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histoire
familles auxquelles je tiens, mes deux pères, ont beau être irrités
contre moi, je les connois trop pour croire qu’ils soient disposés
à ordonner de sang froid ma mort douloureuse et cruelle ; je les
connois trop bien pour ne pas me flatter qu’ils verroient mon salut
avec quelque bonté, s’ils pouvoient être sûrs qu’il ne les exposât
pas à de nouvelles fautes de ma part. J’ose donc demander encore
qu’on sauve le physique et qu’on essaye le moral »… Son père s’est
entretenu avec M. de ROUGEMONT, Lieutenant de Roi du château
de Vincennes, et c’est de lui qu’il tient que seul son beau-père ou son
épouse peuvent le libérer : « C’est donc uniquement à votre merci et
à la sienne que je suis, Monsieur ; et s’il faut que je périsse, ce sera
vous qui m’y condamnerez ; Je vous crois trop généreux pour le
faire. Si Madame de Mirabeau contribue, comme je l’espère encore,
à vous déterminer favorablement, je lui vouerai comme à vous une
reconnoissance éternelle, dont il n’y a aucune preuve que je ne sois
disposé à lui donner, autant qu’elle et vous le jugerez convenable ».
Il aurait aimé pouvoir réparer sa faute et mériter le pardon et la
liberté en servant l’armée, mais ses infirmités l’en empêchent. Il
demande donc la permission de s’installer jusqu’à sa guérison aux
environs de Paris, « où je pusse être à portée des secours de l’art,
et jouir un peu d’exercice, surtout de celui du cheval qu’on regarde
comme l’unique remède à mes maux s’il en est encore »… Il le prie
de croire que ces bontés le lieraient encore plus fortement à ses
deux familles et l’obligeraient : « Je vous demande la vie, et je vous
jure de l’employer à votre gré »…
Provenance
: collection Philippe ZOUMMEROFF,
Crimes et châtiments
(16 mai 2014, n° 85).
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