Background Image
Previous Page  26 / 80 Next Page
Information
Show Menu
Previous Page 26 / 80 Next Page
Page Background

26

137.

Jean GUITTON

(Saint-Etienne 1901/1999). L.A.S. 3 pp. in-4. Montpellier, 31 octobre 1948.

Très belle et longue lettre sur sa philosophie et ses années de captivité

. « Comme vous le savez, je suis bien

intéressé par le problème religieux. Le livre où mon genre d’esprit, de méthode apparaît le mieux est Le Portrait

de M. Pouget, que Gallimard réédite en ce moment […].

Si ce n’est pas ridicule de parler ainsi, je dirais que

je voudrais être le Platon de ce Socrate ; et que le Portrait de M. Pouget est mon Phédon

. Je crois que si l’on

diminuait le malentendu entre le catholicisme et la pensée moderne, notamment la critique historique, ce serait

heureux pour l’un et pour l’autre. En cela je me rattache à Newman et je voudrais reprendre l’effort des modernistes

sans le modernisme, c’est à dire en restant fidèle à l’orthodoxie. Il est bien difficile de s’expliquer en peu de lignes,

surtout sans laisser voir son visage ; mais si vous me permettez de me traduire par un schéma, voici ce que je dirais :

je crois que la tradition catholique contient le noyau de la vérité, mais que cette vérité est entourée d’une sorte

de gangue, laquelle apparaît seule à ceux du dehors

[il illustre son propos de deux croquis] […].

Au point de vue

de la philosophie, je m’attache beaucoup à la réflexion sur le temps, la durée, dans le sillage de Bergson, mais

d’une autre manière. La durée est pour moi moins une évolution, qu’une maturation

: ainsi, si vous ouvrez

le livre sur l’amour à la page 100, vous y verrez l’histoire de l’amour telle que je la conçois : l’amour à mes yeux a

besoin d’une longue existence pour être et se développer : et il vit et se renouvelle selon son identité […] ». Il évoque

ensuite ses années de captivité en Allemagne, refusant d’être libéré pour aider ses camarades, et la polémique qui a

suivi la publication de son

Journal de captivité

« d’un esprit très élevé, nullement collaborateur », préfacé par Pétain

« en tant que symbole de l’unité du pays ».

300 / 400 €

138.

GYP

(Plumergat, Morbihan 1849/1932) 5 L.A.S. 9 pp. in-folio de son écriture démesurée. 9 pp. in-folio. Une

enveloppe. Sans date (années 20).

Sur la parution de ses romans dans la

Revue de Paris

. « Je crois très nécessaire d’indiquer que vous donnez des

« coupures » d’un livre qui représente un tout, et d’en donner le titre, sans quoi ce sera très incompréhensible……

Vous pourriez peut-être expliquer dans un « chapeau » qu’il s’agit des premières années de la Nouvelle République.

Je ne suis pas assez d’aplomb pour faire ça. Je suis encore là…. Mais j’ai la tête vide et les jambes en coton […] ».

150 / 200 €

139.

Daniel HALEVY

(Paris 1872/1962). 6 L.A.S. 8 pp. formats divers. 1930-1939.

Sur ses travaux littéraires

. « Je me trouve en ce moment aux prises avec la Restauration manquée de 1873. Le récit

a été fait maintes fois, on peut le renouveler en y montrant un épisode de l’illusionnisme catholique, si fort alors et si

important à connaître. Le Sacré-Cœur, Lourdes… Volontiers, je vous donnerai cela à lire […]. Voici le dialogue dont

je vous ai parlé. Je ne suis pas ravi du titre. Peut-être « Reprise d’un dialogue ancien » vaudrait mieux […] ».

200 / 300 €

140.

Elie HALEVY

(Etretat 1870/1937), philosophe. L.A.S. 7 pp. in-4. [Londres], 11 juin 1937. En-tête

«

The Athenaeum

».

Longue et très belle lettre, écrite quelques semaines avant son décès, rectifiant l’image, selon lui erronée, que

l’article de Marcel Thiébaut donnait de Lucien Herr (1864/1926), théoricien socialiste qu’il avait bien connu

.

« […]. Permettez-moi, moi qui l’ai bien connu, de vous dire : comme vous le connaissez mal ! C’était un timide (sous

ses dehors bourrus), un anxieux qui doutait toujours de lui-même (au point qu’il n’eut jamais la force de mettre ses

idées sur le papier).

Ce n’était pas un chef, c’était un serviteur, heureux toujours de mettre son savoir et son

dévouement à la disposition de ceux qui en avaient besoin. Vous dites que c’est lui qui convertit Jaurès et Léon

Blum au socialisme

. Je n’en sais rien. J’en doute fort. Je suppose, le connaissant comme je l’ai connu, que les choses

se seront passées de la façon suivante : Jaurès, Blum seraient venus lui dire : « Je suis en train de devenir socialiste :

mais qu’est-ce que le socialisme ? » ou bien « Je suis en train de devenir socialiste : qu’est ce qu’il faut que je lise ? »

Et je vois la joie de Herr à déballer, pour le bénéfice d’autrui, son savoir qui était immense. Avec d’autant plus de joie

qu’il était question de socialisme. Mais s’il s’était agi de la littérature hittite, ou des romans de la Table Ronde, ou de la

philosophie (?), sa joie aurait été grande aussi. Il était né pour assister, conseiller, des amis.

J’en sais quelque chose,

moi à qui il n’a jamais demandé de devenir socialiste. Et combien d’autres, gens considérables, ne pouvaient se

passer de ses conseils : Lavisse, Charléty, Bédier ! Sont-ce les noms de trois révolutionnaires ?

[…] ».

400 / 600 €

141.

Gabriel HANOTAUX

(Beaurevoir, Aisne 1853/1944).

28 L.A.S. 54 pp.

in-12 et in-8. Paris, prieuré

d’Orchaise et Roquebrune-Cap-Martin, 1927-1939.

Longue et très intéressante correspondance sur sa conception de la science historique, ses travaux, ses

publications et sa collaboration à la

Revue de Paris

. « Je viens d’achever un morceau sur la politique européenne de

Napoléon : Belgique, Allemagne, Italie, etc. Cela pourrait être intitulé soir l’Europe – France en 1812, soit Napoléon

et « l’idéal de civilisation ». Il me semble que le morceau pourrait être présenté en trois articles d’environ 30 pages

[…]. Parmi les noms qui me sont venus à l’esprit en ce qui concerne la proposition de M. de Fels [directeur de la

Revue de Paris

] d’un compte-rendu général de mon Histoire de la Nation française et de l’Histoire des Colonies dans

la Revue de Paris, j’ai eu l’idée de le demander à M. Corpechot. Il a fait, dans le Figaro, à propos des cérémonies

de Jeanne d’Arc, un article dont le remercie seulement aujourd’hui, par suite de mon absence prolongée, et qui a

pour caractéristique de

dégager l’esprit idéaliste de mon œuvre d’historien par réaction contre les historiens à

tendances matérialistes, rationalistes, négatives, comme vous voudrez, qui se sont multipliés au cours du XIX

e

siècle. J’ai voulu remettre en honneur le véritable esprit historique de la Nation, non païen mais religieux,

cartésien à la façon de Descartes et non de Lamarck, attaché à ses traditions, à son évolution classique et

mesurée, féconde en œuvres et d’un dévouement inlassable pour toutes les grandes causes

[…]. Si donc il

acceptait de faire un article qui poserait carrément la question devant le pays lui-même et qui opposerait l’esprit

nouveau à l’esprit des A. Comte, Renan, Taine et même Michelet, de façon à suivre l’évolution vers la tolérance et le

respect de la croyance, la haute mission idéaliste de notre pays, peut-être serait-ce un sujet digne de la Revue et qui

marquerait un point et une heure […] ».

800 / 1 200 €