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27.
Joe BOUSQUET
. 2 manuscrits autographes, le premier signé ; 3 pages petit in-4 sur fiches cartonnées
(lég. taches), et 20 pages in-8 sur papier jaune.
1 200/1 500
* Compte rendu du livre d’Henri Mondor
,
L’Amitié de Verlaine et de Mallarmé
(Gallimard, 1940). « Juger Verlaine, ce
n’est pas juger un homme, c’est juger un procès et se définir soi-même par rapport à des faits qui ne sont plus à discuter. Aussi,
tout écrivain appelé à se prononcer sur la vie de Verlaine est-il mis dans l’alternative de se peindre tel qu’il voudrait paraître ou
de se montrer tel qu’il est »... Etc.
* Essai sur l’amour, la mort, et lui-même. Manuscrit mis au net avec quelques corrections au début. « Je suis homme
et je vis cloué à la croix. Qu’on n’attende de moi que je développe cette idée en étant moi-même le développement. À peine
indiquerai-je ici mes points de repère, pour les moins sages de mes lecteurs qui n’auront pas su les deviner derrière mes
premières lignes. Tuer, créer ? Dégager de la vie cette clarté dont elle est le couchant, la pure flamme dont elle n’a jamais fini
de diviser la lueur. Malheureux, mon malheur signifie toujours pour moi quelque chose et c’est cette fatalité de clarté qui rend
ma vie si difficile à supporter. À certains moments, le fardeau de l’existence est si lourd que je pousse, naïvement comme une
bête, un cri terrible, mais qui s’achève en paroles ; comme pour révéler à mon essence la plus profonde la vérité surhumaine
de ma douleur. Plainte où toute ma vie, sans doute, se débat contre ma volonté de la chasser comme un songe. Alors, avec un
frisson de véritable terreur, je m’avance à travers une naissante idée qui, malgré moi, s’éclaire dans la convulsion purement
physique de ma peine. Et cette connaissance qui m’est donnée, ce n’est déjà plus moi, mais ma mise au rancart comme à la
lueur d’un éclair, révélée dans l’espérance foudroyée que je donnerais le monde comme contenu à l’expression de ma tristesse,
que j’enfermerais l’être de ce qui m’exile dans les limites de mon exil. [...] je ne puis me voir, ni jamais m’aimer jusqu’au
sang, m’aimer à travers mon idée de l’amour »... À la suite, 3 feuillets de notes avec schémas, sur l’immobilité, le mouvement,
l’imagination et l’illimitation...
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28.
Pierre BRASSEUR
(1905-1972) acteur. L.A.S., Paris 25 juin 1953, à Jean-Paul Sartre ; 3 pages in-4, enveloppe.
300/400
Belle lettre sur
K
ean
, pièce d’Alexandre Dumas, dont Jean-Paul Sartre a fait l’adaptation, et qui sera créée au Théâtre
Sarah Bernhardt le 14 novembre 1953, avec Pierre Brasseur dans le rôle-titre et sa mise en scène.
… « Pour Kean tout va bien la distribution est entièrement faite ; presque rien que des jeunes gens très prêt à en foutre un
coup. Ce sera matériellement un très beau spectacle – luxueusement enfantin. Pour le reste – le style et l’écorce un peu plus
rude – je vous attends avec impatience, foi, recueillement et tout et tout toutou comme un fidèle »... Pour Michèle [Vian], il
soumet quelques idées sur la pièce : « pensez aux scènes avec les femmes, des retournements de colère de part et d’autre » ;
avec Anna : « révolte de Kean devant des mômes qui n’ont pas de raison de faire ce métier –vacherie des Directeurs – cruauté
des Rivaux – public exigeant [...] Tout cela n’est pas à la portée de n’importe quelle dame venue au monde pour n’être qu’une
personne comme les autres ». Il fait des suggestions pour les scènes avec la nonne, ou avec la Comtesse : « elle éclate – nous
jouons mieux que vous et pas pour le public, pour notre vie, pour ne pas se faire étrangler par les témoins. Notre procès est vrai,
vous vous êtes toujours acquitté par le baisser de rideau. [...] Sur l’orgueil de l’acteur qui veut qu’on le confonde avec le Héros
(pour la femme qu’il désire). [...] Faire dire des vacheries sur Kean, par le traître pendant la scène d’Othello »...
29.
Victor BRAUNER
(1903-1966). LA.S., Dimanche, à Christian Zervos, [directeur des
Cahiers d’Art
] ; 1 page in-4.
500/700
Il demande pardon de son retard, « mais vraiment je ne sais pas vous “construire”ma biographie. La partie la plus importante
et certainement celle que l’on ne peut pas “dévoiler”, et qui a rapport surtout avec les plus importantes rencontres entre faits et
mes tableaux »... Il donne cependant quelques précisons : « Né en 1903 en Roumanie. Venu en France (à Paris) en 1925. Participé
à plusieurs manifestations d’art moderne à Paris et à l’étranger. Plusieurs expositions personelles à Paris et à l’étranger »... Il lui
propose de venir voir ses nouvelles toiles...
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30.
Charles CALLET
(1856-1931). Manuscrit autographe signé,
Myrrhine
, roman grec
, [1904] ; [3]-374 pages petit
in-4 en feuilles (f. de titre déchiré, qqs ff. un peu effrangés).
500/700
Manuscrit complet de ce roman grec publié chez Flammarion en 1905 ; il présente quelques ratures et corrections, et a
servi pour l’impression.
Callet déclare dans l’Avertissement : « Ce livre est païen. Dédaignant ceux qui n’admettent les évocations lointaines que
déformées sous la brume de leurs préjugés, mon rêve s’est réfugié dans l’Athènes de Périclès. Artistes, hétaïres, philosophes,
poètes, enfants de mes chimères, glorifient le corps humain, cette merveille, glorifient la Sagesse, l’Amitié, la Beauté, la
Volupté »…
«
Myrrhine
est un roman grec. Je ne sache pas que nul écrivain français ait jamais ressuscité la vie d’Athènes sous Périclès
avec une telle intensité de couleurs, d’images variées et dans un cadre si bien étudié. C’est une composition à la fois séduisante
et terrible. Le cas psychologique de ce chef-d’œuvre est poignant. Les noms des protagonistes d’un drame où est décrite la
lutte des bas instincts contre l’idée, sont significatifs : Céphale (Képhalé, la tête chargée des pensées novatrices, l’intelligence
du précurseur, et aussi le cœur épris d’un amour qui n’est pas de ce monde) succombera fatalement sous la rancune bestiale
de la courtisane Myrrhine, avec la complicité d’Alopex (le renard, la ruse) et celle de l’égyptienne Ahmès »... (Marc-Legrand).
Charles Callet, qui avait fondé l’éphémère revue
La Nouvelle Athènes
(1906-1907), dirigea, avec quelques amis, dont Carco
et Pergaud, la revue
L’Île sonnante
(1909-1913) ; il publia également un recueil de
Contes anciens
chez Lemerre en 1904,
préfacé par l’orientaliste Eugène Ledrain.
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