18
46.
CIRQUE
. Photographie signée par Paulo, François et Albert Fratellini, [années 1920] ; environ 18 x 24 cm
(petites répar. au verso).
100/120
Photographie du studio G.L. Manuel frères, représentant le fameux trio des clowns Fratellini jouant du saxophone, avec
dédicace manuscrite : « Souvenir d’amitié à Monsieur Maugey de ceux qui aiment Rire et faire Rire »...
47.
Paul CLAUDEL
(1868-1955). Manuscrit autographe signé,
Cassandre
, [1895 ?] ; 4 pages petit in-4 (petites
fentes aux plis).
1 200/1 500
Extrait de l’
A
gamemnon
d’Eschyle, que Claudel traduisit en 1893-1894 à New York, et qu’il fit imprimer en 1896, à Fou-
Tcheou, où il était nommé à la gérance du vice-consulat.
Agamemnon
fut recueilli dans son
Théâtre
en 1912, et repris dans
des éditions collectives ultérieures. Le présent manuscrit fut envoyé à Maurice Pottecher, le 27 mars 1895, pour insertion dans
L’Idée libre
; à la fin, il a noté : « (Eschyle :
Agamemnon
. Traduction de Paul Claudel) ».
Imprécations de Cassandre, ponctuées par quelques répliques du Chœur :
« Iou iou ô ô maux !
De nouveau de la directe prophétie l’affreux travail
Me tord et me harasse. […]
Je m’en vais à ma destinée ; je supporterai de mourir ;
Car les dieux l’ont juré avec un grand serment.
Et maintenant je parlerai à cette porte du Hadès !
Et ma prière est que je sois frappé d’un coup seul
Et que sans convulsions dans le sang qui coule aisément
De la mort, je close cet œil ».
Reproduit page 21
48.
Paul CLAUDEL
. 27 L.A.S. (2 non signées), 1892-1946, à Maurice Pottecher ; 80 pages in-8 ou in-12, qqs en-têtes
Ministère des Affaires étrangères
ou
Consulat général de France
, 3 adresses.
4 000/5 000
Importante et belle correspondance au dramaturge Maurice Pottecher, pleine de jugements littéraires et
d’observations sur sa propre poésie et son œuvre théâtrale. Nous ne pouvons en donner ici qu’un aperçu.
Mardi 43 quai Bourbon [
1892
]
, demandant d’encarter le prospectus de
La Ville
dans
L’Idée libre
, comme Vallette, dont
Schwob lui a fait faire la connaissance, le fera dans le
Mercure de France
...
[1892]
. Il refuse une invitation par scrupule religieux,
Pottecher vivant avec l’actrice Georgette Camée : « Ceci ne me regarde pas, mais me défend d’aller chez toi [...]. La religion à
laquelle j’ai eu l’humiliation de me soumettre m’impose ses conditions que je dois observer bon gré mal gré et celle que voici
ne m’est pas la moins possible »... [On joint le brouillon de la réponse de Pottecher.]
Jeudi [fin 1892]
. Après « cette question de
conscience. Mais, grand Dieu ! C’est bien à moi le dernier de penser même à me faire juge dans ce procès secret qui se débat en
tout homme vivant ; et je sais trop le besoin qui existe dans une âme d’artiste de deux choses qu’il est difficile de rencontrer à
la fois, savoir l’intelligence et l’affection. [...] Pour moi, surtout quand je repense aux années de crise que j’ai traversées, je me
trouve parfaitement heureux dans le chemin que j’ai pris et je ne m’occupe que de mes propres pieds. Cette année qui va finir a
été pour moi une année de paix et de joie »... Sa sœur Camille est à Paris, et ils iront la voir ensemble…
New-York 12 avril
1893
. Impressions de la traversée de l’Atlantique et de New-York, puis de son poste diplomatique : « Je
n’ai absolument rien à faire au Consulat. Mon chef M. d’Abzac est un homme à moitié tombé en enfance, et mon seul travail
jusqu’ici a consisté à recopier les lettres “résoniques” comme dirait Romain Coolus qu’il élucubre »... Il ne trouve à New York
« rien de curieux au point de vue artistique »...
22 juillet
. Il s’est promené à la campagne pendant que son « vieux bonhomme »
était malade, mais l’envoi du vice-consul à Sierra-Leone l’a ramené à ses tâches de copiste. « Le pire est que je n’ai pas le temps
de travailler pour moi. C’est à peine si je trouve de temps en temps une demi-heure pour travailler à mon nouveau guignol
cahin-caha. Tandis qu’actuellement je n’aurais pas de trop de toute la journée ; car : il me faut refondre de fond en comble
La
Jeune
Fille Violaine
, trop fade sous sa forme actuelle. De plus j’aurais voulu retravailler à
Tête d’or
, et refaire le premier
acte de
La Ville
»… Aux fêtes du 14 juillet, il a « débité des discours patriotiques, sérieux comme un âne »...
25 juillet
. Le
dernier numéro de
L’Idée libre
lui est parvenu : « J’admire avec bien de la joie le magnifique essor que tu as pris. Le français
et la sonorité du discours et récit qui semble balancé dans une seule période, et comme cette élévation de la voix me tiennent
encore écoutant. Il me semble que j’ai reconnu la grande éducation rhétorique du Florentin à la sagesse des épithètes pleines
de sons et à de certaines élégances »...
25 août
, après le refus de la pièce de Pottecher par l’Odéon, « réservé à Haraucourt et
à l’industrie des pisse-froid. Il y a en ce moment dans la “littérature” une classe de bellâtres qui correspond aux colonies de
blancs-becs qu’on élève à la Conférence Molé et à la rue S
t
Guillaume ; comme on fait de la margarine avec la graisse des chiens
crevés, ces gens ont réussi à tirer du dégoutant premier jus qu’avait déjà fourni au Parnasse un romantisme inorganique je ne
sais quoi d’illusoire et d’étrangement sucré qui suffit actuellement aux appétits du sublime du public »... Et de se livrer à une
vibrante diatribe contre le Conservatoire, où l’on apprend « l’art infâme de détailler qui fait la fortune des vieilles biques et
des sinistres baudets de la Comédie Française »...
29 septembre
. Il passe ses journées à lire Tocqueville, la
Correspondance
de
Flaubert, et surtout la traduction de Plutarque par Amyot « dont je me nourris dans une extase »... Il se documente et travaille
sur l’
Agamemnon
d’Eschyle : « C’est un texte quasi-oraculaire, avec des sous-entendus d’une obscurité sacrée, plein de mines
et de trous, avec des épithètes et des régimes suspendus dans le vide ; c’est un travail de divin autant que de traducteur. Quant à
mon travail personnel je commence à me sentir en possession de cette plénitude d’idées que m’apporte en général l’automne et
qui me dure tout l’hiver. […] je me sens actuellement maître de mon sujet et de mes personnages. […] J’ai une chose à dire et
il faut absolument que je la dise ; Dieu qui l’a mise en moi afin que je la produise dans le travail et la douleur sait ce que c’est.




