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124.

Pierre GAXOTTE

(Revigny-sur-Ornain, Meuse 1895/1982).

13 L.A.S

. (une à en-tête de Je Suis Partout),

18 pp. in-8 (majoritairement) ; 1935-1952 et sans date.

Belle correspondance littéraire, amicale et politique. « Je voulais vous dire que votre article sur Colette est ce

qu’on a écrit de plus juste et de plus sagace sur elle

, qu’on en parle beaucoup et qu’il est bien dommage qu’en utilisant

vos critiques de la Revue, vous n’écriviez pas un panorama de la littérature contemporaine, qui ferait un beau livre. 1918 :

la découverte des territoriaux stockés dans les chapelles, comme disait Thibaudet en parlant de Claudel, Proust, Valéry,

Maurras ; la nouvelle génération ; les écoles en isme, etc… Vous avez tous les éléments et toute l’autorité […].

J’avais

néanmoins préparé pour vous une sorte de dialogue philosophico-politique sur la France, mais, en raison des

événements, il semblait hérissé de pointes et d’allusions que je n’avais pas voulu y mettre

. Bref, il était inopportun. Je

le polirai et le repolirai à votre attention […]. Voici les Teutoniques. J’ai ajouté deux lignes sur Alexandre Nevski (Nevski

est l’adjectif de Neva. C’est sur la Neva qu’il a battu un peloton de Suédois. Perspective Nevski). C’était l’homme des

Tartares. Mais je n’ai pas trop détaillé : les affaires allemandes sont assez compliquées elles-mêmes […].

J’ai abandonné

les affaires contemporaines : les quarante années que je leur ai consacrées m’ont donné trop peu de satisfaction

[…].

Parler de politique sur un ton digne ! C’est trop difficile pour moi. La matière est médiocre, les hommes aussi ;

les décisions sont généralement absurdes ; on se lance dans les projets européens sans réflexion, sans que l’opinion

sache même de quoi il s’agit

, sans même que le public soupçonne que l’on court à l’Europe allemande.

Pendant des

années, j’ai écrit des articles pour convaincre les lecteurs qu’Hitler était un homme dangereux. A quoi cela a-t-il

servi ?

M. Blum, trois semaines avant l’avènement des nazis écrivait : « Non seulement Hitler est exclus du pouvoir, il est

même exclu de l’espérance du pouvoir ». Feu Blum a eu des obsèques nationales et tout un chacun a vanté sa clairvoyance :

c’est donc lui qui avait raison. En 1939, Buré parlait tous les jours du bluff hitlérien et invitait Daladier à taper sur la table.

En 1944, on a revu Buré grand homme, pourvu d’un journal alors que la plupart de ses contradicteurs étaient mis dans la

poubelle de la presse pourrie. Et vous voudriez que je recommence ? […] ».

1 200 / 1 800 €

125.

Paul GERALDY

(Paris 1885/1983).

192 L.A.S. 375 pp.

in-4 et in-8. Paris et Guerrevieille-Beauvallon

(Var), sans dates.

Très abondante et formidable correspondance amicale et littéraire, pleine d’érudition, commentant avec

beaucoup de verve ses lectures et le monde littéraire, son travail d’écriture, ses états d’âme, ses publications

et celles de ses amis écrivains, comme Colette qu’il évoque et fréquente régulièrement.

« Le bouddhisme ici

pour moi ? Un étrange état en tous cas, quelque chose de ralenti, de quelquefois assez intense, mais à arrière-goût

de mort, un état qui me rappelle très précisément mes dix-huit, dix-neuf ans, où seul, avide, ennuyé, tendu vers tout,

ne touchant rien, je m’écœurais de moi-même.

Le paradoxe d’être ici, dans ce paysage de vacances, entouré

de barbelés, de blockhaus, d’artillerie, de troupes et menacé d’expulsion naturellement, mais très calme,

extraordinairement calme, et plantant mes petits pois et mes pommes de terre, et brûlant mes feuilles mortes

(mes aiguilles de pins mortes), et courant les campagnes pour un peu de viande, pour un peu de vin, et ruminant le

pas et la mort, devenu étrangement présent.

Certes ce comique de Claudel est inacceptable

. Il est en béton armé.

Et nous sommes d’accord sur tout. Dès qu’on nous emmène loin et haut, votre sens critique tombe. Nous sommes

indulgents et contents. Intense volupté d’admirer. C’est le contraire de tout ce que j’aime – forme et matière - mais

ça m’a fait un énorme plaisir, musical. Est-ce qu’il n’y a pas là-dessus une grande influence japonaise ? Est-ce qu’il

n’y a pas des images comme ça dans le vieux théâtre japonais ?... Un peu de pluie. Trop peu de talent… Et cette

manie de chercher l’esprit en dehors de la chair ! C’est les réconcilier qu’il faut !

Monter très haut mais garder

la chair comme moyen d’expression. Ne pas opposer Dieu et la vie. Faire servir la vie à l’expression de Dieu.

Toucher Dieu pour la vie…

Montherlant m’avait écrit qu’il écrivait une pièce à trois personnages. Je m’étais dit :

« Je lui souhaite bien du plaisir ! Il verra ça ! ». Toujours l’antagonisme des écrivains et des auteurs dramatiques.

Le théâtre n’est pas (j’exagère à peine et même je ne suis pas sûr d’exagérer du tout), un genre littéraire. Vous me

répondrez :

Racine. Mais on pourrait dire – et ce serait à peine un paradoxe – que Racine n’est pas littéraire.

Il n’est pas plus littéraire que les Evangiles ne sont littéraires. Giraudoux dit que les mots et Racine sont tous

comme le mot pain ou le mot eau

[…] ».

2 000 / 3 000 €

voir aussi la reproduction en page 2

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