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joie du théâtre [...] est de donner au poëte une représentation extérieure de sa fantaisie »... Il a fini
Le Repos du septième jour
...
Mardi [Paris vers
1900
?]. Il a lu avec curiosité son « livre sur l’Art et le Peuple » [
Le Théâtre du peuple, renaissance et
destinée du théâtre populaire
, 1899] : « il n’est pas de question plus intéressante pour un écrivain et surtout pour un écrivain
qui emploie la forme dramatique », et la réflexion l’amène à envisager « cette conclusion double :
Ou l’écrivain parle au peuple
,
en l’ayant dans une vue immédiate, et dans le but soit de l’amuser, soit de l’instruire. C’est, en somme, la conception moderne
du théâtre », où tous les efforts du poète tendent à l’objet de s’exprimer lui-même, tout haut. « Ou l’écrivain parle
à la place
du peuple, de par cette délégation tacite que consent toute la salle, qui se tait dès que l’acteur ouvre la bouche. Sur la scène, ou
autrement, il soulage, il “
purge
” la multitude du souffle informulé qu’elle portait dans son sens confus. Là était plutôt l’idée du
théâtre antique »… Il ne partage pas les idées de progrès de Pottecher, ne cachant pas son « exécration. Jamais je ne comprendrai
l’étalon sur lequel on mesure le “progrès” : je ne pense pas que l’humanité “progresse” dans le temps, mais qu’elle se développe
sur le plan de l’éternité comme un tableau et comme une harmonie »...
Paris 12 octobre [1900]
. Il repart pour Fou-Tcheou, et
espère que Pottecher ne lui gardera pas un trop mauvais souvenir : « il est possible que nous ne nous revoyions plus jamais.
Nous sommes tellement pour l’instant séparés par les idées qu’il était préférable de ne pas nuire à l’amitié que nous gardons
l’un pour l’autre par la confrontation d’opinions contradictoires et irréductibles. Ceci est la dernière lettre que tu recevras de
moi. Désormais je suis silencieux pour longtemps et peut-être pour toujours »...
Brangues 12 avril 1946
. Il dit son émotion à la « noble et émouvante lettre » de son ami [félicitations pour l’élection de
Claudel à l’Académie française]. « Nous sommes tous deux les derniers survivants d’un monde ardent et inquiet dont les
visions, les intérêts et les passions s’éteindront définitivement avec nous. Marcel Schwob, Jules Renard, Léon Daudet, Barrès,
Byvanck... qui encore ? Que de souvenirs ! Puis ce fut pour moi le départ pour l’Amérique, un engloutissement de cinquante
ans, et la vague académique me rejette bizarrement sur le rivage, verdâtre déjà ! Je pense que tu as connu tous les miens, mon
père, ma mère, mes deux sœurs, tous morts »...
On joint une carte de visite avec 2 lignes autographes à Pottecher, [Paris 19 février 1955, 4 jours avant la mort de Claudel].
49.
Paul CLAUDEL
. 16 L.A.S., 1934-1951, à Marcel Thiébaut, à la
Revue de Paris
; 16 pages formats divers, qqs
en‑têtes
Ambassade de France en Belgique
et
Château de Brangues
, 3 adresses (2 au dos de cartes postales illustrées
représentant le château de Brangues).
1 200/1 500
Bel ensemble sur sa collaboration à la
R
evue de
P
aris
.
Bruxelles
5 juillet
1934
. Il demande une nouvelle épreuve de son article : « J’y attacherais beaucoup d’importance »...
Brangues 11 août
. Il demande des exemplaires de la
Revue de Paris
du 14 juillet « où a paru mon article sur RichardWagner »...
Bruxelles
18 janvier
1935
. Il autorise la publication de son essai [
Introduction à la peinture hollandaise
] « en deux séries. Je
n’ai pas l’intention de le faire paraître en librairie avant q.q. temps »...
Brangues 14 juin
. « L’auto a fait sortir de mois les petits
vers ci-contre que vous pourrez joindre, si le cœur vous en dit, à mes
Poëmes
(en ce cas à placer avant
Le Marcheur
) »...
Paris
16 mai
1936
. Envoi de vers : « La ponctuation paraît capricieuse. Je vous serais cependant reconnaissant de la maintenir telle
quelle. Si vous étiez tout à fait gentil, vous maintiendriez la feuille de garde telle quelle. C’est comme un héraut qui soufflerait
dans ma petite trompette, – faite de la tige d’un pissenlit ! »...
20 mai
. « L’autre jour en attendant le train, j’ai commis une
autre petite pièce qui pourrait être jointe aux autres. Dans ce cas elle devrait précéder immédiatement Œillets »...
30 octobre
.
« Je vous donnerai volontiers mon étude sur Verlaine. Quant au
Festin de la Sagesse
, c’est la propriété d’Ida Rubinstein et il
faudra que je demande sa permission »...
12 avril
1937
. « J’ai beaucoup aimé Laforgue (surtout ses œuvres en prose), mais je
l’ai un peu oublié. D’autre part, je suis un peu souffrant, accablé de travaux, et ne puis ajouter à la somme de mes obligations »...
28 mai
, envoi de son abonnement à la
Revue de Paris
...
Brangues 13 juillet
. Il n’a rien dans ses tiroirs, « sauf des mysticités
exégétiques qui feraient probablement dresser les cheveux à vos lecteurs », mais il le félicite sur la tenue de la
Revue
: « Vos
articles sur Léon Blum féroces et élégants ont fait la joie de tous ! »...
Paris
23 décembre
1939
. Prière de renvoyer les photos
pour l’illustration de ses articles
Le Prado à Genève
...
5 mai
1945
: envoyant son abonnement, il souhaite un « brillant avenir
à l’enfant ressuscité »...
Brangues
4 décembre
: « Je suis content que mes Études Bibliques n’aient pas effarouché vos lecteurs.
Je vous en enverrai d’autres »...
Paris
20 octobre
1947
. Après avoir donné un article au
Figaro
sur l’
Iliade
, il s’est « replongé
dans l’immense chef-d’œuvre », et envoie une nouvelle étude, « peut-être de nature à intéresser un public, aujourd’hui si
peu familier avec les grandes œuvres qui tout de même restent le fondement de notre culture – si léger d’ailleurs et si facile
à rebuter ! »...
11 avril
1951
. « Rien à changer au “chapeau proposé” »...
[Brangues 2 août]
. Invitation à Brangues : « je vous
montrerais mes paperasses bibliques »...
On joint l’épreuve corrigée de
Fulgens Corona
, corrigée par Claudel dans les semaines précédant sa mort (1
er
février 1955,
13 pages in-8 sous chemise autographe).
50.
Paul CLAUDEL
. Manuscrit autographe signé,
L’Indifférent
de Watteau
, Paris 18 décembre 1939 ; 1 page et
demie in-4.
1 000/1 200
Méditation poétique sur le célèbre tableau de Watteau, recueillie dans
L’Œil écoute
(Gallimard, 1946), dans la section
« Quelques exégèses ».
« Non, non, ce n’est pas qu’il soit indifférent, ce messager de nacre, cet avant-courrier de l’Aurore, disons plutôt qu’il hésite
entre l’essor et la marche, et ce n’est pas que déjà il danse, mais, l’un de ses bras étendu et l’autre déployant l’aile lyrique,
il suspend un équilibre [...], il attend le moment juste, il le cherche dans nos yeux [...]. Ainsi le poète ambigu, inventeur de
sa propre prosodie, dont on ne sait s’il vole ou s’il marche, son pied, ou cette aile quand il le veut déployée, à aucun élément
étranger, que ce soit la terre ou l’air ou le feu ou cette eau pour y nager que l’on appelle éther ! »...




