les collections aristophil
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leistet »). Les nouvelles des combats se
limitent aux rapports officiels. Le dernier
disait que Maubeuge avait capitulé, 40.000
prisonniers, 400 canons, 4 généraux, etc. La
France, la Russie et l’Angleterre ont signé
un protocole de paix le 4 septembre... Tous
les érudits ont rejeté la note commune leur
décernant les honneurs des organismes
anglais (« Körperschaften ») et protesté
contre la barbarie de l’Angleterre. Born
trouve qu’à l’avenir on devrait rejeter toute
communauté culturelle avec l’Angleterre
(« Ich finde, daß man auch in Zukunft jede
Kulturgemeinschaft mit England ablehnen
soll »)… –
25 septembre.
Il est question des
pertes à Verdun et de la nouvelle réjouis-
sante du torpillage de trois embarcations
anglaises avec 2000 hommes d’équipage
par un sous-marin U9. Cette arme semble
redistribuer les cartes de toute la guerre
navale. Désormais, briser le pouvoir naval
de l’Angleterre ne paraît pas chose si ines-
pérée… –
10 octobre.
Mort du roi CAROL de
Roumanie, qui était un ami des Allemands ;
qui sait ce que va faire la Roumanie mainte-
nant. Une intervention ennemie serait plus
fatale pour l’Autriche… Born se demande si le
poison russe n’aurait pas joué un rôle dans
la mort rapide du roi ; on est désormais prêt
à tout croire »… En attendant, il occupe son
temps aussi bien que possible, par le travail
et la correspondance. Il poursuit la revue
Die
Physikalische Zeitschrift
à la demande de
l’éditeur... Il n’a aucune nouvelle de Busch
et se fait beaucoup de souci à son sujet. Il
s’interroge sur le sort d’autres connaissances
communes, mais les nouvelles des amis
autrichiens et hongrois sont rares à cause
de la censure… –
11 novembre
. Il a été très
occupé par le début du semestre et ses
conférences, qui n’ont attiré que peu d’au-
diteurs, mais pour la plupart des dames :
cette activité peut nous sembler superficielle
mais il faut bien faire son devoir, dans la
mesure du possible, et parfois cela permet
d’oublier la guerre pour une demi-heure…
Il s’imagine bien que Rudi n’a pas le calme
nécessaire là-bas sur le champ pour suivre
la littérature physicienne et lire les travaux
de Max PLANCK. Lui-même y parvient à
peine, alors qu’il a tout le temps pour ça…
Peter
DEBYE
est son voisin, et il espère le
voir plus souvent : c’est bien le seul homme
avec lequel il puisse de temps en temps
parler d’autre chose que de la guerre. Ils
travaillent sur des problèmes qui peuvent se
poser aux gens sur le champ de bataille : par
exemple un miroir qui permette d’observer
depuis la tranchée sans qu’un homme ait
à s’exposer, l’on pourrait ainsi éviter des
pertes parmi les officiers d’infanterie ; on
pourrait aussi trouver des positions d’ar-
tillerie qui ne seraient pas visibles. Suivent
des explications sur cet éventuel dispositif
et un petit
schéma
ainsi que de longues
considérations sur l’avancée et l’issue de la
guerre… –
29 décembre.
Il se fait beaucoup
de souci pour Rudi depuis qu’il sait qu’il sert
dans l’infanterie des tranchées…Il aimerait
savoir comment il a fêté Noël, s’il y a eu
pour un laps de temps la paix sur terre… Il
évoque la mort tragique du physicien Otto
SACKUR,
survenue lors d’une explosion
dans un laboratoire : malheureusement ce
genre de choses arrive aussi en dehors du
champ de bataille. Born l’aimait beaucoup
et appréciait hautement ses compétences…
Göttingen
1
er
février
1915
. À Berlin sont tous
les jeunes physiciens en service actif pour
la guerre. Ainsi Franck z.B. travaille sur l’ar-
tillerie lourde ; Fritz HABER met au point de
nouvelles armes chimiques [les terribles gaz
qui feront tant de victimes]… DEBYE travaille
sur un modèle d’hydrogène très simple
(« Debye hat etwas hübsches gemacht: ein
ungeheuer einfaches Wasserstoffmodell, das
folgende Eigenschaften hat [...] Dispersion im
nichtleuchtenden Zustand, innere Reibung,
speziftsche Wärme etc. Es besteht aus 2
positiven Ladungen, in denen die Masse




