TAJAN - 27
MANUSCRITS ET AUTOGRAPHES
71
71 - Georges BERNANOS
(1888-1948). Écrivain.
Manuscrit autographe signé "
On demande des martyrs
".
[Juin 1935]
. 6 pp. 1/2 in-4, avec annotations manuscrites de
typographes.
4000/5000 €
Manuscrit destiné à l’impression d’un article paru le 19 juin 1935 dans
Marianne
, hebdomadaire de gauche fondé par Emmanuel Berl.
Bernanos,
avec toute sa liberté d’esprit, refuse d’accepter le clivage simpliste entre
"gauche" et "droite" et s’en prend aux journalistes ainsi qu’aux lecteurs qui
ont vendu leur âme
. C’est par l’intermédiaire du critique Ramon Fernandez
qu’il a été invité à s’exprimer dans les colonnes de
Marianne
et il veut se
présenter aux lecteurs de Marianne comme étant de l’espèce de "
ceux qui ne
marchent plus
", c’est-à-dire de ceux qui refusent de jouer le jeu des citoyens
stérilisés, délivrés du soin de penser par eux-mêmes.
(…) Lorsque ces pauvres types ont fini de vider les lexiques, ils en reviennent
toujours à la seule distinction dont ils soient réellement capables – celle de leur
main droite et de leur main gauche. Homme de gauche et homme de droite. Hé
bien, je ne marche plus. (…) Je ne marche plus pour les thèmes simplistes. Ils ne
sont pas simples, ils sont bêtes. Tellement bêtes que des milliers de vies humaines
sacrifiées n’ont pas réussi encore à leur donner une espèce de vérité, de dignité.
Homme de gauche ou homme de droite, vous voyez ça sur une tombe, vous?
Moi pas.
Et Bernanos affirme que les journaux dits "d’opinion" n’existent plus,
sachant que tout y est calculé par rapport au lecteur le plus bête, et que les
hommes libres se perdent dans la foule des gobeurs et des badauds.
(…) Un jour
viendra où pour la presse comme pour le sport, s’effacera la distinction, devenue
byzantine, de l’amateur au professionnel, où l’Etat rachètera ostensiblement la
grande presse comme il rachète les banques ou les compagnies de chemin de
fer. (…) Chaque public docile viendra pieusement faire queue devant l’enseigne
fraîchement repeinte par les soins de l’administration (…).
Il désespère également
des "élites" qui, face aux entrepreneurs, ne peuvent rien faire qu’attendre leur
dernière chance:
une loi sur la presse, la déclaration de l’état de siège, la
guillotine en permanence – que sais-je? Car une élite décimée vaut toujours
mieux qu’une élite enrôlée (…).
72 - Georges BERNANOS.
1888-1948. Écrivain.
C.A.S.
Bar-le-Duc
, s.d. (circa 1926). 2 pp. sur bristol in-12.
200/300 €
Lettre de remerciement pour
l’article si ferme et si lucide
paru dans la Croix
du Nord sur son roman
Sous le soleil de Satan:
(…) Les réserves que vous
faites ont un grand intérêt pour moi, car l’écrivain, hélas! ne connait que
ses intentions. Et c’est un appris bien fragile quand on a la folle ambition de
témoigner pour la vie surnaturelle! (…).
73 - Léon BLOY.
1846-1917. Écrivain.
L.A.S à Emile Godefroy.
La Salette, 17 août 1906
. 3 pp. bi-feuillet
in-12, image pieuse en coin de La Salette ; joint l’enveloppe.
200/300 €
Lettre amicale de Bloy, en famille, et en pèlerinage à La Salette, avant de
rentrer à Paris pour son déménagement
; il lira son article avec intérêt;
(…) Vous savez que j’aime très particulièrement votre esprit, c’est-à-dire la
physionomie de votre âme. Assurément le lieu extraordinaire où je suis en cet
instant, n’est pas pour diminuer ou atténuer en moi le besoin de la profondeur.
Vous pouvez donc compter sur mon attention (…).
Il s’entend pour faire suivre
son courrier.




