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André
MALRAUX
– Lettre autographe signée à son
amie Antonina Vallentin. S.l., [1951]. 1 page ½ in-8,
en-tête imprimé à son adresse.
« Comme c’est curieux de venir sur une planète
justement pour la voir mettre en morceaux ! »
«
D’abord jeme réjouis de l’arrangement devos “affaires“.
L’univers est assez bête pour que nous exigions qu’il
n’ajoute pas à sa stupidité les ennuis particuliers.
Chez qui paraissez-vous en Argentine ? Je pourrais
peut-être vs arranger qq chose au Japon. Sur quel
titre préférez-vs que j’essaie ? Léonard ?
La guerre ? les Fr
[
ançais
]
Parisiens y croient assez,
ici, pour stocker les sardines, mais pas pour
savoir comment ils se battront
. Mais j’ai toujours
pensé que Philopœmen était un type très bien ;
si
les Américains sont chassés de Corée le risque
deviendra sérieux
.
Comme c’est curieux de venir
sur une planète justement pour la voir mettre en
morceaux !
Je suis mieux en effet mais suis encore en coton –
matière déplaisante…
»
Antonina Vallentin
(1893-1957), (Antonina Silberstein,
épouse de Julien Luchaire, dite) est une femme
de lettres allemande, notamment auteur de
biographies, dont celle de Heine, Einstein ou
Léonard de Vinci. Elle fut l’amie de nombreux
intellectuels, dont Thomas Mann, Stefan Zweig,
H.G. Wells ou A. Malraux.
€ 200 - 300
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Stéphane
MALLARMÉ
– Lettre autographe signée
adressée
à
Armand Renaud
. Tournon,
« Lundi 27
juin »
[1864]. 4 pp. in 8.
« J’ai besoin d’hommes, de parisiennes,
de musique et de tableaux.
Je suis déjà aux trois quarts abruti »
Mallarmé se plaint du silence de son ami :
« Nous restons bien longtemps sans rien entendre
l’un de l’autre. Que faites-vous ? Et, d’abord, pour
me débarrasser des questions, n’avez-vous pas fait
représenter une pièce à Versailles ? Je crois le savoir
par Emmanuel
[Emmanuel des Essarts]
… »
Puis à propos d’articles en cours :
« …l’article
que j’ai fait sur les chers
Caprices de boudoir
[d’Armand Renaud]
a-t-il paru dans l’
Artiste
?...
Je viens d’en terminer un sur les
Flèches
d’Or[d’Albert Glatigny, paru la même année]
…
:
Les vers y sont d’une ampleur lyrique qui me
ravit…Et j’ai encore à écrire sur Philomela !
[de Catulle Mendès]
Ces trois articles seront
certainement ceux que j’aurai faits avec le plus
de charme, pouvant, derrière les poètes, voir
des amis.
»
Mallarmé poursuit sur ces travaux en cours :
« J’ai
fait peu de vers depuis ceux que j’ai envoyés à Cazalis,
mais quelques poèmes en prose…et une symphonie
littéraire où Th. Gautier, Baudelaire, et de Banville
entrent comme motifs… »
puis forme le projet de
rencontrer son ami à Marseille ou à Tournon.
Il termine en évoquant la future naissance de son
enfant :
« Une chose, hélas ! empoisonnera mes
vacances.Vous savez quema femme
[MarieGerhard,
avec qui il est marié depuis un an]
me promet pour
cet automne un berceau garni d’un baby
[sa fille
Geneviève qui naitra le 19 novembre]
: or, elle ne
pourra pas, sans risquer la vie de son enfant et la
sienne, venir à Paris, et, ne connaissant personne aux
environs, sera obligée de demeurer à Tournon. Cela
sera bien amer pour moi. Je resterai auprès d’elle
autant que possible, mais
je ne saurais, sous peine
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de déchéance spirituelle, rester toujours – j’ai
besoin d’hommes, de parisiennes, de musique et
de tableaux. Je suis déjà aux trois quarts abruti
… »
En 1864, Stéphane Mallarmé vient d’être nommé
professeur d’anglais au lycée deTournon-sur-Rhône
en Ardèche. Pendant l’été, il effectue plusieurs
voyages àAvignon où Emmanuel des Essarts lui fera
connaître les félibres, poètes de langue provençale,
Frédéric Mistral et Théodore Aubanel.
Références :
Correspondance de Mallarmé
(H.
Mondor et J.-P. Richard puis L.J. Austin 1959-
1985, Gallimard) et
Lettres sur la poésie 1872-1898
(Bertrand Marchal, coll. Folio, Gallimard, p.183)
€ 3’000 - 4’000




