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Puis il parle d’amis, de son cousin Georges qu’il soupçonne de fumer, ce dont il se moque : « Chacun prend son plaisir où il

le trouve ». Puis il donne « le programme des vacances de Pâques. Le samedi on communie, le dimanche on fait son paquet et

on suit une espèce de retraite après la communion. On ne part que le Lundi pour être ici le Lundi suivant. […] Mais je n’aurai

jamais la patience d’avaler encore 36 jours, c’est bien long quand on y pense, 36 jours à digérer ! Le temps est depuis quelques

jours moins mauvais et moins froid, on s’aperçoit bien que le primptemps et Pâques commencent un petit peu à approcher. Et

comme ça le gros Gouronnec devient incivilisable comme mon professeur d’histoire et mon pion. Dis-lui de ma part qu’il a

raison de se moquer des comissaires de police en attendant qu’il les tue à Pâques avec son arme briochine ». Il est heureux de la

satisfaction du proviseur, car ça le garantira des démêlés avec son pion ou son professeur d’histoire. « Je suis par ordre de mérite

classé en moyenne le 8

e

sur 36 c’est-à-dire parmi les bons élèves, et de plus je passe et je suis (modestement) le plus spirituel

de la classe. J’ai aussi (avec non moins de modestie) dans la tête que je serai un jour un grand homme, que je ferai un

Négrier

[roman de son père], et mes places de 23

e

et de 34

ème

en Histoire, ne m’ôteront pas cette idée ». Il se désole que ses grands-parents

ne soient pas venus le voir lors de leur passage...

Il va faire une provision de pois fulminants pour les vacances. « Je continue toujours mes leçons d’armes et je te promets que

je m’en trouve bien ça me réchauffe et après je suis tout dégourdi »... Il a eu la chance de n’avoir pas « empoigné de pensum

à la classe d’histoire, c’est une rareté car généralement je ne manque jamais mon coup, je suis un abonné »… Il a un nouveau

voisin d’étude : « on m’a colloqué le plus imbécile de l’établissement. C’est encore parce que c’est moi. À propos maintenant sur

25 vers latins je n’en fais plus que trois de faux ça m’est à peu près égal, car je n’en suis pas plus avancé, mais enfin ça vaut une

autre note que : Progrès sensibles pourraient être beaucoup mieux ».

Il demande « une boîte de peinture neuve […] en fer, très plate, à peu près épaisse comme ceci et avec des peintures rondes »,

et il fait les dessins de la boîte fermée et ouverte, en précisant : « sur le couvercle de la boîte il y a deux anneaux. Je sais que ça

n’est pas très bon marché car ce sont de vraies peintures, des peintures d’homme, mais des guêtres en cuir auraient coûté aussi

cher […] et je suis content d’en payer la moitié de ma bourse car j’en ai bien envie. Je n’userai pas ces peintures à barbouiller du

papier, mais je ne m’en servirai que quand je voudrai faire un chouette dessin et je ne les prêterai à personne ». Il ne veut plus

de la vieille boîte de « tonton Édouard », que tout le monde vient lui demander, « et il n’y a pas moyen de refuser à moins de

passer pour un avare, un mauvais caractère, etc. »…Après quelques précisions sur les comptes de M. Bazin et son arrivée pour

les vacances, il termine : « Adieu mon papa je t’embrasse aussi de tout mon cœur ton fils qui t’aime bien »…

On joint une rare plaquette d’Édouard Corbière,

Notre âge. Satire

(Paris, chez Mongie et les marchands de nouveautés,

Rouen, Frère, octobre 1821), in-8 de [1]-17 p. (lég. mouill.).

Les lettres de Tristan Corbière sont d’une grande rareté : on n’en connaît que soixante. L’autographe de celle-ci,

publiée en 1954 par H. Matarasso, était resté inconnu des éditeurs des Œuvres complètes (Bibl. de la Pléiade, p. 1010-1015).

56.

Sophie COTTIN

(1770-1807) romancière. L.A., Genève 12 septembre 1806, au philosophe Pierre-Hyacinthe

Azaïs ; 2 pages et demie in-8, adresse.

400/500

Très belle et tendre lettre à l’homme qu’elle a aimé.

Elle part le lendemain pour l’Italie (avec sa cousine Mélanie Lemarcis) : « j’emmene ma pauvre amie triste et malade,

precieux depot qu’un mari et un père m’ont confié et que j’entoure de touts mes soins, de toute ma sollicitude […] dans un tel

moment je ne pense point à ce qui peut m’etre doux mais à ce qui peut lui etre utile ; je lui donne tout ce que j’ai de courage,

j’espere que Dieu ne m’en laissera pas manquer ». Elle se plaint d’être sans nouvelles d’Azaïs depuis son départ de Champlan :

« peutetre preferez vous passer tout le tems de mon absence sans avoir aucune relation avec moi, afin que ce silence vous aide

à m’effacer de votre souvenir... mon ami je n’ai rien à dire là dessus sinon que ce n’est qu’en cessant de vivre que je cesserai de

vous aimer et de faire des vœux pour votre bonheur. [...] N’imaginez point que je sois partie fachée contre vous, non, non la

vivacité de votre caractere vous entraine trop loin ais je rends justice à la bonté et à la droiture de votre cœur : vous etes malade,

passionné et malheureux, vous etes l’objet de ma plus tendre amitié. Ne me demandez plus d’autre sentiment mon cœur n’en

peut plus eprouver d’autre. La religion et l’amitié, voila desormais toute ma vie [...] mon ame se calme, s’appaise, la terre et ses

biens s’effacent, mon ancre est jettée dans le ciel, je ne crains plus les tempetes ; mon ami revenez avec moi vers ce sejour de

toute lumiere, de toute felicité »...

On joint une L.A.S d’Azaïs, 7 septembre 1807, envoyant à Pauline Duchambge et commentant la lettre ci-dessus après la

mort de Mme Cottin, en la priant de lui en faire une copie de sa main ; et une L.A.S. de Pauline Duchambge offrant cette même

lettre de Mme Cottin au baron de Trémont, vexée par l’attitude d’Azaïs.

57.

René CREVEL

(1900-1935). L.A.S. ; 2 pages petit in-fol. à l’encre bleue (trous de classeur).

200/300

Il envoie à son correspondant le manuscrit d’une conférence, sur le conseil de Denis de Rougemont. Il désire en effet faire

des conférences en Suisse. Cette conférence a déjà été faite à Londres, Oxford et Cambridge. « Sans doute est-elle un peu

hermétique, mais M. D. de Rougemont m’ayant dit que Léon-Pierre Quint avait déjà instruit la Suisse du surréalisme, je pense

qu’elle ne semblera peut-être pas trop difficile. On pourrait aussi en faire coïncider la date avec le passage de Marcel Herrand

qui va en tournée à Genève, étant le meilleur, sinon le seul acteur pour dire les vers modernes »… Il attend la réponse, date et

conditions, et donne son adresse à Paris.

58.

Pierre DAC

(1893-1975) humoriste. Manuscrit autographe d’un sketch publicitaire ; 1 page in-4.

100/120

La scène (en « 76 mots ») se passe « au sein d’un heureux foyer conjugal ». « Lui » offre un beau diamant, mais « Elle » aurait

préféré un « bel Ajax ». Qu’à cela ne tienne, il court « Te vite apporter le bel Ajax que tu aimes »...