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ère

Vente aux Enchères

– Genève,

27

novembre

2018

F.T.

MARINETTI

– Lettre autographe signée «

Votre

confrère futuriste, F.T. Marinettti

». Milan, [août 1910].

12 pp. in-8, à l’en-tête imprimé «

Poesia-Rassegna

internazionale

».

Lettre exceptionnelle relatant avec exaltation

la première « soirée futuriste » à la Fenice de

Venise du 1er août 1910

« …

J’arrive en ce moment de Venise, où nous avons

livré bataille, selon notre habitude, contre ceux

que nous appelons les passatisti

[les

passéistes

,

terme par lequel Marinetti stigmatisait les ennemis

du futurisme].

Je crois que vous êtes au courant de nos

conférences tumultueuses pour la défense de nos

idées futuristes. Celle qui vint d’avoir lieu dans le

grand théâtre de la Fenice à Venise a dépassé en

violence toute les précédentes. Dès les premières

phrases de mon discours contre l’innommable

décadence dupeuplevénitien, abruti etmorphinisé

par un culte stupide du passé et par une basse

adoration de l’étranger, un tumulte inouï éclata.

Dans la salle, où se pressaient plus de 3000

personnes et où les artistes étaient en grand

nombre. Parmi eux, plus d’une centaine de

futuristes nous défendaient avec acharnement,

imposant le silence à coups de poing et à coups

de canne. Je ne vous décrirai pas par le menu

détail tous les évènements bizarres et tragiques de

cette soirée mémorable, durant laquelle, malgré

les bagarres, les rixes, l’intervention de la police et

les arrestations. J’ai pu lancer de toute ma voix, sur

le tohu-bohu indescriptible de la foule, de claires

injures et de précises invectives contre la dégoûtante

lâcheté des Vénitiens, heureux de barboter dans

de l’eau sale en qualité de professeurs ignorants,

de brocanteurs frauduleux, de proxénètes et de

gondoliers complaisants.

L’un après l’autre sans lâcher prise, moi et

mes amis les peintres futuristes, avons sommé

le peuple Vénitien de se plier à la force de la

jeune Italie littéraire et, artistique, industrielle,

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commerçante et militaire, qui veut et doit à tout

prix guérir du passé les vieilles villes pourrissantes

ou mortes de la péninsule.

Je partirai demain avec mes amis les peintres

futuristes, en automobile, pour faire une tournée de

conférences rapides sur les plages élégantes et dans

les principales villes d’eaux.

Ce seront partout explosions d’injures, polé-

miques et batailles avec le triomphe grandissant

de notre idée destructrice et rénovatrice, qui com-

mence à influencer parlement et municipalités

.

Il va sans dire que dans nos haltes, au rythme

haletant du moteur, nous reprendrons pinceaux

crayons et plumes, car une grande Exposition

futuriste s’ouvrira cet hiver à Milan, et il me faut

retoucher

les dernières pages de mon nouveau

roman, presque achevé, qui paraîtra chez Sansot

en novembre

. [

Mafarka il futurista

, son premier

roman qui paraîtra en novembre]

Voilà comment je passe en vitesse futuriste les

mois de l’été , rasant avec mon auto les vieux murs

barbus des cimetières des villages, les yeux fixés

sur les beaux couchants italiens, couleur de forge

et les belles étoiles tranchantes d’acier

… »

Le 20 février 1909, la parution dans le Figaro du

Manifeste du futurisme

signe l’acte de naissance du

mouvement qui sera suivi en 1910 par une série de

conférences et « serate futuriste » dans les villes

italiennes qui seront le théâtre de réunions agitées

tournant souvent à l’affrontement.

Cette nouvelle esthétique littéraire et artistique,

industrielle et mécanique, fait l’éloge de la vitesse

et de la civilisation urbaine. Elle regroupe dans son

mouvement peintres, poètes et écrivains, aussi

bien que sculpteurs ou compositeurs.

La Revue

Poesia

a été fondée par F.T. Marinetti,

à Milan. Son premier numéro paraît le 1er février

1905, elle accueillera l’ensemble des publications

liées au mouvement futuriste.

€ 4’000 - 5’000