42
L’enterrement de George Sand
223. DUMAS fils
(Alexandre). 2 lettres autographes signées [à l’officier de marine et littérateur Henri Rivière alors en
Nouvelle Calédonie]. 1876 et s.d.
500 / 600
–
Chez George Sand
à Nohant (Indre), s.d. Très belle déclaration d’amitié avec des digressions sur la vie : «
... À votre
service mon expérience, comme vous mettrez un jour votre bateau à mon service, je l’espère. Je voudrais que ce fût
bientôt et que nous nous en allions tous les deux quelque part où ça ne sente plus autant l’humanité. J’ai de cette
odeur-là par dessus les yeux...
»
– Paris,
1876
. «
... Vous... apprendrez peut-être des nouvelles par le même journal qui nous a annoncé la mort de
M
[m]
e Dudevant, plus connue sous le nom de George Sand...
Nous avons été l’enterrer à Nohant. C’était assez triste.
Il y avait très peu de monde. Renan, le prince Napoléon et moi,
plus la dite Valérie Fould... qui avait cru devoir venir,
on ne sait pas très bien pourquoi ; un discours d’Hugo lu par Paul Meurice et où il était question de Barbès, on ne sait
pas très bien non plus pourquoi. Voilà, je crois, tout ce qu’il y avait de remarquable. Il tombait une petite pluie fine.
On a déposé devant une centaine de paysans ébahis le corps de cette grande femme dans le caveau de sa famille,
adossée au mur de son jardin et tout enveloppé de verdure. Les bourgeois du voisinage n’avaient pas cru devoir se
déranger. Cependant, le corps avait été porté à l’église, bien que le prêtre qui s’était présenté aux derniers moments
n’eût pas été reçu, même dans le jardin. C’était la volonté expresse de la mourante,
mais, quand elle est morte, on
s’est trouvé en face d’une difficulté locale. Les paysans ne comprennent pas encore les enterrements civils. Ils se
figurent que lorsqu’un corps n’est pas porté à l’église, c’est que l’église a refusé de
[le]
recevoir et que le mort a commis
de son vivant quelque abominable forfait. Alors ils jettent des pierres au convoi. On a eu peur de voir insulter la
dépouille de George Sand, de sa fille dont vous n’êtes pas sans avoir entendu parler, madame Clesinger plus connue
sous le nom de Solange... a été trouver le curé, et lui a dit : maintenant que les volontés de ma mère ont été exécutées,
nous voudrions bien qu’on la portât à l’église. Le prêtre a répondu : comme on n’a pas voulu me recevoir, je ne puis
pas prendre la chose sur moi. Adressez-vous à l’évêque.
La dame Solange, qui est d’ailleurs une aussi bonne
catholique que Marie-Magdeleine avant sa conversion,
a télégraphié à l’évêque, mons... de La Tour d’Auvergne. Je
crois : “Demandons autorisation d’enterrer religieusement madame Sand. Réponse payée.” Monseigneur a répondu :
“Consentons, si les sacrements n’ont pas été refusés publiquement.” Or les sacrements n’avaient pas été refusés
publiquement... Voilà. Maintenant le fils et la fille sont en discussion et vont très probablement être en procès pour
l’héritage...
»
224. HEREDIA
(José Maria). 2 lettres autographes signées.
150 / 200
Heredia bibliophile :
Paris,
23
avril
1904
: «
Ce n’est pas un Fénelon, mais les 4 vol. in-12 reliés en cinq
(vraisemblablement par Pasdeloup) de la
première édition des mémoires du cardinal de Retz
– Amsterdam, Jean-
Frédéric Bernard, 1717 - que je possède dans ma très modeste bibliothèque.
L’exemplaire est fort beau, réglé, mais
simplement en veau, ce qui, aujourd’hui pour les amateurs est une tare que seule fait excuser la Toison d’or de
Longepierre... Les magnifiques livres de l’Arsenal sont à votre disposition
et l’administrateur
[Heredia lui-même]
serait très heureux de vous faire les honneurs des nouvelles salles et de vous entretenir de ses projets d’embellissement
pour mieux faire valoir tant de merveilles...
» — [À Gabriel Hanotaux], «
vendredi matin
» : «
Tandis que vous chassez
la plume et le poil, j’ai continué à poursuivre la peau, et
j’ai acheté aujourd’hui trois petits livres assez coquets :
1° Des traductions en jolis vers italiens de Musée, Tyrtée, &a, joli Renouard de 1801 relié en maroquin vert à long
grain. 2° Le psautier de Vatable, Estienne, 1556, maroquin rouge, reliure du
xvi
e
, fort belle, et intacte sauf une
réparation mal faite à la coiffe. 3°
“De Tibiis veterum”
, petit vol. avec gravures, maroquin vert d’autant plus joli qu’il
est plus fané. Il était classé parmi les livres de médecine par le libraire qui avait évidemment traduit : “Des Tibias des
vétérans”. Version digne de nos amis du Conseil supérieur de l’Instruction publique... N’oubliez pas, puisqu’il s’agit de
livres, de me renvoyer
mes deux Fromentin, le petit Bozérian jeune
et les deux Moreau de Jonnès qui, étant brochés
feront très bien le haut et le bas du paquet, afin que la ficelle ne marque pas sur les reliures.
Je viens d’achever de
frotter ces trois bouquins. Ils sont polis à miracle. Je crains même d’avoir abusé de la fragilité du grain long...
»
225. LABICHE
(Eugène). Lettre autographe signée à son «
cher Nadaud
». Souvigny-en-Sologne [Loir-et-Cher],
19 septembre 1873. 2 pp. 1/2 in-16.
150 / 200
«
... Je vous avoue bien franchement que je n’ai pas songé une seule minute à votre pièce. Je trouve que la donnée a
déjà été effleurée.
Lisez
L’Oncle d’Amérique
[d’Eugène Scribe]
et surtout le
Cousin Jacques [probablement
Mon
Cousin Jacques,
de Clairville et Chevalet]
. J’aimerais à traiter avec vous une donnée plus originale.
Je ne puis d’ailleurs
accepter en ce moment aucun travail, je me suis engagé à livrer cet hiver deux pièces en 4 actes, une aux Variétés et
l’autre au Palais-Royal, et j’aurai bien de la peine à être prêt aux époques qui me sont fixées...
»




