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166.
Henry de MONTHERLANT
(1895-1972). 5 L.A.S. et 2 L.S., 1935-1958, à Marcel Thiébaut de la
Revue de Paris
;
7 pages in-8 et in-4 (une l.s. déchirée en deux), une enveloppe.
400/500
8 juin 1935
: « j’ai dit tout ce que j’avais à dire sur le sport, et plus largement même que je ne l’aurais dû, ayant donné là-
dessus, je le confesse, jusqu’à des fonds de tiroir »…
16 décembre 1939
, envoyant un texte pour la revue, « si vous ne vous
laissez pas arrêter d’abord par le fait qu’il soit un “radio-montage”. Car c’est un texte auquel je tiens assez pour avoir accepté
qu’il parût dans une petite édition de luxe, après sa publication en revue ici ou là. Toute la seconde partie (à partir du dialogue
du prêtre et de l’enfant) est entièrement inédit. Dans la 1
ère
partie qq. phrases ont été empruntées à
la Relève du Matin
, mais
peu de chose »…
13 janvier 1955
, à propos de
Port-Royal
: « Vous avez eu raison de dire que je n’écris jamais des pièces d’idées,
que ce sont plutôt des attitudes que j’incarne dans des personnages humains : ici, la fidélité. Ce sont toujours les hommes qui
m’intéressent, et il est rare qu’ils incarnent une seule idée. Ils sont plutôt tous plus ou moins vagues et contradictoires comme
l’Archevêque de Paris. A la vérité, je ne pense pas que
Port-Royal
soit mon “chef-d’œuvre” […] L’histoire m’y a trop apporté et
m’a trop aidé. Il n’y a pas de proportion entre une pièce telle que celle-là et une pièce jaillie entièrement de soi-même. L’avenir
se trompera s’il ne juge pas que mon “chef d’œuvre” est
La Ville dont le Prince est un Enfant
»…
167.
Henry de MONTHERLANT
. 18 L.A.S., 1937-1947, à l’éditeur Jean Vigneau ; 31 pages formats divers, qqs
enveloppes ou adresses.
1 000/1 500
Intéressante correspondance à son éditeur sur la guerre, la défaite et l’édition sous l’Occupation. Jean Vigneau,
qui éditait Montherlant chez Bernard Grasset avant la guerre, a créé sa propre maison d’édition en 1941 à Marseille, et édita
Roger Peyrefitte (
Les Amitiés particulières
) et Montherlant, dont il publia
Les Nouvelles Chevaleries
et
Le Solstice de Juin
.
Les premières lettres (1937-1938) sont relatives à des envois de livres, à une conférence que Montherlant doit faire à Londres
avec Marie Scheikévicth...
Metz 26 septembre 1938
: « Bien que réformé de guerre définitif, je suis parti samedi me mettre à
la disposition de l’autorité militaire ». Menacé d’une saisie, il veut se mettre en règle avec les impôts… « J’ai envoyé à Brun
il y a 15 jours ce qui est dactylographié du 4
e
livre des
J. Filles
. Il pourra le publier tel quel après la guerre, s’il m’arrive un
malheur. Et de même
La Rose de sable
, dont le manuscrit (moins ses coupures) est chez Tournier, le libraire, à Tunis »…
Nice
10 février
1939
. Il a été gravement malade et doit partir en convalescence à Peira Cava ; il charge Vigneau de s’occuper de sa
déclaration de revenus, et de tirer au clair ses problèmes avec la Société des Auteurs…
Paris Noël 1939
, relatant une entrevue
avec Grasset au sujet d’une édition illustrée des
Olympiques
.
Marseille 25 février
1940
, sur sa tentative manquée pour se faire
engager dans les chars…
24 juillet
: « J’ai baigné dans la bataille, et j’en ai plus vu en 3 semaines qu’il y a 22 ans en 2 années.
Y apprenant que l’insomnie, poussée au point de 3 H par nuit de sommeil, et jamais plus, est q.q.ch. comme le cancer, – et en
rapportant quatre petits éclats de bombe dans la cuisse, à qq. centimètres du plus noble objet du corps humain, mais sans gravité
aucune. Après tout cela, il faut bien dire que la guerre est quelque chose d’incomparable. La France, c’est les écuries d’Augias
à nettoyer. Avec espoir ou sans espoir ? L’auteur de
Service inutile
se garde ses pensées là-dessus. […] Il n’y a d’acquis – et de
bien acquis ! – jusqu’à présent, que la défaite. Sur elle on peut penser. Mais les conditions d’occupation, et la décision finale, sont
encore si mouvantes, ou si inconnues, que sur l’avenir il est inutile de penser. La défaite, elle, est largement méritée. Elle est, si
j’ose dire, la fleur d’un arbre qui poussait depuis vingt ans. Chacun de nous a arrosé cet arbre, et nous sommes tous peu ou prou
responsables »...
Tulle 4 août
: « Votre projet d’une maison d’édition en joue libre est séduisant », à condition que la « liberté de
s’exprimer » puisse encore s’exercer en zone libre. Malgré des menaces : « Je ne changerai pas un iota à ma conduite actuelle »…
Nice 8 novembre
. Il va aller quelques jours à Vichy : « Je suis autant d’accord aujourd’hui avec le gouvernement Pétain, que
je l’étais le premier jour, lorsqu’il décida l’armistice, et souhaite que la sorte d’apaisement qu’on nous annonce ait une solide
réalité [...] J’écris un livre de souvenirs sur les événements actuels. Il ne peut, n’est-ce pas, s’appeler autrement que
Le Solstice
de Juin
(vous vous souvenez que l’armistice fut signé le jour du solstice ?) »...
Mars-avril 1941
, séjour à Grasse ; il espère voir
Vigneau.
Paris 18 décembre 1942
: « un
inédit
? Les éditeurs de par ici ayant surtout du très beau papier, les propositions qu’ils
me font me donnent des droits d’auteur entre 100 et 150.000 frs, même pour un texte court (60 pp. dactylo), tirage de 200 à
300 ex. Secondaire que soit pour moi la question d’argent, la marge est tout de même un peu grande avec ce que vous voulez
bien m’offrir. Mais pourquoi ne pas reprendre mes “grands titres” (à l’exception des
Olympiques
, ill. par Despiau à la N.R.F.,
des
Célibataires
par Salvat, Flammarion, et de la
Petite Infante
, par Andreu, chez Lefebvre ; tous volumes qui se sont vendus
5000 fr l’exemplaire environ) ? Ou encore, si un gros livre ne vous est pas possible, pourquoi ne pas reprendre un de mes textes
plus courts, formant un tout, et que j’aime ? P. ex. la
Lettre d’un père à son fils
, ou la
Gloire du Collège
(de
la Relève
) »… Etc.
On joint un télégramme, et la fin du tapuscrit d’une conférence de Montherlant (3 ff.).
Reproduit page précédente
168.
Isabelle de MONTOLIEU
(1751-1832) femme de lettres suisse. L.A.S., Bussigny près Lausanne [1801, à
Bernardin de Saint-Pierre] ; 4 pages in-4.
500/600
Belle lettre à Bernardin de Saint-Pierre.
Elle déplore que les deux voyageurs qui apportent le souvenir de son correspondant passent seulement une demi-heure chez
elle : « à peine ai-je le tems de leur parler de l’immortel auteur des
Études de la Nature
– de leur demander s’il ne s’occuppe
point de nottre bonheur – et de quelque nouvel ouvrage... – Ils m’en donnent l’espoir et j’en jouïs d’avance – à présent que je
sais par cœur d’un bout à l’autre – les 4 précieux volumes – qui font le charme de ma retraite. Comme je serois heureuse d’y
recevoir une fois le père de Paul et de Virginie – et de voir en réalité ces deux charmans enfans – que j’aime depuis si longtems
– peut-etre lorsqu’ils auront quelques années de plus seres vous tenté de leur faire voir un pays qui doit avoir de l’interet pour
le peintre de la nature ». Elle ne mérite pas le nom d’Aspasie, elle est « une femme simple et bonne et sensible ». Elle évoque
« votre amie Rosalie [de Constant] toujours remplie d’esprit et de talent. Elle est à ce moment dans la douleur de la perte




