80
… / …
249.
Léon BLOY
.
M
anuscrit
autographe,
Un événement littéraire
, [1897]
; 1 page in-8, avec ratures et corrections.
600/800
C
urieux
éloge
de
son
roman
L
a
F
emme
pauvre
.
D’une écriture fine et serrée, avec des corrections et additions, c’est le brouillon d’un article faisant l’éloge de son livre : « Voici
incontestablement le livre le plus fort et le plus noble […] qu’on ait écrit dans ce dernier quart de siècle.
La Femme pauvre
par Léon
Bloy ». Il revient sur la carrière de Léon Bloy, « esprit absolu, cœur absolu, artiste absolu », jusqu’à la publication de cet ouvrage, « œuvre
entreprise & souvent annoncée depuis des années ». Il vient de lire ce roman est en sort bouleversé, « les yeux pleins de larmes, le cœur
saturé des émotions les plus fortes et les plus bienfaisantes. […] Ce sera l’occasion d’un étonnement infini pour beaucoup de gens qui
croient connaître Léon Bloy & qui voient toujours en lui le pamphlétaire, que la douceur merveilleuse, la suavité angélique de certaines
pages »…
O
n
joint
une note autographe, « Addition au chap. XVIII » pour
Le Sang du Pauvre
(1909), sur le poète juif Morris
R
osenfeld
(3/4
page in‑12).
250.
Léon BLOY
.
M
anuscrit
autographe,
Johannes Jörgensen
, [mars 1901] ; 6 pages in-8 remplies d’une minuscule écriture,
relié avec le texte imprimé, cartonnage demi-percaline verte à coins, titre sur le plat sup. (
Desfontaines
).
800/1 000
M
anuscrit de
premier
jet
,
avec de nombreuses
et
importantes ratures
et corrections
, de cette étude sur le poète et écrivain catholique
danois Johannes
J
oergensen
(1866-1956), destinée au
Mercure de France
de juin 1901, publiée sous le titre :
Johannes Jœrgensen et le
mouvement catholique en Danemark
. Ce brouillon ne donne que le début des citations des textes de Joergensen que Bloy insérera dans la
publication, et présente d’intéressantes variantes. Léon Bloy recueillera en 1903 ce texte dans la section
Dix-sept mois en Danemark
de
Mon Journal
; le manuscrit porte d’ailleurs en fin la note autographe au crayon bleu : « 17 mois en Danemark ».
C’est l’occasion pour Bloy d’une attaque en règle contre « la médiocrité d’esprit et la médiocrité d’âme du monde scandinave », contre
« les protestants incurables » dont les ancêtres se sont levés « pour l’apostasie à la voix d’un salaud de moine » ; il fulmine contre les
« grouillements luthériens » et « la culminante imbécillité de ces hérétiques »… Puis il fait l’éloge du « grand écrivain catholique, le
seul
qu’il y ait dans le vaste monde scandinave », retraçant la formation doctrinale de Jœrgensen, présentant son œuvre, et donnant son
témoignage personnel sur son ami Johannès en qui il reconnaît une vocation de martyr : « Le martyre administré par les imbéciles. Quel
rêve ! »…
O
n
joint
une l.a.s. de Johannes
J
oergensen
(1933) sur la famille de l’abbé Tardif de Moidrey ; la copie par Joseph Bollery d’une lettre
de Josef Florian ; une photographie de Joseph Bollery.
251.
Louis-Ferdinand CÉLINE
(1894-1961). L.A.S. « Destouches », [Prison de Copenhague] Mardi 12 juin 1946, à son avocat
Thorvald
M
ikkelsen
; 2 pages in-4 au crayon sur papier rose à en-tête de la prison
Københavns Fængsler
,
Vestre Fœngsel
.
1 500/1 800
B
elle
lettre
de
prison
à
son
avocat
et
ami
. Il est à bout, et traverse une grave crise de dépression nerveuse : « Je n’en peux plus. Ces
éternels espoirs ces éternelles remises, attentes, sursis, me sont à présent en horreur ». Ce n’est pas un caprice d’artiste, et il demande à
se faire examiner par un spécialiste : « il vous assurera certainement que je suis au bout de mon rouleau. Je dois avoir un système nerveux
d’écrivain c’est-à-dire déjà bien malade et mutilé au surplus par la guerre (75 p 100) et l’emprisonnement et le reste »… Il ne comprend
pas pourquoi il est toujours en prison, alors qu’il avait prouvé que la justice française délirait dans ses accusations : « Je ne peux plus tenir
dans cette
effroyable incertitude
». Il voudrait être fixé sur son sort, même si on le renvoie en France où on le tuera sans doute : « Mais
je préfère et de beaucoup cette solution au moins définitive à ce jeu des espérances »…Cette incertitude est intenable, « elle me rend
graduellement complètement fou ». Il perd espoir, d’autant que la situation politique en France, comme il le prévoyait, « ne changera pas
avant la prochaine guerre […]. En réalité le parti communiste avec son prolétariat dirige la France. La grève est une arme sans réplique ».
Il se désole de voir sa femme Lucette dépérir, sans logement : « ce n’est plus qu’une pauvre âme errante et désolée autour de ma prison
[…] Le refuge de mourir m’apparaît comme un doux asile. J’en suis là. Sans aucune façon ni comédie »…
252.
Jacques CHARDONNE
(1884-1968). 28 L.A.S., La Frette 1960-1967, à Matthieu
G
aley
; environ 64 pages in-4.
5 000/7 000
T
rès
belle
et
intéressante
correspondance
littéraire
et
amicale
. Nous ne pouvons donner ici qu’un trop rapide aperçu de ces belles
lettres sur papier quadrillé (celui que Chardonne employait quand il disait la vérité).
6 octobre 1960
, au sujet de son texte
Le bonheur à Spetsai
[publié dans
Demi-jour
], dont il est très content ; réflexions sur la mémoire…
17 janvier
1962
, constatant la mort du roman : « Une pitié, quand je pense aux romans qui paraissent entre 17 et 30. […] Si le roman
est mort ; c’est bon. Une chose qui pouvait arriver. Je ne dis pas que les écrivains d’aujourd’hui sont nuls ; loin de là, dans l’ensemble.
Je dis que les romans sont mauvais »... Puis sur son ami Paul
M
orand
: « Il déraille souvent. Il faut que je le guide. Je lui dis ce matin
(il allait écrire dans
Match
: on a enterré l’Orient-Express, tant mieux ; fini le train. Les grands paquebots, fini. Le
France
, une bêtise
pour la vaine grandeur) je lui dis :
la vitesse
, c’était votre jeunesse. Aujourd’hui, c’est la lenteur. On veut de la détente. On cherche
des vacances. Un beau paquebot, merveilleuses vacances (il n’y en a pas d’autres) ; des trains de luxe (vrais), s’il y en avait, les avions
seraient vides. Morand retarde ; quelle aventure ! »...
19-21 avril
, critiquant Michel
D
éon
, qui rêve dans ses îles d’une liberté illusoire,
et dont les idées politiques du « parti Maurras » irritent Chardonne : « Les idées politiques des Français, qu’ils soient de gauche ou de
droite, sont d’une sottise que l’on ne trouve guère qu’en France ; j’ai vu se déployer cette bêtise pendant soixante ans. [...] Le régime
politique français (démocratie parlementaire, chambre des députés, prétendue liberté, des discours, aucun gouvernement) c’est ce qu’il




