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22

saris en voile paillettés. Ils ont tous des grelots aux pattes et dansent très joliment et surtout très en mesure (c’est le type qui joue du

tambour et de la flûte). Ils ont fait un pas de 4 très ensemble. Je crois que je vais en acheter et revenir à Bruxelles avec un Corps de Ballet

de singes »… Il espère demain rencontrer les gens du ministère et décider de la suite du voyage. « Je te serre dans mes bras comme le bien

le plus cher et le plus précieux de la terre, la chose qui est ma pensée sans cesse »…

[Téhéran] vendredi soir [15 ? mars 1974]

. Rendez-vous et discussions sur un projet de film, avec de jeunes réalisateurs iraniens qu’on

voudrait associer au tournage de

Golestan

. « Les Iraniens voudraient tourner dans des villages, des jardins, des déserts du Sud, en pays

Balouch à l’est de Chiraz. Ils voudraient faire un vrai film et non une bête captation. (Un peu

Bhakti

au fond) »… Visite au maître Saf-

vate, puis dîner rituel chez les derviches : « 4 sont assis à terre au milieu de la pièce et préparent la nourriture en priant avec des gestes

rituels, les autres (et nous) debout autour forment un cercle et chantent en se balançant d’une jambe sur l’autre »… Demain il partira

vers le Sud : « tu me manques et je pense à toi, mon amour, sans arrêt, tu ne me quittes pas une seconde. J’espère que ta jambe se remet

progressivement, soigne-toi, fais attention, tu es ma vie, ma lumière »…

55.

Maurice BÉJART

.

M

anuscrit

autographe, 1

er

juillet 1966-28 décembre 1971 ; album petit in-4 de papier vélin, 16 pages

(plus de nombreux ff blancs), reliure veau glacé caramel, encadrement orné et doré sur le plat sup., filet doré d’encadre-

ment au plat inf., dos orné.

2 000/3 000

p

récieux

recueil

de

pensées

et

réFlexions

diVerses

,

aVec

des

notes

sur

sa

Vie

sentiMentale

,

culMinant

en

un

hoMMage

à

p

atrocle

.

L’écriture est sans rature ; la plupart des pages portent en haut ou en bas quelques mots écrits à l’envers. Nous n’en donnons ici que

quelques brèves citations.

1

er

juillet 1966

. « Dans six mois, quarante ans. Vieillir qu’importe mais le sentiment que le temps se rétrécit, que les jours sont comp-

tés… et encore tant de choses à faire, tant et tant de choses… à faire, et à voir, et à connaitre, et à aimer ! – Regard en arrière. Rien. De

fait… Rien. Paresse. Lâcheté. Faiblesse. (Progresser c’est refuser.)

Savoir refuser

»…

21 juillet 1966

. « Je crois en lui… le bonhomme là-

haut… et en

B

oulez

. – Fin de vacances »...

Dimanche [25 septembre 1966]

. « Fin de la première semaine de répétitions. (Ce Romeo

prend de l’importance dans ce livre !) C’est toujours la nuit… et pire que jamais… mais je n’admets pas l’échec.

l

a

lutte

. Décidément

Berlioz est un pompier, et moi aussi !! »…

Décembre [1966]

. «

Romeo

de Bruxelles s’achève. Période pleine de problèmes »…

[Février ?

1967]

. Allusions à Patrick [le danseur Patrick

B

elda

, du Ballet du XX

e

siècle, décédé accidentellement avant la création de la

Messe

pour le temps présent

]…

1

er

novembre 1967

. « Patrick. Dans mon vase un chrysanthème pour toi qui semble venu du Japon exprès.

Journée importante que le

zen

me préserve, me recrée. Présence de Patrick. – Phoenix »… «

Longtemps après (fin mars 71)

». Poème

Tibi

G.

(15 vers) : « Un cygne… je pense à ton cœur qui bat pour moi »… Schéma des rapports entre quelques grandes références et ballets

de sa vie : Wagner,

IX

e

symphonie

, Baudelaire, Nietzsche, Novalis, Bouddha, etc.

28 décembre 1971

. «

Patrocle

. Je retrouve la joie

d’Achille. Et dans l’attente de cette rencontre future et inéluctable je chante la beauté de cet instant. Je n’ai jusqu’ici aimé que des

rêves… mais quelque part l’ami m’attend. […] Frère de sang, de nuit, de pluie je t’ai chanté sans te connaître et maintenant je brûle

comme une lampe votive certaine de sa joie ! »…

Reproduction page 20

56.

Maurice BÉJART

.

M

anuscrit

autographe sur

la

danse

, [vers 1980]

; 2 pages et demie in-4, paginées 2 à 4.

800/1 000

R

éflexions

sur

la

danse

,

et

sur

sa

création

,

en

1977,

de

l

’É

cole

M

udra

à

D

akar

.

« Danser c’est avant tout communiquer, s’unir, rejoindre, parler à l’autre dans les profondeurs de son être. La danse est union, union

de l’homme avec l’homme, de l’homme avec le cosmos, de l’homme avec Dieu. Le language parlé reste du domaine de l’illusion, les

mots, lorsque nous croyons les comprendre, nous cachent des images trompeuses, nous entraînent dans le labyrinthe toujours recom-

mencé de la Sémantique de Babel. Lorsque les Hommes se mettent à parler longtemps, il y a plus souvent dispute qu’accord parfait »…

Danser, c’est communiquer pleinement avec la nature, transcender la condition humaine, pour participer à la vie profonde du Cosmos.

« Lorsque j’eus la révélation de la Danse africaine, je sentis en moi la joie de la certitude d’avoir trouvé la

Danse

véritable la plus pure

et la plus totale, la plus humaine et la plus proche de la

réalité

. Aussi créer une école “

Mudra

” en Afrique était pour moi à la fois une

entreprise qui faisait bondir mon cœur d’enthousiasme mais aussi une interrogation cruelle : comment, et surtout pourquoi, apporter

ma contribution de danseur à un continent dont je recevais l’évidence de la supériorité ? »… Il ne souhaitait pas non plus tomber dans

le piège du

folklore

, et de la conservation des traditions comme des sardines dans l’huile, mais plutôt, « continuer, vivre, créer, donner à

la danse africaine la possibilité tout en gardant ses structures profondes d’être une Afrique de demain et non pas le musée d’hier. Que

la tradition soit ce torrent impétueux qui se précipite dans le monde moderne pour le bouleverser et non un lac d’eau dormante »… Au

dos de la dernière page, note pour faire dactylographier ce texte.

57.

Maurice BÉJART

.

M

anuscrit

autographe ; 1 page in-4.

300/400

S

ur

W

agner

. Texte pour un débat. « Ma jeunesse ne m’eût pas été tolérable sans la musique wagnérienne. Dès le moment où il y

eut une partition (pour piano) de

Tristan

je fus wagnérien. Je cherche vainement dans tous les arts une œuvre qui égale

Tristan

par sa

fascination dangereuse, par son épouvantable et douce infinité. Ce qui nous unit c’est que nous avons profondément souffert, souffert

aussi l’un par l’autre ! »