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76

222.

André SUARÈS

(1868-1948). L.A.S., Paris 24 février 1940, [à Marcel Thiébaut] ; 3 pages in-4.

250/300

Il accepte la suppression de quelques paragraphes : « Quelle vanité de tenir à qqs lignes comme à la prunelle de ses yeux :

si elles ne sont pas là ce soir, elles pourront y être demain, pour peu qu’elles le méritent. J’ai vu de près, pendant une saison,

les auteurs à la mode, que je crus jadis de mes amis : leur pédanterie, fonction de l’orgueil, m’a paru si absurde et si petite !

L’absurdité le cède encore à la mesquinerie : il faut les entendre dire leurs vers : ils chantent la messe, et toujours faux. Leur

bouche s’avance en gueule de canon : moyennant quoi on leur dit à la ronde qu’ils pulvérisent Eschyle et Shakespeare. Ils le

croient, tant la Grosse Bertha l’emporte sur Antigone »…

223.

Eugène SUE

(1804-1857). L.A.S., château de Saint-Brice près Montmorency [30 avril ? 1832], à Paul Lacroix ;

3 pages in-8.

400/500

Très belle et longue lettre au Bibliophile Jacob sur son roman

L

a

D

anse

M

acabre

.

Il le remercie tardivement pour ce livre, prêté et reprêté, qu’il a pu enfin lire et relire. « D’abord, merci, pour la préface où

vous me traitez si obligeamment et où vous me mettez en si bonne compagnie, et puis merci, en mon nom et en celui des gens

qui aiment les arts, car vous avez dit juste, dit vrai, dit de manière à épouvanter, où sont les arts ? où est la poësie ? Vous avez

pris notre cause en main, à nous qui vivons de peinture, de sculpture, de beaux vers et de bonne prose, qui en faisons quelques

fois ni bonne ni belle à la vérité, mais de cœur, mais de conscience, mais qui écrivons comme l’herbe pousse, parce qu’il faut

que la pensée s’écoule, on deviendrait fou sans cela, il y aurait pléthore et j’ai aussi peur d’une apoplexie morale que d’une

apoplexie physique. – Les arts ; la Poësie ? ils étaient dans votre moyen âge que vous peignez si bien, et dont vous dites tant de

mal sans pouvoir nous en dégoûter. Vous êtes comme une jolie femme qui en vous montrant une gorge ravissante, une main

divine, une jambe adorable, etc. vous prêche la chasteté et la continence. C’est notre vieille querelle que je remets sur le tapis,

non, mon cher et excellent octogénaire, centenaire si vous voulez, non, je n’en viendrai jamais à préférer notre époque positive,

sotte, prosaïque, épicière, à votre quatorzième siècle, si fervant, si palpitant, si flagrant d’émotion, de peur, de haine, d’amour et

de dévouement.

Votre Danse

en est une preuve pour moi, une preuve de plus. Trouverai-je une

Jehanne

qui me parle d’amour

et de dévotion, où trouverai-je une femme qui me sacrifiera plus que son mari, ses enfants, son honneur, sa position, sa vie, sa

fortune ? une femme qui avec le présent me donnera l’éternité ? Eh bien Jehanne donnait plus que tout cela à Benjamin, elle

se damnait pour lui, elle le croyait du moins et c’était tout uns – et ces émotions de joie à la danse des bohémiens, et au prêche

du frère, joie ou chagrin, terreur ou folie et il y avait matière à tout cela tant ces âmes étaient grandes et fortes. Craindrez-vous

pour votre enfant le sort de

l’enfançon

du S. de Vodrière – non, et encore une crainte de moins, et la crainte est une émotion,

et les émotions c’est la vie. Somme toute Paganini sur son violon ne vaut pas Macabre sur son rebec – parce que si Paganini

imite les cris des sorcières, on sait qu’il n’y a pas de sorcières. […] La scène de la danse est d’une admirable et haute philosophie.

[…] Et la scène délicieuse des Étuves – et cette corpulente et gluante Giborne, et ce digne seigneur de Vodrière, et Benjamin, et

Schaeffer et avant ou au moins au niveau de tout, votre lépreux Malaquet, qui n’est pas lépreux, et son orgie avec Guillemette !

– Vous ne savez pas, une ignoble et crapule idée – il y a là un moment où j’ai eu envie de Guillemette. Pardon cher vieillard de

ces turpitudes, vous êtes trop jeune pour comprendre ces infamies. Somme toute, votre livre m’a fait un plaisir, je veux dire un

cauchemar inouï, je l’ai lu cette nuit et j’ai eu peur... peur est le mot, peur à me lever, à allumer un cigarre, et à me promener

pour remettre ma pensée en mouvement, l’obstinée qu’elle était ne bougeant d’un point... qui me faisait dresser les cheveux le

supplice de l’enfant »… Il suit dans les livres de Lacroix « une pensée forte, grande, neuve, qui va à son but, à son terme, qu’il y

a persévérance et haut talent, et puis encore sympathie littéraire, si vous n’êtes pas clair, j’ajoute, je comprends tout, parce que

je suis tout »...

Correspondance générale

, t. I, n° 32-19.

Reproduit page précédente

224.

Eugène SUE

. L.A.S., Saint-Brice 22 juin [1837, à son ami Albert de Saulty] ; 1 page et demie in-8 à ses armes.

150/200

Il fera son possible pour accepter son invitation à aller admirer le château de Bâville cet été : « Quoique je ne sois pas assez

heureux pour être personnellement connu de Madame de Saulty, j’ose espérer qu’elle m’accordera un peu de cette bienveillance

affectueuse dont votre famille, mon cher Albert, a donné tant de preuves à mon père. Sans un travail assez important dont je

suis chargé [la publication de la correspondance d’Henri d’Escoubleau de Sourdis] et qui me doit encore retenir ici pendant

quelque temps, je serais allé vous prouver tout de suite, mon cher Albert, que c’est beaucoup plus aux aimables vivants de

Bâville qu’à ses morts illustres que je désire vivement rendre visite. Aussitôt que je serai libre, je vous écrirai un mot pour vous

demander si vous voulez toujours de moi et j’irai contempler toutes vos magnificences, et les oublier aussi dans les causeries

de votre bonne amitié »…

Correspondance générale

, t. I, n° 37-19.

On joint 2 P.S., 21 juillet et 12 octobre 1838, reçus d’indemnités du Ministère de l’Instruction publique pour des frais de

copies « relatives aux mémoires maritimes de Sourdis ».

225.

Eugène SUE

. L.A. (minute) et L.A.S., 1843-1844 ; 1 page in-8 et demi-page in-8 (petit trou à la 1

ère

).

100/150

[

Décembre 1843

, à Alexandre Dujarier], au sujet d’un différend tardif sur la vente de

Paula Monti

à

La Presse

, le journal

jugeant que le roman n’avait « pas produit un nombre suffisant de feuilletons ». Sue réclame le détail des comptes : « Si la

validité de cette dette m’est démontrée, je m’acquitterai à l’instant même »…

Paris 18 avril 1844

, à Félix Bonnaire, l’autorisant

à « retrancher de l’

Histoire de la Marine

, les pièces justificatives », pour faire tenir le livre en 5 volumes in-18.

Correspondance générale

, t. II, n

os

43-237 et 44-51.