84
H
asselt
(1806-1874)
, « inspecteur des Écoles Normales de Belgique ». Aussi joint-il à cette lettre un volume de poésies de ce dernier,
« trois pièces de ce volume, toutes trois sur
N
apoléon
, sont marquées par moi. Je vous prie de les lire, vous verrez qu’elles pourraient
être signées de nos plus illustres noms ». Il explique pourquoi il tient tant à cette décoration, « une de ces dettes de reconnaissance qu’on
ne paie pas avec de simples paroles – M. Van Hasselth sait l’allemand, le hollandais, le flamand, les idiomes slaves – et met toute une
science à ma disposition et me tire de toute cette terre étrangère des lingots d’or avec lesquels je fais tout simplement, pauvre orfèvre
que je suis, des bagues, des colliers, et des boucles d’oreilles »...
208.
Alexandre DUMAS père
.
M
anuscrit
autographe signé,
Dimanche 4 mai – 11 heures du soir
, [1862] ; 3 pages et quart
in-4 sur papier bleu.
800/1 000
A
rticle
pour
son journal napolitain
L’Indipendente
, probablement non publié (
L’Indipendente
ne reprendra sa publication interrompue
que le 15 mai), ou destiné à un journal français. Dumas, enthousiaste, décrit un magnifique spectacle naval, donné pour le Roi
V
ictor
-
E
mmanuele
et le peuple, censé reproduire un véritable combat naval.
« La Baie de Naples vient d’être témoin d’un magnifique spectacle : sur un désir manifesté par le Roi à l’amiral Français de voir un
combat naval de nuit – celui-ci a décidé de donner au Roi la représentation d’une naumachie moderne. [...] Le combat simulait le
bombardement d’une ville. Les batimens faisaient tour à tour des feux à volonté et des feux de batteries. Ce simulacre de combat a duré
dix sept minutes pendant lesquels on a tiré cinq mille coups de canon et vingt mille coups de carabines. Rien ne peut donner une idée
de la majesté de ce terrible spectacle – que rien n’empêchait les spectateurs de prendre pour une réalité [...]. Que l’on se fasse une idée
de l’effroyable commotion qu’imprimaient à l’atmosphère des feux de batteries de quinze à dix huit canons de 80 tonnants à la fois.
[...] Le tems était sombre et ajoutait à la majesté du spectacle, une belle brise soufflait du nord ouest et chassait la fumée du côté de
Portici – Naples frissonnait comme dans un tremblement de terre. […] il est impossible de rien voir de plus majestueux que ce qui vient
de se passer sous nos yeux – c’était, moins le désastre, moins le regret, moins la honte – une seconde représentation d’Aboukir et de
Trafalgar ». À la fin du spectacle, tous les bâtiments se sont illuminés, et on a vu leurs mâts porter les couleurs tricolores italiennes ou
françaises, puis la musique a démarré pour annoncer la retraite : « À la bonne heure ! Voilà une de ces fêtes comme il faut en donner à
un peuple et à un roi – la grandeur de la France était écrite, avec un splendide alphabet de feu ». Dumas décrit Naples, « toute entière
bâtie en amphithéâtre autour du Golfe », inondée par la foule des spectateurs : « les cris de Vive la France, Vive l’Italie étaient tels qu’au
milieu de la canonnade nos marins les entendaient de la flotte ». Cela faisait longtemps qu’on voulait organiser pour les Napolitains un
tel spectacle. Aux « esprits moroses » qui condamnent le coût excessif de cette manifestation, Dumas répond : « à Leipsicth nous avons
tiré 117 mille coups de canons qui coutaient chacun deux louis et nous avons tué à peu près 31 mille, Prussiens, Russes, Anglais qui
ne coutaient rien – que des larmes – à leurs familles. Ne vaut-il pas mieux tirer dans une fête cinq mille coups de canon qui coutent
cinquante mille francs – et qui ne tuent personne, que de tirer dans une bataille 117.000 coups de canon qui coûtent 4.680.000 fr. qui
tuent 31000 hommes et qui en blessent, mutilent, estropient à peu près autant – offerts à Castella »...
Reproduction page 83
209.
Alexandre DUMAS père
.
M
anuscrit
autographe,
La Vérité sur l’affaire d’Aspromonte par un témoin oculaire
,
[1862] ; 57 pages in-4 sur papier bleu, montées sur onglets et reliées en un volume in-4, maroquin rouge avec encadrement
de filets dorés et ornés sur les plats, titre en lettres dorées sur le plat sup., cadre int. avec filets dorés (
Sangorski & Sutcilffe
),
dans une boîte-étui toile rouge.
5 000/6 000
I
mportant
manuscrit
racontant
la
tentative
d
’
expédition
de
G
aribaldi
sur
R
ome
et
la
tragique
bataille
d
’A
spromonte
,
où
G
aribaldi
fut
blessé
et
fait
prisonnier
.
Ce récit fut publié dans la
Revue contemporaine
le 30 novembre 1862 sous le titre
La Vérité sur l’affaire d’Aspromonte. Journal de la
dernière expédition garibaldienne tenu par un témoin oculaire
(p. 225-253, sous la signature d’Alexandre Dumas et daté de « Naples,
le 24 octobre 1862 », avec cette conclusion qui ne figure pas sur notre manuscrit : « Ayant eu le bonheur de donner pour quelques
jours l’hospitalité à un jeune lieutenant hongrois, proscrit après la bataille d’Aspromonte, il m’a laissé en partant le récit qu’on vient
de lire. Communiqué au général Garibaldi, il a été reconnu par lui conforme en tous points à la vérité ») ; le texte de la revue présente
quelques différences avec le manuscrit. Le texte fut édité, en traduction italienne, sous forme de plaquette éditée chez Scorza à Milan
en novembre 1862,
La Verita sopra i fatti di Aspromonte, narrati da combattente testimonio oculare e riconosciti dal generale Garibaldi
. Le
manuscrit, à l’encre brune sur papier bleu, présente quelques ratures et corrections.
Alexandre Dumas a conçu son récit comme le témoignage d’un participant hongrois à l’expédition de
G
aribaldi
et au combat de
l’Aspromonte en Calabre (29 août 1862). Garibaldi veut envahir les États pontificaux pour faire de Rome la capitale de l’Italie réunifiée,
et il tente une expédition partie de Sicile avec trois mille volontaires qui débarquent en Calabre ; mais la France fait pression sur Victor-
Emmanuel et le gouvernement italien de Rattazzi, et l’armée royale italienne est envoyée, sous les ordres du général Cialdini, pour
arrêter les Garibaldiens ; l’affrontement a lieu dans le massif de l’Aspromonte, près de Gambarie ; Garibaldi, blessé et choqué par ce
combat fratricide, donne l’ordre de cesser le feu ; il est fait prisonnier, ainsi que ses partisans.
Le narrateur, officier de la légion hongroise, embarque le 4 juillet à Naples pour Caprera, où il retrouve d’autres officiers dans la
maison de Garibaldi ; le 14 juillet, ils reçoivent l’ordre de rejoindre Garibaldi à Palerme. À la fin du mois, il part à Nocera chercher une
centaine de volontaires parmi ses compagnons, et rejoint Garibaldi (qu’il ne quittera plus dès lors) au camp de la Ficuzza. Malgré le
manque d’argent et de moyens, les Hongrois, sous les ordres du colonel Bentivegna, du major Cairoli et du lieutenant-colonel Frigyesi,
se rendent à Corleone, où ils reçoivent des souliers et des chemises rouges, puis à Palazzo Adriano et Santo Stefano, où a lieu un
accrochage avec l’armée régulière. La troupe, qui manque de vivres, ressent une hostilité croissante de la population, mais continue à
avancer : Casteltermini, Santa Catarina, où elle retrouve Garibaldi, entouré de ses officiers et de troupes (3.500 hommes), et ovationné




