux accent genevois, chantant et un rien traînant, sur d’invraisemblables
points de détails – une faute de composition dans une modeste édition brochée (qu’il recherchait pour
l’avoir bien relevée !), l’éclaircissement d’un problème sur la détermination contestée d’un premier tirage
in-12 – et il était rare qu’il ne nous quitte sans avoir débusqué, à défaut d’un gros gibier qui, parfois, avait
provoqué sa visite, une ou deux pièces ignorées et méprisées auxquelles il était bien le seul à accorder
de l’importance…
Car, intégré à l’ensemble de son édifice pour en soutenir la logique, le plus modeste témoin tombé entre
ses mains gagnait noblesse et prenait rang dans la lignée Hetzel.
En nous désignant à ses enfants pour dresser l’inventaire de ses collections et en être les experts, Éric
Weissenberg nous a fait le plus magnifique compliment qui se pût faire, qui est aussi et surtout un émou-
vant témoignage d’estime et d’amitié. Bien qu’à notre insu il fut malade depuis longtemps, son départ fut
soudain et jamais il ne laissa entendre la confiance secrète qu’il mettait en nous. La méritions-nous ? Sa
décision nous fut une surprise et cette question nous tourmentera toujours, quand bien mettrons-nous tout
en œuvre pour la justifier et nous en montrer dignes.
Méthodique et minutieux comme un conservateur, Éric Weissenberg nous a laissé un fichier complet (il
plaçait davantage sa confiance dans le papier que dans le virtuel informatique !) dans lequel aucune pré-
cision ne manque sur des détails (provenance et particularités rares ou insoupçonnables) dont certains
– ayons ici la franchise élémentaire de le confesser – nous auraient sans doute échappés. Nous veillerons
à ce que ces milliers de cartes couvertes d’informations précieuses (soigneusement rédigées, une pour
chaque objet !) demeurent réunies et classées, et survivent aux nombreuses ventes qui vont disperser ses
richesses.
La liquidation d’une succession est lourde et s’embarrasse de complications familiales, juridiques et finan-
cières de tous ordres, occasionnant tour à tour contretemps et précipitation. Après la surprise que nous
causa l’ultime appel téléphonique de son fils Daniel – deux années après un premier échange avec son
frère Luc – nous fûmes saisis par les échéances et le temps a soudainement manqué pour explorer d’autres
voies.
Ainsi, le douloureux regret, que nous partageons avec ses enfants, est que cet ensemble vernien excep-
tionnel, le seul de cette importance qui sera jamais proposé aux enchères, soit dispersé. Le travail était fait.
Et quel travail ! Celui de toute une vie. Il manquait seulement un lieu pour le recevoir. C’était l’occasion
pour un mécène entreprenant – qu’il soit un organisme public ou un particulier – de monter un musée
digne de Paris (près de cette Bourse que Jules Verne fréquenta un moment comme coulissier), consacré au
plus universel de tous les écrivains pour la jeunesse, et dont le contenu érudit, mais aussi, varié, coloré et
souvent spectaculaire, eût attiré les visites familiales et lui eût permis de rivaliser en richesse et en attraits
avec ceux de Bretagne et de Picardie.
Jean-Marie Embs et Philippe Mellot
Éric Weissenberg died on 30 October 2012, leaving us with one of the most dazzling collections of Vernian and Het-
zelian souvenirs to be seen since Piero Gondolo Della Riva’s collection on display at the Amiens museum. Two or three
other existing collections can be deemed beautiful and admirable, but they remain none the less of inferior interest as
they are essentially centred on publishing, books and prints.
In fact and until recently, there were only three important and dynamic museums: two are open to the public with one
in Nantes (Jules Verne’s birthplace) and the other in Amiens (his home town); the third was the Weissenberg Museum,
a private and exclusive collection fiercely guarded from the curiosity of connoisseurs by its gentle but sensitive keeper.
For Éric Weissenberg’s formidably rich and knowledgeable collection is indeed worthy of a museum as it contains a
number of unpublished Jules Verne drawings and autograph letters – some of which are from his youth and of great
biographical interest – presentation copies, precious and often unique photographs of the writer and his family, oil por-
traits, rare book and binder’s board editions, Hetzel posters at various stages of progress, theatre posters, original wash
drawings and gouaches illustrations - of which some are beautifully executed - various objects, games and chromos.
It is never ending as here the rolls of old posters that have been returned from the linen backer are still in their postal
package and have never been admired by their recipient. There, more original watercolours by Roux or Benett, lying
in a cardboard box... Éric Weissenberg owned so many Jules Verne film posters (all framed and possibly the complete
3




