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histoire
quand vient l’horrible moment où nous devons nous séparer, tandis
que nous voudrions ne jamais nous quitter. Oh ! que Dieu ait pitié
de nous et nous accorde un jour ce bonheur, car nous sentons
tous les jours davantage que nous ne pouvons plus vivre l’un sans
l’autre. Tu as vu, cher Ange, tout le bonheur que tu as su de nouveau
me donner et combien j’ai été surtout heureux quant à la fin je suis
parvenu à te faire partager la jouissance inouïe, que tu sais toujours
me faire éprouver. Je regrette seulement de n’avoir plus eu le temps
de te contenter, comme je l’aurais voulu et d’avoir dû te quitter au
beau milieu de notre 2
d
bingerle. Et j’étais à peine remonté que mon
fils Serge est venu me chercher pour le thé, pour lequel ma sœur
nous a fait la surprise de venir. Heureusement encore que tout s’est
passé bien et sans aucune explication. J’espère que le bracelet, que
je t’ai donné ce soir et que nous embrassâmes ensemble, pendant
notre bingerle, te rappelera nos moments de délire de bonheur »…
Cependant il s’interroge sur ses moments de mauvaise humeur,
et ses accusations de manquer de bonne volonté lorsqu’ils ont du
guignon pour se rencontrer à la promenade : « Au point où nous
en sommes et nous connaissant à fond, il me semble qu’il serait
temps que tu saches à quoi t’en tenir et ne pas me faire de la peine
et me blesser même par ton manque de confiance, qui dans le fond
n’existe pas en toi, mais que tu fais semblant de me montrer rien que
par caprice. […] Je m’aperçois de nouveau que notre bingerle, qui
nous fait toujours oublier l’univers entier, m’a derechef fait oublier
de te parler de l’affaire que je voudrais t’arranger selon tes désirs »…
Il espère la voir le lendemain soir à la noce : « j’ai soif de te voir
aussi dans le monde,
pour jouir et être fier de mon bien
, comme je
l’ai éprouvé à Paris »…




