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Une amitié admirative rompue pour des raisons d'ordre idéologique.

Céline, qui connaissait les travaux

d'Élie Faure, lui adressa un exemplaire du

Voyage

, ce qui fut le point de départ d'une forte amitié. Les deux hommes

partageaient une expérience commune de la guerre, de la médecine, et s'estimaient réciproquement sur le plan littéraire :

« J'ai fait la connaissance d'un Roi », écrivait Élie Faure à son fils en

1933

, tandis que Céline affirmait en

1934

que celui-ci

« est familier des grands secrets ». Leur relation se distendit cependant en

1935

, et, bien que Céline eût envoyé

Mort à

crédit

à Élie Faure, elle s'acheva en

1936

sur une brouille. Convaincu de la nécessité d'un engagement contre la montée de

l'extrême droite, Élie Faure affirmait en effet plus ouvertement ses sympathies de gauche alors que Céline, initialement

proche de ces idées, opérait à l'inverse un virage idéologique fondé sur son pessimisme vis-à-vis des partis socialistes et,

plus fondamentalement, vis-à-vis de l'homme.

« J

e

vous dois

beaucoup de

courage

... »

 25. CÉLINE

(Louis-Ferdinand Destouches, dit). 2 lettres autographes signées au médecin, historien et critique d'art

Élie Faure. 1933.

800 / 1 000

Concernant l'article qu'Élie Faure se proposait d'écrire sur

V

oyage au bout de

la nuit

, mais qu'il aurait du mal

à faire publier : d'abord prévu pour

Hippocrate

, puis pour

Europe

(de ligne communiste), cet article paraîtrait finalement

dans l'hebdomadaire anarchiste

Germinal

en juillet

1933

, sous le titre « D'un

Voyage au bout de la nuit

».

– Paris, [

16

mars

1933

]. «

V

ous me

faites délirer d

'

aise

! Q

uel honneur

! E

t quelle

indignité

! J

e

suis transi

!

Tout de suite

j'ai mis en marche l'éditeur (ébloui lui-même) et il est en train de négocier avec

"Europe"

, qui nous paraît convenir

mieux qu'un autre à ce que vous voulez dire (lisez, je vous prie,

"Candide"

de ce jour

). [Ce

16

mars

1933

, Céline avait

fait paraître dans

Candide

, hebdomadaire de tendance maurassienne, une « Postface au

Voyage au bout de la nuit

.

Qu'on s'explique...

»]. Hippocrate

n'était pas mal, mais

Europe

sera mieux. Voici mon avis et mon grand merci.

S

i

je

vous

intimide

,

ce doit

être

la

partie

crétine

beaucoup

plus que

l

'

autre

. M

on dieu

comme

je

regrette que

votre histoire

de

l

'

art

n

'

ait

pas

35

volumes

!

Alors la vie serait autre. Voilà ce que je pense.

J

e

vous

dois

beaucoup

de

courage

.

Bien

cordialement et très sincèrement L. Destouches...

» (

2

pp. in-folio, en-tête autographe à son adresse du

98

rue Lepic,

enveloppe). Louis-Ferdinand Céline,

Lettres

, Paris, Gallimard (Nrf, Pléiade), n°

33

-

32

.

– Paris,

19

mars

1933

. «

Cher ami, rayons

"Europe"

! Je m'inquiète d'une autre colonne digne de cet article. Je vais vous

donner la réponse sous peu. J'irai vous voir en personne. Mille reconnaissances et bien sincèrement. L. Destouches

»

(

1

p. in-

12

, adresse au dos).

« I

l

faut

se

placer délibérément

en

état de

cauchemar

P

our approcher du

ton

véritable

!... »

 24. CÉLINE

(Louis-Ferdinand Destouches, dit). Lettre autographe signée «

Destouches

» au médecin, historien et

critique d'art Élie Faure. Paris, [fin novembre ou début décembre 1932]. 1 p. in folio, en-tête à son adresse du 98

rue Lepic.

1 200 / 1 500

Lettre écrite peu après la publication de

V

oyage au bout de la nuit

, le

15

octobre, et sa mise en vente le

20

octobre

1932

.

«

Cher Maître et confrère, c'est avec un très grand plaisir que je fais parvenir mon bouquin à notre confrère Béliard

[le docteur et homme de lettres Octave Béliard].

Je vais en Allemagne pour un mois prochainement

[voyage subventionné

par la S.D.N., en Suisse, en Allemagne et en Autriche].

À mon retour, je vous ferai visite, si vous me le permettez, et nous

nous entendrons pour aller voir Mr Béliard.

V

ous avez trop raison en ce qui concerne

la hideur du

fond humain

,

il

faut

se

placer délibérément

en

état de cauchemar pour approcher du

ton véritable

!

Bien sincèrement et cordialement à vous...

»