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59

1

ère

Vente aux Enchères

– Genève,

27

novembre

2018

Jean-Jacques

ROUSSEAU

– Lettre autographe

adressée

à

Madame

[Louise-Rose], comtesse de

Berthier, néeBabauddeLaChaussade

. Paris, 7 juillet

1770. 2 pp. in 4 (19,7 x 16 cm), adresse autographe

au verso du second feuillet

« A Madame – Madame

la Comtesse de Berthier »

, traces de cachet de cire

rouge, déchirure à l’ouverture sans atteinte au texte.

Importante lettre évoquant sa brouille avec la

comtesse de Boufflers

Rousseau ouvre sa lettre sur un quatrain :

« Pauvres aveugles que nous sommes !

Ciel, démasque les imposteurs,

Et force leurs barbares cœurs

Et s’ouvrir aux regards des hommes »

« Deux raisons, Madame, outre les tracas d’un

débarquement, m’ont empêché d’aller vous voir àmon

arrivée. La première que vous m’avez écrit vous-même

que quand même nous serions rapprochés vous ne

pourriez pas me voir, l’autre que

je suis déterminé à

n’avoir aucune relation avec quiconque en a avec

la Comtesse de Boufflers

. C’est à vous, Madame,

à m’instruire si ces deux obstacles existent ou non ;

s’ils n’existent pas j’irai avec le plus vif empressement

contenter le besoin de vous voir que me donna la

première lettre que vous me fîtes l’honneur de m’écrire

et qu’ont augmenté toutes les autres. Un rendez-vous

au spectacle ne saurait me convenir, parce que, bien

éloigné de vouloir me cacher, je ne veux pas non plus

me donner en spectacle moi-même : mais s’il arrivoit

que le hazard nous y conduisit en même jour, et que

je le susse, ne doutez pas que je ne profitasse avec

transport du plaisir de vous y voir et même que je ne

me présentasse à votre loge si j ‘étois sur que cela

ne vous déplut pas. Je suis affligé d’apprendre votre

prochain départ. Est-ce pour augmenter mon regret

que vous me proposez de vous suivre en nivernois?

Bonjour, Madame, donnez-moi de vos nouvelles et vos

ordres durant le séjour qui vous reste à faire à Paris.

Donnez-moi votre adresse en province, et souvenez-

vous de moi quelquefois.

Pas un mot du prétendu opéra qu’on dit que je

vais donner. J’espère que de sa vie J.J.R. n’aura

plus rien a démêler avec le public. Quand quelque

bruit court de moi : croyez toujours exactement le

contraire, vous vous tromperez rarement

».

Au cours de l’été 1770, Rousseau est de retour

à Paris. Après son exil forcé en Suisse, puis en

Angleterre, il revient s’installer rue Plâtrière à Paris,

l’actuelle rue Jean-Jaques Rousseau. Il y fréquente

avec assiduité le salon tenu par la comtesse de

Boufflers (1725-1800), salon qu’elle put ouvrir au

Temple grâce à sa proximité avec le prince de Conti

qui en détenait l’usufruit. Devenu l’amie intime

du philosophe - elle œuvre notamment pour sa

réconciliation avec Hume - la brouille survient

106

après une lecture des

Confessions

, en présence

notamment du prince royal de Suède, et à propos

desquelles la comtesse déclare que

« ces infâmes

mémoires sont dignes d’un valet de basse-cour ».

Le dernier paragraphe est prémonitoire. Dans

sa biographie de Jean-Jacques Rousseau, Jean

Guéhenno remarque que, bien que tolérant

toujours lesvisiteurs,

« sa correspondance estmoins

abondante à partir de ce point. Non seulement a-t-

il moins écrit mais il refusait également très souvent

de répondre à son courrier, et refusait même

d’accepter des lettres, afin de ne pas avoir à régler

les droits postaux. »

La femme de lettres

Louis-Rose Babaud de La

Chaussade

(1747-1817) entretint une correspon-

dance abondante avec celui qu’elle appelait

« son

second père ».

€ 6’000 - 8’000