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19

Musique et Spectacle

rien ne révolte plus l’amour propre que la morgue du sçavoir,

visavis des ignorants »... Il a été particulièrement flatté en

lisant dans sa lettre « le plaisir que vous avés eu à vous

ressouvenir de vos études ; si ces bonnes dispositions vous

durent encore, je vous offre les moyens de les cultiver ».

Il lui envoie à cet effet les œuvres d’Horace, de Virgile et

Cicéron ainsi qu’une grammaire latine... « Vous aurés un

plaisir égal à dessinner de tems en tems, à vous donner des

notions sur la géographie, et sur l’astronomie ; rien n’est

avide à votre age […] c’est au mien où l’on se laisse aller à

l’abbatement quand le travail donne des maladies, et que les

mauvais traitements perpétués absorbent l’amour propre »…

Son médecin envisage de l’envoyer prendre les eaux au sud

des Pyrénées, un voyage éprouvant, dont il reviendra par

la Provence, après avoir visité Toulon et Hyères… Il lui

donne les dernières nouvelles du milieu théâtral parisien :

la mort du pauvre

V

élaine

, et le mariage de

M

olé

avec

Mlle d’

E

spinay

, l’ouverture de l’opéra au Palais Royal le 11

novembre prochain, le déplacement de la Comédie Italienne

aux Tuileries « jusqu’à ce qu’on lui ait bâti une salle dans un

autre quartier que celui des Halles, à cause de l’embarras

affreux que font les voitures, dans le quartier de Paris le

plus embarassé ». Il poursuit avec quelques nouvelles de

l’Europe, notamment la guerre continuelle des Confédérés

de Pologne contre la Russie, l’Impératrice

C

atherine

II à propos de laquelle il cite

Polyeucte

de « mon divin

C

orneille

 », le prochain mariage du Dauphin « à l’une des

archiduchesses d’Autriche » [

M

arie

-A

ntoinette

], la mort du

Pape [Clément XIII] qu’on soupçonne les Jésuites d’avoir

empoisonné... « Le jeune duc de Parme a signé l’extinction

de l’inquisition dans les trois duchés de Naples, d’Espagne

et de Portugal. Il faut enfin que l’Europe s’éclaire sur les

friponneries et sur l’abus du pouvoir monacal ; mais il reste

à sçavoir si les peuples en seront beaucoup plus heureux, car il est très rare que l’on nous débarasse d’un joug sans nous en imposer une

autre ; c’est le sort commun de l’humanité »… Quant à sa fortune, il n’est pas vrai que son état lui a rapporté 12.000 livres de rente : « Il

ne faut pas croire que tout l’argent qui entre à la comédie, luy appartienne en propre, il s’en faut de beaucoup ; les charges et les frais

forment un capital de plus de deux cent mille francs […] c’est d’après cette vérité que l’on a forcé le grand bureau des Pauvres à faire un

abonnement avec tous les spectacles, pour la perception du quart ». Il recommande donc à son fils de ne rien attester sans en avoir une

preuve sûre, et l’embrasse bien tendrement.

43.

Frédérick LEMAITRE

(1800-1876) acteur. 2 L.A.S., 1838-1845 ; 2 pages et demie in-8 et 2 pages in-4, adresses.

300/400

Rochefort 20 juillet [1838]

, à Anténor

J

oly

(directeur du Théâtre de la Renaissance), sur la prochaine création de

R

uy

B

las

de

V

ictor

H

ugo

. Il pense que l’horizon s’éclaircit « et qu’enfin vous apercevez le port, dans lequel vous devez nous faire tous entrer au bruit du

triomphe ». Il est à Rochefort « dans une sphère totalement étrangère à tout ce qui se passe dans le monde artistique, pas un journal,

pas une seule nouvelle »… Il s’ennuie, et voudrait savoir « à quel point en arrive notre grand poète et s’il est toujours dans de bonnes

dispositions à l’égard de votre tout dévoué serviteur »... Il recommande Mlle

B

eaudouin

qui connaît de beaux succès : « je pense que

vous voudrez bien en tirer parti dans nos intérêts communs ». Il prie de l’avertir « si vous retardiez de quelques jours votre ouverture,

ou le commencement des répétitions »… [

Ruy Blas

sera créé le 8 novembre 1838, à la Renaissance, avec Frédérick Lemaître dans le rôle

de Ruy Blas, et Louise Beaudoin dans celui de la Reine d’Espagne.]

[Lyon]

6 août 1845

, à Théodore

C

ogniard

,

directeur du Théâtre Saint-Martin

.

Il vient d’apprendre que son frère vient d’être nommé

directeur du Vaudeville, et l’en félicite. Comme c’était ce dernier qui était chargé de la mise en scène des drames au Théâtre Saint-

Martin, il se propose pour le poste, désireux « de resserrer le lien de nos amicales opérations » : « peut-être vous manquera-t-il à cet

endroit ; et si vous vouliez en charger quelqu’un […] et que vous me crussiez digne de remplir cette charge ; Eh bien ! nous pourrions

nous entendre, à ce sujet ! »…

44.

Franz LISZT

(1811-1886). L.A.S., [vers 1833 ?], au pianiste Camille

S

tamaty

 ; 2 pages in-8, adresse.

1 000/1 500

… Il ne lui reste plus de billets, « et vous savez que la

plus belle fille de France ne peut

donner que ce qu’elle a. Mais si vous voulez

prendre la peine de venir vers 1 heure et demie au Conservatoire (à l’entrée), je vous ferai passer aisément et vous trouverez à vous placer.

Croyez mon bon ami que si je vous avais su à Paris, il y a longtemps que vous auriez votre billet dans vos poches »…