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cela isoler, comme je l’ai fait la pointe et toute la conduite de votre Paratonnerre ; mais je ne crois pas que l’interruption d’un
demi pouce vous expose à aucun danger, à moins que quelqu’un ne touchat la partie supérieure de la chaîne dans le moment
d’une explosion. Quant à la conduite en barres, leur grosseur vous met surement à l’abri de tout accident ; cependant je l’eusse
autant aimée en dehors du bâtiment, & je vous conseille de la masquer partout avec des planches ; parce que si on s’appuyoit
contr’elle dans le moment d’une décharge, on auroit au moins une forte commotion. La poussière de charbon qui entoure le
conducteur dans la terre est chymiquement et électriquement très ingénieuse. Depuis vous [...], j’ai changé mon conducteur,
je l’ai placé sur le faite de la maison, et j’ai substitué une tresse de fils de laiton soudés bout à bout à mon ancienne tresse de
fer ; parce que l’année dernière j’eus l’occasion de suivre les effets de la foudre qui avoit suivi un fil de laiton d’une ligne au
plus de diamètre sans l’endommager tandis qu’elle avoit fondu des morceaux de fer d’un beaucoup plus grand volume. Et les
expériences en petit sont d’accord avec cette observation »... Il explique pourquoi il n’a pas « publié la suite de mes Observations
sur les Alpes, parce que celles que j’ai faites depuis lors, m’ont fait voir que mes premières étoient incomplettes & que j’avois
négligé des choses dont j’ai appris à connoitre l’importance. Je fais une course dans les Alpes au mois d’Aout prochain, peut-
être oserai-je ensuite hazarder quelque chose. Cette étude est prodigieusement complexe »… Il ajoute un fait remarquable :
« la première pluye qui est tombée après la chaleur et la sécheresse extrêmes [...] n’a amené aucune électricité ; mais la seconde
pluye, qui tomba deux heures après la première en amena prodigieusement, & depuis lors j’en ai eu tous les jours »...
365.
Horace-Bénédict de SAUSSURE
. L.A.S., Genève 25 juillet 1780, à Louis-Bernard Guyton de Morveau,
procureur général au Parlement de Dijon ; 2 pages et demie petit in-4, adresse avec cachet de cire rouge (brisé).
1 000/1 500
Belle lettre sur ses voyages et travaux sur les Alpes. Il n’a pu jouir de la société du marquis de Bombelles autant qu’il
l’aurait désiré, après la recommandation de M. de Morveau, mais il a passé quelques heures avec lui dans son cabinet. « Bientôt
après son départ de Genève, je suis allé faire un voyage dans les Alpes pour des observations intéressantes que j’avois projettées
et auxquelles je destinois quatre ou cinq semaines ; mais j’ai eu le chagrin d’en être chassé au bout de huit jours par une violente
fièvre d’accès que m’a donnée un coup de froid que j’ai reçu pour être sorti de grand matin avec trop peu de précautions. Je n’en
ai eu que quatre accès mais ils m’ont trop éprouvé pour que je puisse recommencer cette course pénible. [...] j’irai au mois de
septembre à Gènes éprouver la température du fond de la Mer, & en revenant par Nice j’observerai avec soin dans ce trajet que
je ferai par terre cette extrémité des Alpes qui va se plonger dans la Mer. J’aurois vivement souhaité, qu’au lieu des complimens
que vous avés bien voulu me faire sur mon ouvrage [
Voyages dans les Alpes
, tome I, 1779] vous eussiés pris, Monsieur, assez
d’intérêt au succès de mes travaux, pour m’indiquer des défauts qui surement ne vous auront point échappé, et pour me diriger
dans des recherches nouvelles en me faisant voir les côtés foibles des opinions que j’ai adoptées »... Il attend avec impatience sa
traduction [d’
Opuscules physiques et chymiques
de Torbern Bergman, 1780], « & surtout les additions & les remarques dont
vous l’enrichirés : la Chymie est si éminement liée à la Théorie de la Terre, que j’en espère toujours de nouvelles lumières sur
bien des points obscurs de cette Théorie, & principalement sur les métamorphoses vrayes ou supposées des différentes terres »...
366.
Jean-Baptiste SAY
(1767-1832) économiste. L.A.S., Paris 7 février, à Charles Dupin de l’Académie des Sciences ;
1 page in-8, adresse.
150/200
Il remercie son collègue pour l’envoi de son « discours d’ouverture. Je vais le conserver parmi les meilleures brochures de ma
collection ». L’affaire de leur traitement est décidé par le Ministre : « nous n’aurons que
moitié
pour le tems que nous n’avons
pas prêché. Il ne reste plus qu’à faire expédier notre affaire par les bureaux : car c’est en vain que nous lutterions davantage
contre le vent qui souffle »...
367.
Jean SÉNEBIER
(1742-1809) pasteur et bibliothécaire suisse, il fit des recherches en biologie et en chimie. L.A.S.,
Genève 20 mars 1788, à Louis-Bernard Guyton-Morveau, secrétaire perpétuel de l’Académie de Dijon ; 3 pages
in-4, adresse avec cachet cire rouge (brisé).
1 000/1 200
Belle lettre scientifique à l’un des auteurs de l’
E
ncyclopédie méthodique
(6 vol., 1786-1815). En attaquant avec courage et
habileté une opinion qu’il avait défendue publiquement, Morveau a jeté Sénebier dans l’incertitude quant au rapport qu’il a fait
sur les théories pneumatique et phlogistique ; il attend la publication du 2
e
volume de l’
Encyclopédie
avec impatience. « J’ai lu
avec un véritable plaisir les notes faites a l’ouvrage de M
r
Kirwan, ces notes sont lumineuses, claires, methodiques, precises, elles
sont de vrais modeles dans le genre polemique et de vrayes sources d’une instruction solide et reflechie. Je ne vous dissimulerai
pas que l’etude de ces notes a détruit bien des prejuges que j’avois contre la nouvelle doctrine, que les lettres de M
r
Berthollet
en ont détruit bien d’autres, mais je vous lavouerai je ne suis pas encore convaincu, je vous avouerai de meme que la Doctrine
phlogistique est bien insuffisante pour expliquer tous les phénomenes, je doute quelle soit susceptible detre racommodée, mais
il me semble encore qu’en la combinant avec les decouvertes modernes sur l’air pur et avec la decomposition de l’eau, on peut
la defendre sans absurdité »... En attendant, il sent vivement le tort qu’il a eu de se charger de faire la Physiologie végétale pour
l’
Encyclopédie méthodique
, et pourtant cette étude lui plaît, et il ne prend aucun parti : « si vous aves quelques idées chymiques
botaniques a me communiquer sur la vegetation la seve la vie vegetale sur tous les objets de cette science encore au berceau je
serai bien flatté de voir votre nom et vos idees faire le merite de mes morceaux »...




