Previous Page  116 / 252 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 116 / 252 Next Page
Page Background

114

272.

Édouard ROD

(1857-1910).

M

anuscrit

autographe,

L’Influence de Flaubert

, [vers 1885] ; 4 pages et quart oblong in-4

(traces de rouille).

300/400

S

ur

G

ustave

F

laubert

,

à l’occasion de la parution d’une nouvelle édition des

Œuvres complètes

(aux éditions A. Quantin). L’essai de

Rod tend à montrer la place « maintenant acquise au grand écrivain » : « Si nous en jugeons par le premier volume –

Madame Bovary

–, cette édition promet d’être fort soignée et fort instructive. Elle comprendra, en plus de ce que nous possédons déjà, des fragments

inédits, des ébauches, des notes abondantes, des variantes de textes [...] Les chercheurs pourront donc désormais travailler sur Flaubert.

Je crois bien qu’il est le seul des écrivains modernes qui ait cette fortune, avec Maupassant. Généralement, on attend pour les traiter

de la sorte qu’ils soient tombés dans le domaine public ». Il regrette que nombre d’auteurs soient malheureusement réimprimés sans

appareil critique ou documentaire supplémentaire mais se réjouit du sort réservé à l’œuvre flaubertienne. « Il est, en effet, un des maîtres

du dix-neuvième siècle qu’il sera le plus nécessaire d’étudier, parce qu’il est de ceux qui ont exercé le plus d’influence sur notre époque.

C’est lui qui l’a délivrée des entraves du romantisme, en même temps qu’il s’en dégageait aussi »... Etc.

273.

Édouard ROD

. 3

carnets

autographes, janvier 1905-avril 1906 ; 3 carnets de 51 pages in-12, 24 pages petit in-4 et

29 pages in-12, couvertures de moleskine noire.

1 500/2 000

C

arnets

de

voyages

en

I

talie

.

Rédigés d’un seul jet, les journaux de Rod ne comportent que peu de ratures. L’auteur y confie presque quotidiennement ses

impressions, décrit ses découvertes, retranscrit des anecdotes et conversations. Ces notes de voyage témoignent du climat littéraire,

politique et social de l’Italie du début du XX

e

siècle. Devancé par sa renommée, qui lui ouvre de nombreuses portes, Rod est fêté

et chaleureusement accueilli à chacun de ses déplacements ; ses voyages sont l’occasion de rencontrer des personnalités importantes,

nombre d’écrivains, artistes et critiques. Quelques visites inspireront ses futurs écrits. Nous n’en donnerons ici que quelques extraits.

Janvier 1905

. Rod est en déplacement officiel à Rome, à l’occasion d’une réception en son honneur à laquelle participent les plus

grands noms de la littérature italienne. Les premières notes sont écrites à Turin, le 2 janvier, où il dîne en compagnie de l’écrivain et

sociologue Guglielmo

F

errera

avec lequel il échange entre autres sur l’art : « Il soutient la supériorité des artistes modernes sur ceux que

la tradition a consacrés. Je lui réponds qu’en effet, l’outil, la technique se sont améliorés, mais que ce n’est pas la perfection de l’outil qui

fait celle de l’ouvrier, ni la perfection de la technique qui fait celle de l’œuvre ». Son interlocuteur, peu convaincu, maintient sa thèse :

« C’est un destructeur. Le passé n’est pour lui qu’un obstacle à l’œuvre de l’avenir. Il l’empêche au lieu de le préparer »... À Rome le

5 janvier, il retrouve la comtesse Caetani

L

ovatelli

et son salon littéraire, fréquenté par quelques personnalités romaines. Le 6, visite

des monuments et églises de la ville, notamment San Francesco a Ripa, où il a été marqué par le monument

Beata Ludovica Albertoni

par

L

e

B

ernin

, « admirable expression de volupté pâmée, gâtée seulement par l’excès des draperies. Et pourtant, B. sait être sévère. Il

l’est souvent dans ses bustes », leur conférant un « certain caractère décoratif. Ce caractère me déplaisait autrefois. Je le comprends

très bien aujourd’hui : il indique, après tout, une vue très juste de la vie et de sa complexité [...]. C’est en opposition à leur sentiment

méditatif, intime, enfermé, la libre expression de la vie, qui veut affirmer sa forme. C’est puissant et magnifique »... Il va le soir à une

représentation de

Cavalleria rusticana

au Théâtre Quirino. Le 8, il assiste à Saint-Pierre à une cérémonie en grande pompe dont il

détaille la mise en scène et les costumes... Puis, soirée chez la comtesse Lovatelli, en compagnie de la « belle figure de

V

isconti

-V

enosta

[

politique et diplomate], avec sa haute taille robuste, sa barbe d’argent, ses cheveux blancs, il est solennel et parle lentement »... Le 9, il

est introduit au Vatican, où un prêtre lui fait la visite. Le lendemain, il reçoit la visite de son ami l’historien Edouardo

S

oderini

, « qui

m’a entretenu du programme et des aspirations de la démocratie chrétienne.

Tout pour le peuple et par le peuple

– l’instruire, faire son

éducation morale et civique, pour le rendre apte à se gouverner »... Visite à la femme de lettres Grazia

D

eledda

, « petite femme avec

ses beaux yeux et sa figure si expressive, [...] d’une simplicité parfaite, et j’aime ce talent qui [...] parle avec naturel »... Puis il est reçu

au Vatican par le cardinal

M

erry

de

V

al

, avec lequel il s’entretient longuement... Le 12 janvier, déjeuner chez Piperno en compagnie

de Sibilla

A

leramo

, Giovanni

C

ena

et le poète Cesare

P

ascarella

; discussions littéraires... Le 13, une audience privée avec le Pape

confirme ses premières impressions : « Vue de près, la figure du Pape n’a point la beauté que lui prêtent certains de ses portraits : les

traits sont lourds, le visage haut en couleur, le nez strié de veines rouges. Il a pourtant de la majesté »... L’audience a duré trente minutes,

« quelques paroles de politesse et de bénédiction, aussi dites avec beaucoup de simplicité, de joie et de bonté »... Le 14 au soir, soirée en

son honneur à l’Ambassade de France... Les jours qui suivent sont encore l’occasion de parcourir Rome et ses alentours, et de rencontrer

quelques personnalités – le critique littéraire Carlo

S

egrè

, le cardinal

R

ampolla

del

T

indaro

, le criminologue Enrico

F

erri

... [Les notes

s’arrêtent le 20 janvier, pour reprendre le récit rétrospectivement, le 27, lors de son retour à Paris.]

Novembre 1905-janvier 1906

. En compagnie de sa fille Marie, Rod voyage de Turin à Palerme, en passant par Vicence, Ravenne,

Florence, Rome et Catane, et donne quelques conférences. Le carnet s’ouvre le 28 novembre, alors que Rod parcourt Turin depuis trois

jours. La visite de l’atelier du sculpteur Pietro

C

anonica

lui a fait grande impression, notamment la façon dont ce dernier parle de son

art, avec « des mots heureux pour montrer le fruit de son travail, pour souligner le rapport de l’exécution et du caractère, et suivre sur

le marbre les petites lignes, les imperceptibles vibrations qui dégagent la vie et montrent l’âme. Il a expliqué avec une surprenante clarté

la toute petite chose, l’insaisissable différence qui fait qu’une œuvre devient un chef d’œuvre, qu’elle ne serait pas sans ce rien. Il me l’a

fait comprendre en me montrant un de ses portraits, où la tête légèrement avancée dans une sorte de tic prend une expression interne

qui révèle tout l’être »... L’artiste l’a ensuite accompagné à la Résidence royale de Stupinigi, où l’accueille la Reine

M

arguerite

pour une

conférence. À Vicence, le 2 décembre, Rod est reçu par Antonio

F

ogazzaro

, avec lequel il parle longuement des polémiques autour de

sa dernière publication,

Il Santo

 : « Évidemment, ses préférences sont pour Léon XIII. Il m’a dit :

Léon XIII était un grand capitaine, qui

pouvait se tromper et perdre des batailles. Pie X est un homme habile, qui conduit bien sa voiture dans un chemin difficile

 »... Rod découvre

un auteur « satisfait de son livre et des discussions qu’il soulève, sans inquiétude sur la condamnation dont on l’a menacé, et qui l’aurait

affligé ; très sincèrement croyant, attaché à l’Église »... 5-6 décembre, la visite de Ravenne (« 

Ravenne est un tombeau magnifique

 »)