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La
mise
au
net
, avec quelques variantes, intitulée
Voyage en Italie
, à l’encre brune et d’une écriture soignée, dans deux gros cahiers, a
probablement été commencée par Labiche durant son voyage, et continuée après son retour à Paris ; Labiche pose la plume pendant la
transcription de la journée du 19 avril 1834 (t. I, f° 118) ; la copie est continuée par le futur
N
adar
(la fin semble d’une autre main),
avec quelques corrections autographes de Labiche. La page de titre du tome I, avec le titre calligraphié et la signature E. L. aquarellés,
porte également ces inscriptions : «
Journal de mon voyage 1834
. Je suis parti le 26 janvier 1834 et reviendrai… Dieu sait quand ! » ; sur la
garde, quatre petits
croquis
à la plume (église, tête de moine, deux des voyageurs, tête d’homme à casquette) ; à la fin, croquis à la plume
d’un squelette, et
dessin
à la plume représentant Labiche devant une basilique, et deux croquis au crayon : tête d’homme de profil, et
projet de titre-frontispice. Le tome II s’ouvre sur un
titre
-
frontispice dessiné
à la plume et lavis d’encre rouge-brun, signé en bas à droite
F
elix
T
ournachon
[le futur
N
adar
], représentant trois voyageurs dont Labiche devant une basilique ; un feuillet de titre est aquarellé
en bleu ; en tête de la page 1, nouveau titre aquarellé en jaune et bleu, avec un grand R rouge en lettrine.
O
n
joint
une attestation a.s. de Jean
D
herbès
, maire de Rueil, du 10 janvier 1834, attestant que Jacques Philippe Marin Labiche
autorise son fils Eugène, « jeune homme de bonne vie et mœurs, et jouissant, ainsi que son père de l’estime de tout le monde, à
demander un passeport pour voyager dans l’Italie pour son instruction ».
Labiche, âgé de dix-huit ans, est parti de Paris le 26 janvier 1834, accompagné par trois aînés de la Pension Labbé,
D
elestrée
(29 ans), à
qui son père l’avait confié, Édouard
J
olly
, et Alphonse
L
eveaux
(24 ans) [Leveaux (1810-1893) deviendra le collaborateur de Labiche, sous le
pseudonyme d’Alphonse Jolly pour éviter une affiche trop zoologique ; il publiera son propre récit de ce voyage en 1854 sous le titre
Italie
et Sicile. Journal d’un touriste
] qui les rejoindra à Avignon le 11 février. Labiche tient avec application son journal, notant scrupuleusement
chaque jour dans le moindre détail, avec spontanéité et pittoresque, et souvent un réel sens comique, les événements du voyage, ce qu’il
a vu, ce qu’il a fait, les mésaventures survenues, les incidents de voyage notamment avec les voiturins et les douanes, les personnages
rencontrés et compagnons de voyage, les spectacle des rues, des scènes cocasses, les repas aux tables d’hôte, les auberges, les aventures
féminines, les ennuis de santé (notamment les coliques), les spectacles, ses lectures (notamment Victor Hugo, son idole), etc. Il décrit avec
enthousiasme et sensibilité les paysages et les monuments, ainsi que les œuvres d’art admirées dans les musées et souvent longuement
détaillées. Nous ne pouvons en donner ici qu’un rapide résumé de son itinéraire, agrémenté de quelques trop brèves citations.
26 janvier 1834. « Départ de Paris dimanche 26 janvier – cinq heures du soir […] nuit en voiture » ; Montargis, Cosne, Gannat, Royat,
le Mont-Dore (« Quand je suis seul debout sur la montagne, je crois être le dernier homme debout sur les ruines du monde ; le chaos
m’environne, la neige vient souffler sur moi par tourbillons, j’entends gronder le torrent sous la couche de glace qui le couvre. Oh ! je
suis heureux, je pense à Dieu, à la poésie du monde, de la nature ! »…), Clermont, Saint-Étienne, chemin de fer jusqu’à Lyon (6 février).
Sur quelques feuillets ajoutés au cahier, « ébauche » d’un sujet de mélodrame,
Une femme qui se venge !
, et description voluptueuse de
la
Vénus
des Médicis. Descente du Rhône en bateau (9 février) jusqu’à Avignon (amusante nuit dans une chambre partagée avec un
couple plein d’ardeur) ; excursion à la fontaine de Vaucluse ; Nîmes et le pont du Gard, Beaucaire, Tarascon… Séjour à Marseille (16-18
février, excursion en mer, détestable représentation de
Marie Tudor
, scandale des femmes publiques…). Toulon (l’arsenal et les forçats,
visite du
Suffren
et d’une corvette, de l’hôpital de Saint-Mandrier…), Vidauban, Fréjus, le village de Cannes, Antibes, passage de la
douane à Saint-Laurent, Nice (24 février).
Voyage de Nice à Gênes en voiturin (26- 28 février), avec un incident sur la route près de Finale : « Une grande envie nécessitée par
la nature me fait descendre le long d’un rocher qui pend sur la mer – car je suis chaste et ne veux pas me satisfaire en pleine route –
tout en descendant avec précaution – la terre s’éboule […] heureusement je m’accroche à une broussaille où je me tiens suspendu […]
si la broussaille eut manqué je me fus infailliblement cassé les jambes sur les rochers qui bordent la mer […] après des peines et des
sueurs infinies, je remonte sur la terre ferme ma culotte toute déchirée »… Séjour à
G
ênes
(1
er
-3 mars) : propositions d’un « courtier en
femmes » ; visite des églises et des palais ; au palais Durazzo, il admire avec émotion une Madeleine du Titien, qui lui rappelle sa mère
pleurant « lorsqu’elle me quitta pour mourir » ; il accompagne Alphonse dans une maison close, mais s’abstient : « j’avais toujours la
Magdeleine pleurante dans ma pensée – le moyen de devenir brute un pareil jour »… ; l’Albergo di Povere ; le théâtre… Départ en bateau
pour Livourne (3-6 mars). Livourne, Pise (la tour, le baptistère, la cathédrale, le Campo Santo), Lucques…
Séjour à
F
lorence
(9-15 mars). Visite de la cathédrale, du baptistère, du palais ducal, des églises ; opéra au théâtre de la Pergola ;
« galerie des Médicis » (Offices) tous les jours ; l’Académie, le Musée égyptien ; recherche de « marchandises femelles » ; excursion à
Fiesole ; bibliothèque Lorenziana ; un « ruffian » les emmène dans une maison close : « L’illusion tombe en voyant ces chairs à vendre.
Celle qui me tombe en partage est une Siennoise assez belle, mais elle est sale et sent la crasse. Après de grandes difficultés, j’ai fait ce
qu’un homme doit faire — ma foi ! c’est bien peu de chose. L’imagination exalte beaucoup la chose »... Voyage en voiturin vers Rome
(16-20 mars), en passant par Sienne et la campagne romaine.
Séjour à
R
ome
(21 mars-12 avril) : le Forum, Saint-Pierre, le Colisée sous la lune, messe des Rameaux dans la chapelle Sixtine avec
le pape Grégoire XVI (« un vieillard, figure assez respectable, mais idiote, stupide, engourdi, endormi »...), fontaine de Trevi, galerie du
palais Borghese, ruines romaines, le Capitole, le Jeudi-Saint à Saint-Pierre avec la cérémonie du lavement des pieds, places et églises,
palais et galeries de tableaux, le Monte Cavallo, Saint-Jean de Latran avec le baptême de trois Turcs, bénédiction papale le jour de Pâques
et illumination de Saint-Pierre, illumination du château Saint-Ange, musée du Capitole, musée du Vatican, le Panthéon, thermes de
Caracalla, les catacombes, galerie du palais Doria, villa Borghese ; excursions à Frascati et Tivoli, etc. Départ de Rome le 13 avril :
Albano, Castel-Gandolfo, Cisterna, traversée des Marais Pontins, Capoue…
Séjour à
N
aples
(16-21 avril) : escalade du Vésuve, et embuscade tendue par cinq voleurs ; promenade de Chiaia ; opéra au Fondo
avec Lablache ; le Musée ; nouvelle ascension du Vésuve ; la cathédrale, la rue de Tolède ; visite au bordel et séance torride avec
Louise, « luxurieuse, débauchée, esclave de son sang chaud, sensuelle, amoureuse à vous brûler. C’est la femme italienne dans tous ses
transports. Elle est folle, remuante, agitée. […] Une de ses manies est de vous mordre au milieu de ses transports, à vous faire crier. […] il
y a une sorte de poésie dans ce feu des sens, dans ce brasier sans amour, tout de chair et de feu »… Les quatre compagnons s’embarquent
sur un brick, où ils disposent d’une cabine, pour la Sicile ; traversée en mer (21-24 avril).
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