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« ...

J’attends à présent votre Cézanne avec impatience.

[Élie Faure consacra plusieurs études à Paul Cézanne : un

premier article dans

Portraits d’hier

du

1

er

mai

1910

, dont il est question ici et qui serait intégré en

1914

dans son

recueil

Les Constructeurs

; un second article dans

L’Art décoratif

du

5

octobre

1911

; et une monographie complète en

1923

, chez Crès.]

Ne croyez pas que je ne veuille vous parler de lui. Nous devons, nous, mettre nos idées en commun ;

puisque nous ne pouvons encore partager notre pain, donnons au moins tout ce qu’on ne cadastre pas, nos pensées,

nos amours, notre vertu.

Je ne crois pas que Cézanne soit allé en Espagne. Ni lui, ni les siens n’ont jamais fait allusion à ce voyage.

Mais il connaissait Greco. Il m’a notamment parlé un jour de

L’Enterrement du comte d’Orgaz

, à propos de

Manet.

À mon avis, pourtant, il n’avait vu que très peu de reproductions du Greco et je ne crois pas qu’il l’ait subi.

Ce

qui paraît être de Greco en lui, lui viendrait plutôt de Signorelli pour qui il avait un véritable culte

[le peintre italien

Luca Signorelli, vers

1450

-

1523

]

.

Le dessin du Louvre, l’homme portant l’autre, était cloué dans sa chambre, à Aix. Il me le montrait avec des larmes

d’enthousiasme.

Mais ces questions d’influence sont si mystérieuses.

« Un peu de cette lumière magnétique

qui force mon esprit à se tourner toujours vers les Étoiles... »

53. GANCE

(Abel). Lettre autographe signée à Élie Faure. S.l., [1930]. 2 pp. in-8, bas de page à son adresse de l’avenue

Kléber à Paris.

150 / 200

«

Buraud vous a parlé de mes carnets, sorte de journal que peut-être je vais intituler

Prismes

[le scénariste Georges

Buraud était l’assistant d’Abel Gance].

Nul mieux que vous ne pourrait m’écrire l’introduction.

Le tremplin de votre préface jettera les lecteurs dans l’esprit

adéquat. Sans vous à l’entrée du livre, ils seront longs à s’y reconnaître.

Peut-être trouverez-vous aussi dans ces pages de mon journal un peu de cette lumière magnétique qui force mon

esprit à se tourner toujours vers les Étoiles

alors que mes yeux ne regardent devant moi que les trois dimensions...

Et vous me direz, n’est-ce pas, profond ami, si, par les fissures du cœur d’où s’échappa ce livre, j’ai pu répandre un peu

de ce “baume de Galaad” sur la détresse poignante des hommes d’aujourd’hui...

»

Préfacé par Élie Faure,

Prisme

est l’ouvrage théorique majeur du cinéaste :

paru en

1930

, ce journal tenu de

1908

à

1929

recueille réflexions et notes de lecture éclairant sa vie intellectuelle et son processus créatif.

« Quel est ce besoin impérieux qui m’oblige

à transformer une simple averse en typhon ? »

54. GANCE

(Abel). Lettre autographe signée à Élie Faure. Hôtel de La Vanne-Rouge à Montigny-sur-Loing en Seine-

et-Marne, [1930].

150 / 200

«

Ce que vous avez rajouté à votre préface me comble d’aise. La porte du livre s’ouvre mieux

[préface d’Élie Faure à

Prisme

, ouvrage majeur d’Abel Gance paru en

1930

]

.

Je nage dans la concrétisation impossible de

La Fin du monde

[film d’Abel Gance qui sortirait sur les écrans en

1931

]

.

J’ai un petit dieu malin en moi qui me guide chaque fois dans le labyrinthe des centaures & qui m’y laisse seul. Où

est le jour ? – et quel est ce besoin impérieux qui m’oblige à transformer une simple averse en typhon ?

... Mais je

vous verrai à Paris dès mon retour pour que vous jugiez l’état de ma maladie d’étoile – & en attendant je vous

embrasse en vous remerciant bien affectueusement...

»

Extraordinaire lettre sur son ami Cézanne

55. GASQUET

(Joachim). Lettre autographe signée à Élie Faure. [Paris, 18 août 1910]. 12 pp. in-12, enveloppe.

1 500 / 2 000

Membre du félibrige, écrivant en provençal et en français, le poète et critique d’art Joachim Gasquet était le fils d’Henri

Gasquet, un camarade d’école de Cézanne, et devint lui-même son ami. Il fréquenta assidûment le peintre de

1896

à

1900

, puis s’en éloigna. Vers

1912

-

1913

, il écrivit sur lui des souvenirs, publiés en

1921

: malgré les difficultés

d’interprétation qu’il pose,

Cézanne

de Joachim Gasquet demeure une des sources majeures sur la personnalité du

peintre.

Paul Cézanne peignit des portraits d’Henri Gasquet, de Joachim Gasquet et de l’épouse de celui-ci, la femme de lettre

Marie Girard, filleule de Frédéric Mistral.