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sciences

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MONOD THÉODORE (1902-2000)

NATURALISTE, BIOLOGISTE,

GÉOLOGUE.

L.A.S. avec

dessin

, Araouan [Soudan

français, AOF] 20 mars 1935, à sa

filleule Élisabeth

YVER

à Paris

; 4

pages in-8 (légères fentes aux plis

réparées), enveloppe.

500 / 700 €

Charmante lettre illustrée pendant une

mission d’exploration dans le Soudan

français (Mali actuel)

.

Il invite sa « petite filleule » à trouver sur

la carte Araouan, vieille ville au nord de

Tombouctou. « Au mois de novembre je suis

arrivé ici en venant de Tombouctou. Ensuite

j’ai été à Taoudeni […] aux mines de sel. Nous

avons marché assez vite : un jour je suis

parti à 3 h. du matin pour ne m’arrêter qu’à

10 h. du soir. À Taoudeni il y a du sel dans

la terre : on creuse des trous et on enlève

de grandes dalles de sel que l’on charge

sur les chameaux » :

dessin

d’un convoi

de chameaux chargés de sacs… « Ce sont

des esclaves qui travaillent dans les mines :

seulement, on ne les appelle pas comme

ça, parce que l’esclavage a été supprimé.

De Taoudeni j’ai été à Teghazza, au Nord-

Ouest : là, il y avait aussi des mines de sel

au moyen âge, et une ville bâtie en sel ! J’ai

visité les ruines de la ville : on trouve encore

des murs et même des arcs de plein-cintre

[…] en sel. Heureusement qu’il ne pleut pas

souvent à Teghazza. J’y ai trouvé beaucoup

de choses intéressantes : des morceaux de

poteries peintes, des perles, des bracelets

en verre de couleurs, etc. »… Ensuite ils ont

parcouru des pays inconnus des cartes.

« Très souvent nous étions les premiers

européens à parcourir ces contrées. Il avait

beaucoup plu avant notre arrivée et nous

avons trouvé un grand nombre de mares

et d’étangs. C’était bien agréable : on a

pu se baigner. Et puis, la pluie avait fait

pousser des plantes et nos chameaux ont pu

manger »... Il a ramassé beaucoup de plantes

et de cailloux, et aussi un œuf d’autruche

dont on a fait « 3 poêles à frire d’omelette ;

cela devait faire environ 15 œufs de poule.

Et pour manger tout cela nous étions… 2 ½,

le capitaine, Grosmînet, et puis l’adjudant

qui n’en a mangé qu’un tout petit peu […]

Pour revenir nous avons marché 15 jours

sans point d’eau, environ 600 kilomètres.

Nous étions rationnés à 4 litres d’eau par

jour, pour tout (boisson, cuisine). Essaie

de calculer combien de litres d’eau il faut

chaque jour : tu verras qu’avec 4 litres tu

n’auras pas de quoi prendre un bain ! On

a marché vite : 50 kilomètres par jour, dont

35 au moins à pied. Ce n’était pas toujours

très agréable, parce qu’on marchait la nuit,

on dormait seulement 3-4 heures »… Ils ont

vu aussi des troupeaux entiers d’antilopes

aux grandes cornes : des Addax. « Mes

camarades étaient très contents, parce qu’ils

pouvaient manger beaucoup de viande.

Moi, j’aurais bien préféré que l’on laisse les

antilopes en paix : je n’en ai jamais mangé.

D’ailleurs, depuis que je suis en Afrique,

j’ai entièrement renoncé à la viande et ne

m’en porte pas plus mal. Maintenant je

vais repartir vers l’est, retourner à l’endroit

où j’ai trouvé un homme fossile autrefois.

Ensuite je reviendrai à Tombouctou, puis

je monterai dans un chaland sur le Niger,

puis dans un chemin de fer, jusqu’à Dakar,

puis dans un paquebot »…