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« Ce matin, étrange confusion dans nos propos ; je lui confie qu’il me ramène insensiblement par la seule douceur de sa
présence, à “la normale”, “à Élise”, mais comme il n’a pas entendu ce que je voulais dire, il se récrie : “En effet, tu n’as jamais su
vivre selon ta Loi, selon ta “normale” à toi [...] Tu as considéré tes appétits, tes désirs comme des monstres et tu as décidé non
pas de régler leurs exigences, mais de les contrarier : et tu n’as rien trouvé de mieux que d’entrer dans l’ordre du mariage auquel
rien ne te préparait ni ne te destinait, où tous les pores de ta chair ont connu la torture, celle de manquer de l’air, de l’atmosphère
où seulement ils respirent. Ainsi n’as-tu réussi qu’à y pousser ce cri exaspéré par la présence continuelle de la Femme que sont
tes
Chroniques
... Avec moi, tu vis avec ce que tu aimes, tu me vois sans cesse autour de toi aller, venir, me dévêtir, me vêtir ; que
je sois nu ou habillé, ton regard me suit avec une sorte d’extase et bien qu’il ne se passe rien qu’entre ta femme et toi, c’est avec
moi, – c’est de moi que tu vis et c’est au bonheur que je te donne que tu dois celui qu’elle paraît te donner et celui qu’elle reçoit
de toi. Sans moi, vous seriez comme séparés. Votre vie ne devient possible et heureuse que parce que je suis là »...
« Elle m’appelle devant lui, avant de s’endormir : – Mon Sardanapale, mon Nabuchodonosor, mon Hérode”. Et elle se
réveille, quand il dort, pour me caresser et que je la prenne, comme si elle voulait surtout tromper quelqu’un avec moi et
qu’il en fût informé – au moins dans son sommeil. Le lendemain, la musique de nos soupirs et de nos gestes qu’il aura perçue
mystérieusement le visitera, devant nous et elle triomphera et le triomphe de l’une, l’inquiétude de l’autre me mettront à la
torture »...
« Je comprends maintenant pourquoi elle aime tant Louis et pourquoi elle dit tant de bien de lui : c’est la seule manière
qu’elle ait de médire de Jean et de le haïr. Mais le comble de l’ironie, c’est qu’elle ne médit de Jean et ne le hait tant que parce
qu’elle croit que c’est avec lui que j’ai passé la soirée de vendredi sans elle, quand ce n’est qu’avec Louis qu’elle adore et félicite
que j’ai fait tout le mal. Me voilà bien vengé »...
« J’ai écrit à L. que s’il est le Minotaure, je suis peut-être Thésée, qu’il est bien libre de se créer un entêtement contre moi,
des limites avec moi ; que je suis, moi aussi, farouche, intransigeant et qu’à se devise terrible j’oppose la mienne aussi terrible.
Que s’il entend se partager entre Élise et moi et ne rien me donner que d’accord avec elle ou que ce qu’elle nous accorde le droit
de prendre, je refuse tout »...
On joint le tapuscrit avec corrections autographes par Jouhandeau et Jean Paulhan d’une « Table des matières pour l’
Essai
sur moi-même
(Lausanne, Marguerat, 1946 ; 10 p. in-4).
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