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ÉMIGRATION. Alexis-Joseph BARBIER DE LA SERRE
(1764-1826) officier de la Marine, il émigra, et fut
chargé de plusieurs missions par les Princes ; contre-amiral honoraire à la Restauration. Manuscrit en partie
autographe,
Raport de la conduite du C
te
de la Serre dans la mission dont il fut chargé par Son Altesse Royale
M
gr
Comte d’Artois
, [fin 1792 ?]
; cahier in-fol. de 18 pages lié d’un ruban blanc.
800/1 000
Très intéressant récit d’une mission contre-révolutionnaire à la veille du Dix Août, par un fidèle de l’entourage
du futur Charles X.
Les événements décrits ont lieu entre le 3 juin 1792, date à laquelle La Serre quitte Coblence, et les premiers jours d’octobre
1792, époque à laquelle il repart pour Bâle avec un faux passeport. Chargé par d’Artois de « l’honorable mission d’aller à Paris
deffendre le Roi », La Serre espère trouver dans la capitale « une coalition de 15 à 20 mille hommes » ; il y arrive le 21 juillet,
avec une très petite somme d’argent remise par Calonne. La Serre entre en relations avec une demoiselle de Prémillon qui
lui paraît « très instruite de nos affaires », et notamment que le chevalier de La Villarmois, que La Serre voulait voir, est en
Angleterre pour récolter des fonds pour le prince. Il voit ensuite M. de Pomèle « dans la conduite du quel je n’ai reconnu qu’une
intrigue gauchement ourdie », puis le maréchal de camp de Zimmermann, qui « n’avoit aucune connaissance de la coalition »…
« Je trouvai le même jour M. de Lachaise mon compatriote et mon ami deputé à l’assemblée constituante, comme il voioit
journellement M
me
de Toursel je le chargeai de la prier d’instruire la Reine et M
me
Elizabeth de mon voiage et de son objet,
n’osant m’exposer à me presenter au château dans la crainte d’être reconnu… et de compromettre les augustes personnes que je
desirois servir »… Il se rend auprès du commandant de la Section des Petits-Pères, un nommé Peré, « brave homme, égaré dans
le commencement par les intrigues de Lafayette, mais rentré depuis dans les bons principes », et conçoit le plan de s’agréger à la
Garde nationale ; il lui confie un plan de défense du château et du jardin des Tuileries. Le 7 août, il voit Mandat, commandant de
la Garde nationale : « Je lui parlai du projet qu’avoit les monarchiens d’enlever le Roi, projet que j’avois decouvert, quoique cette
secte se mefiat infiniment de moi. Il m’en parut très instruit, mais m’assura qu’ils n’y reussiroient pas ; preservons, ajouta-t-il
le Roi de tout malheur, et gardons le. Je repondis que c’etoit l’unique vœu des princes. Nous parlames des troupes en general
je vis qu’il comptoit peu sur son etat-major »… La Serre raconte ensuite l’insurrection du Dix Août, au cours de laquelle
Mandat est massacré ; le déplacement de la famille royale à l’Assemblée nationale, protégée par une haie de grenadiers du
« Peuple Cannibale », et précédée par Roederer ; le massacre des suisses ; sa réception, le soir, par la Reine ; un étrange entretien
avec Collot d’Herbois… Il quitte Paris le 13 septembre au matin, se cache trois semaines dans une Champagne remplie de
brigands, et où le peuple est enragé « par l’exemple des scelerats qui parcourent la France », puis apprend le repli de l’armée
prussienne, qui abandonne Verdun. C’est le moment de sa propre retraite, quoiqu’il reste « toujours disposé à offrir ma vie et
tout mon être pour le salut de mon Roi de mes princes et de ma malheureuse patrie »…
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