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avec beaucoup d’indulgence celle des gens donnent la supériorité aux facultés de l’imagination sur les hautes connoissances

auxquelles s’elevent les sciences physiques et mathematiques. J’aime aussi beaucoup la manière dont vous exposés la difference

des lettres et des beaux-arts d’avec les sciences exactes quant aux progrès que le tems peut apporter dans les unes et dans les

autres et qui sont bien autres et bien plus considerables dans le genre de connoissances

où les decouvertes des ages

comme vous

le dites

s’ajoutent les unes aux autres

. C’est faute d’avoir saisi cette verité que dans la querelle des anciens et des modernes

La Mothe et Terrasson ont mal raisonné en appliquant ce qu’on peut dire avec verité des progrès que le tems amene dans

les sciences, à des connoissances

dans lesquelles la perfection est presqu’entierement l’effort du genie

»... Il a beaucoup goûté

l’impartialité de son jugement du grand procès élevé entre leurs amis D’Alembert et Clairaut, et sans donner d’avis sur l’objet

de leur division, il estime que l’exposé de Bossut dissipe tous les doutes... « J’aime l’interet avec lequel vous defendes contre les

ennemis secrets du merite litteraire

la chaleur avec laquelle ces deux grands geometres se disputoient de sublimes verités

qui

sont sans doute d’une plus grande importance que

de miserables interets d’argent dont retentissent les tribunaux

. Enfin à mon

avis vous aves jugé avec justice et vous aves peint avec verité les caractères et les travaux de ces hommes celebres »...

172.

Arthur MUGNIER

(1853-1944) abbé, confesseur des gens de lettres. Notes autographes,

Ch. Maurras. Anthinea.

D’Athènes à Florence

, [1901 ?] ; 69 pages in-8.

400/500

Notes de lecture sur

A

nthinea

de Maurras. L’abbé consacre huit pages à la préface de Maurras, et à la « ressemblance de

la Grèce et de la Toscane »... Ces notes comportent d’amples extraits du livre. « Maurras voit tout d’abord dans le mur géant du

Parthénon “labouré de vastes blessures” une incalculable vigueur ramassée et il le compare à un

bétail puissant qui va bondir

et s’imposer.

Puis vient l’idée de

libre élégance

. [...] Maurras dit du mal des 14 prêtresses du premier Parthénon et de leur œil

bridé (“les 14 dames mongoles”). [...] Maurras trouve laids les mycéniens et les primitifs grecs [...] Après avoir vu un buste

de jeune homme barbu qui ressemble à Jésus-Christ, Maurras

sentit le besoin

de courir au grand air pour dissiper le trouble

où le jetait ce brusque retour du nouveau monde et du Nazaréen par qui tout l’ancien s’écroula »... Il est aussi question du

Musée Britannique, de Florence, d’auteurs anciens et modernes, et de la Provence. « Maurras célèbre les vertus pédagogiques

de la théologie dans le catholicisme, synthèse si tout est lié, réglé, coordonné. On apprend, dans le catéchisme, à être

un animal

raisonneur

. [...]

Conjonction nécessaire des athées et des catholiques

. Et Maurras cite un mot d’Auguste Comte (1856). “Il faut

maintenant presser tous ceux qui croient en Dieu de revenir au catholicisme au nom de la raison et de la morale ; tandis que, au

même titre, tous ceux qui n’y croient pas doivent devenir positivistes.” Cette conjonction des athées et des catholiques (athées

scientifiques et catholiques théologiens) aurait vite raison de leur adversaire,

l’esprit de l’anarchie mystique

, nouveau-né des

groupements nationaux et des combinaisons rationnelles. Maurras rappelle la démarche faite, en 1857, par A. Comte auprès

des Jésuites »... Etc.

173.

Alfred de MUSSET

(1810-1857). L.A.S., « Jeudi – campagne » au château de Lorey près Pacy-sur-Eure [novembre

1842], à Caroline Jaubert ; 6 pages in-8, cachet sec à ses armes couronnées.

2 500/3 000

Très belle et longue lettre à sa « marraine », sur la fin de sa passion pour la princesse Belgiojoso, et évoquant la

fin de sa liaison avec Rachel. Musset est parti se consoler et se reposer à la campagne chez un cousin.

« Eh bien, vous ne vouliez pas le croire. Qu’est-ce que vous en direz maintenant ? Suis-je parti ou non ? hein ??? – hélas !

je ne suis que trop parti. En bonne conscience, savez-vous ce que j’ai fait là ? la chose du monde la plus sage et la plus stupide

qu’on puisse voir. Raisonnez un peu et dites moi : il n’y avait moyen d’arriver à rien de bon, danger de s’aigrir, comme vous le

prévoyiez très justement,

item

raison de souffrir et de souffrir très sérieusement malgré toutes mes plaisanteries &c

donc

j’ai

fait pour le mieux en partant, parce que le voyage distrait, parce que l’absence fait oublier, parce que le parti-pris rend le sang-

froid &c – en un mot il aurait pu m’arriver malheur et il ne m’en arrivera pas, à moins que le diable ne s’en mêle.

Mais, marraine, mais, madame, mais écoutez donc, mais, il aurait pu m’arriver bonheur – entendons-nous, car je ne suis plus

fat. Il y aurait très certainement pu y avoir entre cette personne et moi un lien, une affection, qui, avec un peu d’habitude &

de vieillesse, aurait pu devenir une chose très gentille, sans même coucher tout à fait ensemble, mais seulement sous le même

toit. Or maintenant je parle très sérieusement, me connaissant fort bien comme je suis, tout est absolument rompu

net

. Ce sera

la seconde édition de mon histoire avec Rachel que j’ai plantée là par mauvaise humeur, sans aucune raison valable, laquelle

Rachel s’est piquée, a voulu dire qu’elle m’avait planté là la première, lequel moi me suis fâché tout rouge, lettres échangées,

tapage, criaillerie & finalement ––––– eau de boudin.

Voilà approchant ce qui m’advient derechef au sujet de cette belle personne méridionale. Je casse un pot renversé, disiez-

vous très bien l’autre jour. C’est

exactly true

. Personne n’est plus faible, plus tergiversant, et plus poule mouillée que votre

indécrotable filleul, mais une fois le pont passé bonsoir la rivière. Ce n’est pas du courage que j’ai c’est une espèce de besoin

d’aller, comme un cheval qu’on entraîne qui fait que je ne reviens plus sur une barrière franchie. C. [Cristina] est maintenant

comme morte pour moi – comparaison : – figurez-vous un œuf qu’on fait danser dans sa main ; il est bien frêle et bien léger

mais toujours très bon à faire cuire et très prêt à se laisser mettre au pot tant qu’il n’est pas cassé. Mais une fois tombé par terre

et cassé, il n’y a pas de cuillère il

n’y a pas rien

qui puisse remettre le jaune dedans et le faire redevenir œuf. Il ne reste qu’une

coquille en morceaux et un petit gribouillis.

Tel est l’état de mon aimable cœur.

Eh bien, marraine, je prends la liberté de dire, et j’en ai le droit ou le diable m’emporte, dussiez-vous me trouver

outrecuidant

,

ces femmes qui font les bégueules, qui me maltraitent, me méconnaissent, me font souffrir à plaisir, & finalement se font haïr de

moi, sont des sottes en toutes lettres. Ce n’est pas leur intérêt, ce n’est pas leur instinct, ce n’est rien que de la

blague

à laquelle

je ne me trompe pas. Qu’est-ce que c’est, je suppose, que Marco m’écrivant du haut de ses grands yeux que : “le seul bon effet

des succès

trop faciles

c’est d’empêcher qu’on ne s’obstine aux succès impossibles” ? Qu’est-ce qu’elle veut dire avec ses succès

faciles ? Certes rien n’était moins

facile

que certains

succès

(quel mot horrible !) que j’ai en mémoire, et rien n’était moins

… /…