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les collections aristophil

1171

BONAPARTE Mathilde, dite la Princesse MATHILDE

(1820-1904) fille de Jérôme Bonaparte, cousine germaine

de Napoléon III ; elle épousa en 1840 le comte Demidoff,

dont elle se sépara en 1847 ; son brillant salon recevait

artistes et écrivains.

MANUSCRIT autographe de ses

Mémoires

; 255 pages in-4,

en cahiers et en feuilles.

5 000 / 7 000 €

Important manuscrit de premier jet des Mémoires de la Princesse

Mathilde, entrepris après la chute de l’Empire et restés inachevés.

Des extraits de ces Mémoires furent publiés par le neveu de Mathilde,

Joseph Primoli, d’après une copie de Claudius Popelin, intime de la

Princesse, dans la

Revue des Deux Mondes

des 15 décembre 1927,

1

er

et 15 janvier 1928, sous le titre « Souvenirs des années d’exil ». Le

présent manuscrit, avec ratures et corrections, a servi à Claudius

Popelin (comme en témoignent quelques notes de sa main) pour

établir sa copie ; des passages ont été biffés après copie, d’autres

ont été rayés pour être écartés de la copie. Le texte du manuscrit,

plus spontané, diffère énormément de la version publiée et réécrite

par Claudius Popelin ; il révèle de nombreux passages inédits.

Le récit, qui n’est pas strictement chronologique, mène le lecteur de la

naissance de Mathilde à Trieste en 1820, jusqu’à son voyage en Russie

en 1841, dans l’hiver suivant son mariage avec le prince DEMIDOFF.

Avant de commencer, la Princesse s’interroge : « Écrire pour laisser

de soi une impression vraie durable, indiscutable, se peindre dans

ses impressions dans ses sentimens, dans ses affections, dans ses

haines voilà ce qui me semble curieux pour ceux qui vous ont connu

et aimé : mais aussi quelles difficultés de se rendre claire, de pouvoir

dire toute la vérité : que de choses ressenties, non analysées et qui

restent dans le souvenir à l’état d’impression sans pouvoir leur donner

un corps [...] et ce moi intime celui qui intéresse le plus, est un écueil

devant lequel je sais bien que bien des personnes ont échoué [...] c’est

que dans le monde où je vis, on a jamais le temps de se recueillir de

penser, de raisonner avec soi-même »...

Mathilde raconte son enfance : « je suis née à Trieste en 1820 : sans

patrie privée de mes droits civils puisque mes parens étaient exilés

leurs biens confisqués et

morts civilement

mon acte de naissance n’a

été enregistré qu’à l’église par suite de ces condamnations. Malgré

cela je suis bien venue dans ce monde. Mon père surtout qui avait

un fils aîné déjà de 6 ans a été heureux d’avoir une fille. Deux ans

après en 1822 mon frère Nap. est venu au monde, et en 1823 nous

sommes parties pour Rome où ma gd mère et une grande partie de

notre famille était déjà établie. Là mon père acheta un beau palais où

s’écoula mon enfance jusqu’en 1831, époque à laquelle mon père fut

inquiété par le gouvernement pontifical »... Elle raconte des souvenirs

de sa tante la Reine HORTENSE et du fils de celle-ci, son cousin le

prince Louis, « beaucoup plus occupés de politique que mon père »,

évoque son grand-oncle le cardinal FESCH, et sa grand-mère

LETIZIA, chez qui son père se rendait matin et soir : « Elle le traitait

presqu’en petit garçon – le réprimandait souvent surtout sur ses

dépenses »... Elle se rappelle son oncle le prince LUCIEN, « presque

brouillé avec toute la famille de l’Emp. : son mariage avait déplu et

sa femme a toujours été un obstacle à tout raccommodement »,

mais « vif aimable et paraissant moins embarassé que mon père

lorsqu’ils se rencontraient. On évitait cela le plus possible »... Elle

parle de sa dévouée gouvernante, la baronne de REDING, et de son

éducation « soignée » : « la grande justice que je rends à mes parens

ce sont les principes parfaits qu’on nous a donnés – on nous apprit

à adorer la France à aimer la liberté on nous a enseigné le respect

des gens âgés, l’amour de la charité sous toutes ses formes »...

D’autres portraits, souvenirs ou anecdotes dépeignent sa mère,

son petit frère « Plonplon » (le PRINCE NAPOLÉON), sa tante Julie

CLARY, sa cousine Charlotte, les BACCIOCHI, la famille de son oncle

maternel, Guillaume I

er

de WURTEMBERG, et le futur NAPOLÉON III :