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Musique et Spectacle

du sanglier car il chasse à courre, – partant plus de cinquante chiens ; ça aboie de tous les côtés. Pas artiste, mais intelligent, très gai,

très robuste, enfin et vraiment un charmant homme. Après le dîner, musique à 4 mains avec la maîtresse de la maison […] Ce matin, j’ai

visité le parc avec M. de Maupas ; il y a là, je les vois même d’ici, en t’écrivant, 5 arbres âgés de

600 ans

qui sont des merveilles […],

avec des troncs énormes où se terrent les lapins, voire même des renards, puis, plus haut, d’autres cavités bizarres servant de gîtes à

des familles entières de hiboux, de chouettes etc. ; il paraît qu’au printemps ces arbres cachent et abritent les amours de toutes sortes

de bêtes, poil ou plume ; qu’on s’y embrasse, qu’on s’y flanque des râclées et qu’on y piaille à bec ou à museau que veux-tu. Je suis

resté réellement en contemplation devant ces vénérables arbres dont les racines ont encore assez de force et de sève pour donner la vie

à de jeunes petits châtaigniers, qui poussent là, sous les immenses ailes de leurs arrières-grands-pères ; quelle force ! c’est admirable.

À l’ombre de pareils géants, il semble qu’on ne composerait pas une mièvrerie, je t’assure. – Je retournerai les voir ; c’est mieux que du

Massenet ; ces arbres me font penser au père Bach, qui nourrit encore du reste, comme eux, de jeunes générations de musiciens, – et

les nourrira toujours »… Etc.

La Membrolle [automne 1888]

. « Maman, je fume beaucoup moins, je t’assure, et me porte parfaitement. Le loup est des plus

convenables. La mère Bordier attendra ; cette femme m’horripile. […] Il paraît, si cela peut t’intéresser, qu’elle lève le coude et qu’elle ne

jouit pas de toutes ses facultés ; du reste, ce n’est pas si commun que ça de jouir de toutes ses facultés. Et ce qui le prouve c’est que ta

mère et la Nanon, qui s’adorent, entre parenthèses, viennent, par un froid d’Emmanuel, c’est-à-dire de

loup

, de partir pour cette imbécile

de Chaînée gauler des noix […] Du reste, ces deux duègnes sont vêtues copieusement. Ça leur fera peut-être du bien. Elles font des

tournées dans le jardin, elles grabugent jusqu’à dix heures »… Etc.

[La Membrolle, vers le 11 novembre 1888]

. « Maman ! j’esquinte mes belles chemises sur mon établi et je voudrais les ménager » ;

recommandations pour l’achat de nouvelles chemises… « Ah ! Mme

K

erst

trouve que je ne me remue pas assez ! je ne sais pas ce qu’il

lui faut et ce n’est pas l’opinion que l’on a de moi généralement. Moi, je trouve très épatant le chemin parcouru en dix ans, je n’ai pas

à me plaindre, étant donné la carrière terrible où je me suis engagé. – Quant à

Jocelyn

, ils retardent, les Kerst, et hélas,

G

odard

aussi.

C’est de la musique de 1850, et c’est elle, la pauvre dame, qui ne se remue pas assez ; elle verrait, si elle se remuait, que l’art a marché

depuis

Jocelyn

 ! ah fichtre ! ah bougre ! mais c’est encore des maisons à chiens, ça ; l’an prochain, il y aura un perroquet, c’est dans l’air,

je le sens »...

Correspondance

(88-61, 88-67, 88-104, 83-31 [redatée], 88-123).

Ancienne collection Francis

P

oulenc

.

28.

Emmanuel CHABRIER

. 19 L.A.S. « Emmanuel » ou « Emml », 1888-1892, à

son

fils

M

arcel

 ; 34 pages in-8 ou in-12,

2 adresses, 2 lettres au crayon et 3 au crayon bleu (qqs petites fentes réparées).

2 000/3 000

A

ffectueuse

et

amusante

correspondance

à

son

fils

aîné

(né en 1874).

Jersey Mercredi [22 août 1888]

. « Cher Marcel, nous sommes arrivés hier soir par une pluie battante ; mais, descendus chez M.

O’Flaherty, que Nanon connaît de Granville, le contrôleur du bateau, qui tient aussi une pension de famille, nous avons trouvé, après ce

débarquement pluvieux, un bon dîner et une chambre superbe dont ils ont voulu nous faire les honneurs. – Ce matin, avec la maman,

nous avons fait une promenade en ville et sur la rade, puis, en contournant d’immenses falaises, on atteint la plage, somme toute assez

éloignée de la ville ; hommes et femmes se baignent chacun de leur côté, à une assez grande distance les uns des autres. Ce ne sont pas

de ces plages

où l’on flâne

 ; on arrive, on se flanque à l’eau et l’on s’en va. Les Anglais manquent d’entrain. Mais que c’est joli, ici, que

c’est bien tenu, et quelle formidable végétation ! Partout des fleurs, de grands arbres, de vastes pelouses d’un vert délicieux et des villas

si coquettes, si proprettes, si pimpantes ! – Mais, hélas ! c’est bien loin de Paris, et que d’argent pour vous trimballer tous ! »…

La Membrolle 30 mai

1890

. « Mais oui, ma mie, mais oui, mon petit loup-garou, certainement qu’il faut sortir avec tes cousins, – ça

te changera et ils te distrairont certainement. Mais alors, tu déjeunerais chez les Soubies ?

Si tu n’es pas invité

par eux directement ou

de leur part

, je préfère que tu n’y déjeunes pas ; ce sont des gens à principes, – de grandissime famille probablement et chez lesquels je

ne voudrais pas que tu t’imposasses. Je leur envoie ce subjonctif en attendant mieux »... Recommandations pour prendre le bus : « Ne

monte pas en l’air, ma mie. Mets-toi dedans, en face ou à côté d’une charmante femme et vis à vis de laquelle je ne crois pas avoir besoin

de te recommander d’observer les plus élémentaires convenances »... Chez les Soubies, « sois chic ; n’oublie pas que tu es dans un monde

excessivement aristocratique ; que l’on s’aperçoive que, dans les plus humbles chaumières, même, on peut enseigner à ses enfants à se

tenir droit, à être modeste, poli, et à pratiquer les plus hautes vertus »… –

26 juin

 : « Ah ! tu m’en uses deces souliers ! Si tu ne marchais

pas dans tous les cailloux que tu rencontres sur la voie publique, tu n’esquinterais pas le cuir de tes chaussures, un cuir de première

qualité, le roi des cuirs et le

cuir des Rois

. Tu verrais un rasoir sur le chemin, aussitôt tu t’empresserais d’aller le râtisser avec l’empeigne

de ta bottine, c’est assommant. […] C’est ton père qui te baladera dimanche. Nous irons le matin voir la Nanine, nous mangerons une

croûte quelque part et nous terminerons la journée à Suresnes chez les Verdhurt qui nous attendent. […] Je connais l’Anglaise que tu as

rencontrée sur l’impériale du tramway : c’est la reine d’Angleterre ; souvent elle voyage ainsi incognito ; comme elle est d’une grande

famille, elle a le pied très fin et cela n’a pas échappé à un observateur de ta trempe ; mais il n’y a pas que la reine d’Angleterre sur les

impériales d’omnibus, et je te prie de ne pas causer avec les gens que tu ne connais pas »…

[La Membrolle, début juillet

1891

(?)]

. « Travaille, mon pauvre enfant, tâche d’entrer ça dans ta caboche ; comment n’arriverais-tu pas

à passer, comme une masse de tes camarades qui s’en sortiront, sans avoir pour cela inventé la poudre ! Donne tout ce que tu pourras,

facilite-moi la besogne et prends de l’aplomb ; sois viril ; les gens qui sont en face de toi n’ont pas l’intention de t’avaler ; mais rien

ne les horripile autant que de voir de grands garçons, presque des hommes,

se troubler pour parler

. […] Il ne faut pas qu’un

homme

soit timide

, c’est de la faiblesse d’intelligence, du manque de force ; […] je ne peux pas éternellement traîner un

muet

dans la vie. […]

Pioche un peu plus, ça ne te tuera pas ! » –

Samedi [5 ? septembre]

. « Bravo, mon petit Marcel, travaille ferme, et le but est tout près. […]

fais davantage encore, tu n’en sauras jamais trop. […] Enfin, j’irai de suite voir mon Marcel quand je vais venir pour

Lohengrin

 »… –

9

septembre 

: « bûche comme un pauvre âne, ma mie, pour que tous les tiens soient contents ; ce sera vite passé, va ! Ne perds donc pas un

instant, je t’en prie, mon petit loup. […] il y a des bougres qui ont fait plus fort que ça dans leur vie, flanque toi ça dans le toupet, et qui