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M
aurice
BÉJART
(1927-2007)
danseur et chorégraphe.
Cet ensemble est vendu au profit de la
Fondation Maison Maurice Béjart (Bruxelles)
.
53.
Maurice BÉJART
.
T
apuscrit
avec 2 lignes autographes, [1961] ; 2 pages in-4 (copie carbone avec ajout au stylo bille bleu).
120/150
S
ur
L
es
C
ontes
d
’H
offmann
d
’O
ffenbach
, que Béjart mit en scène avec une chorégraphie originale interprétée par le Ballet du XX
e
siècle (Théâtre de la Monnaie, Bruxelles, 22 décembre 1961). Béjart recueille ici des idées sur le rêve et le fantastique, avec des allusions
aux personnages d’
H
offmann
, la poupée mécanique, l’homme au sable et le capucin Médard. « Je n’entends pas le rêve qui surgit en
nous, lorsque nous sommes étendus sous le doux édredon du sommeil, non ! mais ce rêve que nous rêvons tout au long de notre vie »…
54.
Maurice BÉJART
. 13 L.A.S., 1965-1974, à Jorge D
onn
; 33 pages formats divers, quelques en-têtes, la plupart avec enve-
loppes (la première en espagnol).
4 000/5 000
T
rès
belle
correspondance amoureuse
et artistique
. Jorge
D
onn
(1947-1992), danseur argentin, fut le soliste emblématique du Ballet
du XX
e
siècle de Maurice Béjart. Nous ne pouvons donner ici qu’un rapide aperçu de ces lettres intimes.
[Hammamet (Tunisie)] mardi [27 juillet 1965]
(en espagnol). Son art est nouveau, son art est le sien, il a besoin de lui pour faire de
grandes choses, il l’attend pour vivre, aimer et danser, pour qu’il devienne avec lui un grand danseur. Il l’aime…
[Chamonix janvier 1966]. Mercredi [5]
. Il raconte son voyage depuis les environs de Genève, la vue des montagnes, la promenade en
ville avant d’écouter
Wozzeck
. Il est dans sa chambre : « Je pense à toi, je vis avec toi. Ce séjour sera pour moi à la fois un repos du corps
et un travail de l’esprit dans le calme et la solitude dont j’ai besoin pour créer, seule ta douce présence est là… […] Mon amour, travaille…
tu sais que c’est la chose qui peut me faire le plus de plaisir car j’ai pour toi de grands projets et une grande ambition. Mais travaille
en soignant la propreté et les petits détails, je te voyais l’autre jour dans la variation, tu as le sens de la danse et du mouvement, il faut
maintenant donner du fini à tout cela, genoux plus tendus, épaulements, placements »…
Jeudi soir [6]
. « L’oiseau bleu que tu m’as offert
est près de moi et me regarde. Tu es aussi près de moi, toujours, mon amour ! »… Il passe des journées entières sans parler à personne,
mais il écoute de la musique et lit des livres sur la musique ;
D
ebussy
le fascine. « J’aimerais écrire un livre sur les rapports de la musique
et la danse. Je pense à ta douceur, ton visage, ton corps, ma pensée devient une symphonie et l’air autour de moi se met à chanter ton
nom »…
Vendredi [7]
. Il a déjeuné en haut du Brévent, face au Mont Blanc : « tout est beau, irréellement beau, comme un rêve de cristal,
pur, transparent et radieux. L’air est une caresse et le soleil un tendre baiser. Mais je suis triste… […] Mon univers à moi c’est toi et la
danse »…
Dimanche [9]
. Il rentre du cinéma où il a vu le film
La Nef des fous
... « Mon amour… Mon amour… Je ferme les yeux, nous
sommes à Venise, notre belle chambre, le canal sous la fenêtre… […] Je pensais ce soir à ce pas de deux
La Mer
que je dansais dans le
temps et que j’avais montré à
B
abilée
, je vais essayer de le remonter avec
M
argenat
»…
Lundi [10]
. Il est monté à l’Aiguille du Midi,
« avec le vent coupant comme un rasoir et un paysage de cataclysme de rochers et de glaces. […] c’était beau comme une tragédie »… Il
languit d’avoir de ses nouvelles : « Je pense à toi sans cesse donne-moi une image de ta pensée »…
[Paris janvier-mars 1967] Lundi soir minuit [23 janvier]
. Sur les répétitions de
La Tentation de saint Antoine
: « c’est pas des vacances,
mais ce travail me passionne et tout le monde au théâtre y met du cœur c’est formidable l’ambiance »… Il dit son amour : « tu es tout
pour moi tu sais, tout, mon amour, mon fils, ma danse, ma lumière, mon âme, ma tendresse, ma vie, mon rêve »…
[1
er
mars]
. « Je pense à
toi sans arrêt, je t’aime et je t’embrasse »…
Mercredi [8 mars]
. « On a répété jusqu’à minuit et demi puis je suis allé manger un morceau
avec
B
arrault
, on a encore discuté de la pièce et me voilà maintenant à la maison, crevé, mais calme, en train de penser à toi mon amour.
La répétition n’a pas trop mal marché, espérons que cela va se présenter bien »…
Delhi mai 1967. Samedi soir 13
. Premières impressions d’un autre monde : « ces gens habillés de toutes les mille et mille façons pos-
sibles, de toutes les formes et couleurs, des types complètement à poil peints en blanc, d’autres rasés et la tête barbouillée de couleurs,
des vaches partout dans les rues, un grouillement et une crasse comme on n’a vu nulle part ! Delhi est une ville immense où on ne sait
jamais où on est, des jardins splendides, des rues sordides, des monuments laids faux-moderne, des taudis »… Il est descendu dans un
hôtel « splendeur 1880 ruinée ». Il pense à Jorge sans arrêt : « Tu es un être extraordinaire et chaque jour je t’aime plus et te comprends
mieux »…
Dimanche matin [14]
. Visite à Mme Aigar ; retour terrifiant en taxi, slalom dans la foule parmi les enfants, passants, vaches,
ânes et vélos… « Tu es avec moi, toujours, plus que tu ne peux imaginer, mon bien, mon soleil, ma joie, mon amour »…
Dimanche soir
[14]
, après « la journée du parfait Touriste éperdu ! Ce matin au lever, le grand temple. Là l’ambiance était fantastique… une vingtaine de
salles de marbre remplies de gens, qui prient, qui parlent, qui mangent, qui dorment, qui font leur toilette (même intime !) des gosses
qui jouent, qui crient enfin encore plus de bruit qu’au marché… Puis dans un coin, 3 musiciens extraordinaires auxquels personne ne
fait attention, mais moi je suis resté plus d’une heure à côté d’eux à les écouter, c’était merveilleux. Ensuite le vieux palais des remparts
construit à l’époque musulmane, […] une sorte d’Alhambra de Grenade au milieu de jardins et de bassins de marbre »… Il parle aussi de
la mosquée et de l’espèce de souk-casbah qui l’entoure, où il a vu un type faire danser des singes « habillés en femmes avec des petits
MUSIQUE ET SPECTACLE
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