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vous avez déjeuné au pied de mon lit. Ce dont je suis sûre c’est que vous étiez de retour le samedi 11 mars puisque j’ai déjeuné chez vous
à Marnes. C’est le jour où j’ai fait la connaissance de Maurice
C
hevalier
; Albert, tu m’as fait lui raconter
la Migraine
[…] Je recherche
jalousement ces premières dates de notre vie. Elles sont la source du trésor d’amour qui s’accroît de jour en jour et, qu’en vous aimant,
je dépense à chaque heure aujourd’hui. On sait que l’Ain prend sa source à Dortan ; moi je veux savoir en quelle date du calendrier
mon fleuve d’amour a jailli de la nature des jours »... Elle raconte son déjeuner chez Jean de
C
astellane
, avec Emilio
T
erry
, frère de
la comtesse Stanislas de Castellane, et Marie-Louise
B
ousquet
, et décrit l’ameublement et le décor avec précision : « les effets d’une
tradition, qui ne sont peut-être que les restes d’une famille glorieuse, se montrent là, avec élégance mais sans emphase ni prétention.
On y sent un dernier souffle. Tout s’impose et tout nous parle : la forme, l’intention et l’esprit. La famille est aux murs. Je ne dirai rien
de Talleyrand. Ce qu’il faut voir ce sont les Princesses de Courlande et la Duchesse de Dino dont les feux de l’amour colorent encore
les livres [...]. On ne peut regarder ces femmes sans penser à la vie, à leur voix et à ces baisers dont le trépas les prive. Le clair de lune et
le clair lunaire des draps de lit établissent des pâleurs dont le souvenir ne se remet jamais »... La conversation lui a rappelé son enfance,
lorsque Jean de Castellane venait souvent chez sa mère : « Elle ne voyait que des rois, des ambassadeurs, des hommes politiques et des
ducs, et ne parlait que de voyages, de réceptions, d’alliances, de fortune et de bons ou mauvais mariages. C’était amusant. Je ne m’en
rends compte qu’aujourd’hui. Nous vivions alors dans un monde restreint d’où je me suis évadée je ne sais pas comment. On m’a élevée
pour être marquise d’Aulan ou comtesse de Bourgoing et vivre en province et je me dis souvent que j’aurais vécu plus heureuse dans
l’oubli que dans la renommée »... Elle reprend la plume le lendemain ; ayant vu Albert, elle est « presque heureuse ». Elle ne comprend
pas que Jeanne ait permis qu’on expose son portrait. « Léon-le-Lion ira le voir demain. Dieu sait ce qu’il en pensera. Léon pense beaucoup
comme moi. Il nous aime, Nous-deux-mon-ombre et il a tendance à voir par nos yeux. Je me demande parfois s’il n’est pas notre seul ami
et s’il n’est pas seul à nous aimer avec ce désespoir que nous éprouvons à l’aimer lui. [...] De même que du haut de son socle il regarde
les passants, de même du sommet de notre solitude regardons-nous la vie des autres. Comme lui nous sommes en marge »... Elle termine
en résumant sa soirée au cinéma et chez Maxim’s avec André Beaurepaire, Jean-François Lefèvre-Pontalis, etc. « J’ai passé la journée à
travailler. Vous ne m’avez pas téléphoné. J’ai attendu en vain et maintenant je vous embrasse d’un cœur assez triste »... Elle a orné sa
lettre en tête de son L surmonté d’un trèfle à quatre feuilles.
326.
Constantin de VOLNEY
(1757-1820) écrivain, philosophe et orientaliste. L.A.S., Paris 2 fructidor XIII [20 août 1805],
à M.
B
enoist
; demi-page in-4, adresse.
100/120
« Vous savez, mon cher compatriote, que vous pouvez compter sur moi et sur ma parole ; je ferai ce que vous désirez ; je connais la
personne ; j’en connais même deux du nom ; et l’une d’elles en examinant sa conscience pourrait s’étonner de mes dispositions ; mais
cela entre nous ; si quelque jour, vous en voulez savoir l’histoire assez bizarre, je vous la conterai,
sans phrase
. En attendant, profitez, je
ne dis pas de la saison, elle est bien triste, mais de votre congé. Tout temps devient beau hors de la captivité journalière »...
O
n
joint
une L.A.S. d’Auguste
M
ignet
au duc de Rignano concernant des places pour une séance à l’Institut.
327.
VOLTAIRE
(1694-1778). L.S. « Voltaire gentilho
e
ord de la chambre du Roi », au château de Ferney par Lyon 22 avril
1774, [à Pierre Fulcrand de
R
osset
(1708-1788)
] ; la lettre est écrite par son secrétaire Jean-Louis
W
agnière
(1739-1802) ;
4 pages in-4 (fentes et traces de scotch aux plis, cote d’inventaire notarial).
1 500/1 800
B
elle
réponse
littéraire
à
l
’
envoi
du
poème
L’A
griculture
.
Il le félicite sur son poème qui même « l’utile et l’agréable […] On dit que vous n’avez jamais cultivé l’art que vous enseignez ; je
l’éxerce depuis plus de vingt ans, et certainement je ne l’enseignerai pas après vous »... Voltaire s’étonne cependant qu’il adopte la
méthode de l’Anglais
T
ull
, de semer par planches, innovation détestable qui a ruiné un « cultivateur par livres » de sa connaissance,
obligé de lui emprunter de l’argent, et il évoque sa propre expérience de défrichement, fort onéreuse, qu’il ne conseillerait à personne,
« excepté à des moines ; parce qu’eux seuls sont assez riches pour suffire à ces frais immenses, et pour attendre vingt ans le fruit de leurs
travaux ». Et de citer « l’illustre et respectable »
S
aint
-L
ambert
qui « a dit très justement,
qu’il a fait des géorgiques pour les hommes chargés
de protéger les campagnes, et non pour ceux qui les cultivent ; que les georgiques de Virgile ne peuvent être d’aucun usage aux païsans ; que
donner à cet ordre d’hommes des leçons en vers sur leur métier est un ouvrage inutile ; mais qu’il sera utile à jamais d’inspirer à ceux que
les loix élêvent au dessus des cultivateurs, la bienveillance et les égards qu’ils doivent à des citoïens estimables
»... Mais si les paysans n’y
comprennent rien, les
Géorgiques
de
V
irgile
feront toujours les délices des gens de lettres, non pour ses préceptes, ni ses louanges, mais
pour ses descriptions et des épisodes que Saint-Lambert appelle justement charmants.
« Vous me reprochez d’avoir dit dans mon discours à l’Académie qu’on ne pouvait faire des georgiques en français. J’ai dit qu’on ne
l’avait pas, et je n’ai jamais dit qu’on ne le pouvait pas. Je me suis plaint de la timidité des auteurs, et non pas de leur impuissance. J’ai
dit en propres mots qu’on avait resserré les agréments de la langue dans des bornes trop étroites ; je vous ai annoncé à la nation, et il
me paraît que vous traittez un peu mal vôtre précurseur. Il semble que vous en vouliez aussi à la poësie dramatique quand vous dites
que la prose a eu au moins autant de part à la formation de nôtre langue que la poësie de nôtre théatre ; et que quand Corneille mit au jour
ses chefs d’œuvre Balzac et Pelisson avaient écrit, et Pascal écrivait
. Premièrement, on ne peut compter
B
alzac
, cet écrivain de phrases
empoulées, qui changea le naturel du stile épistolaire en fades déclamations recherchées. À l’égard de
P
elisson
il n’avait rien fait avant
le Cid et Cinna. Les Lettres provinciales de
P
ascal
ne parurent qu’en 1654, et la Tragédie de Cinna faitte en 1642 fut jouée en 1643.
Ainsi il est évident, Monsieur, que c’est
C
orneille
qui le premier a fait de véritablement beaux ouvrages en nôtre langue. Permettez
moi de vous dire que ce n’est pas à vous de rabaisser la poësie ; j’aimerais autant que M
r
d
’A
lembert
et M
r
le Marquis de
C
ondorcet
rabaissassent les mathématiques. Que chacun jouïsse de sa gloire. Celle de M
r
de S
t
Lambert est d’avoir enseigné aux possesseurs des
terres à être humains envers leurs vassaux ; aux intendants à ne pas oprimer les peuples par des corvées ; aux ministres à adoucir le
Littérature
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