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14

30.

Emmanuel CHABRIER

. 3 L.A.S., [18-29 juillet 1889], à

sa

femme

à Paris ; 6 pages in-8 (une au crayon), adresse et

enveloppe.

700/800

V

oyage

à

B

ayreuth

.

Jeudi [18 juillet 1889] 7 h. du s[oir]. En wagon

. « Journée assommante ! Je roule depuis hier soir 5 h. 20, et je ne vais arriver à Nuremberg

qu’à 7 h. ½ ! – Puis il faudra se recoller en wagon pour gagner Bayreuth j’y serai vers 10 h. du soir, probablement ! Ces trains n’en

finissent pas ! »…

Bayreuth – Vendredi 26 juillet [18]89

. « Hier soir, cette merveille de

Parsifal

. Je passe ici d’inoubliables soirées. – Ce soir repos, demain

aussi ; dimanche

Parsifal

lundi

Tristan

. – Ce soir, le larbin de Mad

e

W

agner

, ou plutôt son homme de confiance, est venu m’inviter à

aller souper à Wahnfried. Tu vois, je suis dans les honneurs ; j’y vais avec les Van Dyck, naturellement, et je trouverai là

L

évi

, le ch[ef]

d’orch[estre] de Munich, qui est charmant pour moi, mon vieux

M

ottl

, enfin un tas de gens qui peuvent m’être utiles. […] On me collera

au piano probablement […] Ce Bayreuth est une vraie boîte à cancans, – aussi je m’observe énormément ! »...

[Bayreuth 29 juillet 1889] Dimanche minuit et 1/2

. « Représentation du merveilleux

Parsifal

. Pendant le 1

er

entr’acte, visite aux

W

agner

, dans leur loge, présentations et tralalas. Je descends : je rencontre

L

amoureux

qui me demande où on pisse, je le mène pisser.

En revenant, les inévitables

C

hevillard

apparaissent, bras dessus bras dessous […] Les

C

hausson

m’invitent à souper pour demain. Ce

n’est pas

V

an

D

yck

qui chante aujourd’hui ; c’est sa doublure ; la doublure est faiblarde, alors Ernest est aux anges, naturellement. Dans

le deuxième entracte, je vais chercher la photographie que l’on m’a faite au théâtre même,

comme homme éminent

 », mais il trouve que ces

photos le vieillissent… Il reçoit la lettre l’avertissant que sa vieille nourrice

N

anine

a eu une attaque ; il est très inquiet « je dois rester

ici jusqu’à jeudi ; comme j’ai pris ces billets, fort chers, il faut bien en profiter ! Je vais vivre maintenant dans des transes continuelles,

c’est assommant !

M

ottl

dirige exceptionnellement

Parsifal

jeudi et il

veut

que je reste pour le voir conduire ; je ne puis pas, pour un

jour de plus lui refuser ça ». Il se dépêchera alors de rentrer à Paris. Pour

Tristan

, « Mottl me met dans l’orchestre, à côté de lui »...

Correspondance

(89-78, 89-86, 89-88).

Ancienne collection Francis

P

oulenc

.

31.

Emmanuel CHABRIER

. 14 L.A.S. « Emmanuel » ou « Mavel », 1889-1890, à Mlle Annette

D

elaire

, « Nanine » ; 29 pages

in-8 ou in-12, une lettre au crayon, enveloppes.

2 000/3 000

A

ffectueuse

correspondance

à

sa

chère

N

anine

. La servante des Chabrier, Annette Delaire, qui avait vu naître Emmanuel, fut pour

lui comme une seconde mère ; frappée d’une attaque de paralysie en juillet 1889, elle est installée dans la Maison Saint-Joseph à Arcueil,

où elle mourra en janvier 1891 ; Chabrier lui adresse régulièrement des lettres qui sont une amusante chronique de La Membrolle.

[Pourville s/ mer 18 septembre 1889]

. « Nous avons un temps superbe et nous nous promenons ferme. Prends patience et dans quelques

jours, nous serons tous près de toi. Les enfants vont bien »…

La Membrolle 31 mars

1890

. « Rien de nouveau dans le pays ; personne ne

claque, tout ça se cramponne. Aperçu la belle vachère qui laisse repousser sa moustache ; toujours pas mariée. Angèle continue, paraît-il,

à se pocharder, mais nous manquons de détails intéressants à cet égard […] Enfin, au fur et à mesure des événements, tu seras instruite,

– mais je ne puis pas les précipiter ni les faire naître ! Pour le moment, c’est maigre ; des vieux vont et viennent sur la grand’route, c’est

bête. – Ah ! ça bourgeonne partout par exemple : les marronniers sont dans des états terribles et les petites violettes ont des parfums si

provocants qu’il n’y a pas, il n’y a pas, il faut se baisser pour en cueillir ! Enfin, c’est le printemps qui arrive, la nature s’en donne, elle

a rudement raison »… –

4 avril

. « Nous sommes seuls, ma femme et moi depuis mardi ; Alice s’échinait à vouloir faire la popote matin

et soir, ça lui prenait un temps du diable, et ses yeux ne sont pas très fameux ; puis ça la fatiguait et ça m’ennuyait ; alors depuis hier

soir (jeudi) nous mangeons chez les Froger, tranquillement, à la cuisine »… Annonce du mariage d’Edmond

R

ostand

avec Mlle Gérard…

« Il n’y a rien de nouveau dans le village ; M. Courier passe toujours matin et soir sur son cheval, l’air mélancolique ; les petits idiots

continuent à m’ennuyer à ma fenêtre de temps en temps, alors je les menace des gendarmes et les voilà qui courent ventre à terre jusqu’au

sommet de la côte ! Le temps est toujours superbe »… –

Bordeaux 11 avril

. Récit de la noce d’Isabelle Jacmart, nièce des Chabrier… –

La

Membrolle 18 avril

. « Je mange à la maison, tout seul ; c’est la mère des idiots qui me fait mon petit ménage. Elle vient passer une heure

le matin, une autre le soir, me fait 2 œufs à la coque et une côtelette et ça y est. […] si ma Nanine se portait bien, rien ne clocherait !

Pas de veine, décidément. Puis, il faut une bonne

vigoureuse

et active ; aller chercher le vin, faire le ménage, répondre au monde, ça ne

s’improvise pas ; enfin qui vivra verra, mais je suis toujours dans l’inquiétude. […] J’ai commandé des asperges pour mon déjeuner ; ah !

si tu étais là pour me les faire cuire ! Tu te rappelles comme j’aime ça ! M’en as-tu assez fait manger ? Et les petits perdreaux faisandés

à l’automne ? Tâche de revenir pour m’en préparer encore ! »... –

Tours 12 mai 

: « je suis venu avec André, je lui ai fait arracher deux

grosses dents, 1 fr. la dent, ce n’est pas cher, et encore c’est une dame qui lui a enlevé ça magnifiquement »… –

La Membrolle 9 juin

.

« Depuis ce matin, nous avons la nouvelle bonne. Décidément, l’autre ne pouvait pas s’habituer. Elle semblait plutôt née pour se faire

apporter son café plutôt que pour l’apporter aux autres […] nous mangeons régulièrement des fraises ; elles viennent de chez le jardinier

du haut de la côte, tu te souviens ; un petit panier de 10 sous nous suffit pour le matin ; le soir, nous en cueillons quelques-unes dans

le jardin. Mais toujours pas de cerises. […] Il est question de jouer

Gwendoline

à l’Eden ; c’est Verdhurt qui prendrait ce théâtre, mais

l’affaire n’est pas encore terminée. En attendant, j’ai commencé le 2

d

acte de l’ouvrage que je fais en ce moment [

Briséïs

]. Il fait très

chaud et ça m’affadit un peu. Heureusement, le salon est assez frais, je pousse les volets et je me trouve dans un demi-jour favorable au

travail »… –

16 juin

. La nouvelle bonne est « solide, très douce, blonde, pas laide, 25 ans et elle a de la poigne. […] elle a de la décision et

de la bonne volonté ; elle cuisine assez bien, est très propre et très bien élevée. En arrivant à Paris, tu penses qu’on la préviendra de ne

parler à aucune bonne dans l’escalier, de ne jamais s’attarder ; tout ce chenil de bonnes dans l’escalier de service, c’est une horreur […]

Aujourd’hui, lessive. La vieille femme est arrivée avec son baquet, ses savons, et son tremplin pour fixer la cuve ; elle a commencé par se

coller des tas d’affaires dans l’estomac, car tu sais que ça mange six fois par jour, ce monde-là, – et elle, en particulier, on prendrait une

tête de veau pour lui enfoncer, du matin au soir, la nourriture jusqu’au gésier, qu’elle ne sourcillerait pas. Je n’ai jamais vu de goinfre

pareil. Alors, la maison est en révolution, les draps, les serviettes, mouchoirs, chaussettes, bas, pantalons, chemises, enfin tout le bazar