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Les dernières années de sa vie, il méditait surtout le Poussin. Il voulait composer de grands paysages animés, à la

manière du grand classique, en y ajoutant tout le frisson moderne.

Il y a notamment, chez Bernheim (à leur hôtel),

une moisson d’une plénitude dorée qui se rapproche beaucoup de cet idéal. Le château du Diable, des environs d’Aix,

y est stylisé au-dessus d’une grande plaine en travail, qui m’a toujours fait penser à

L’Été

du Louvre

[de Poussin]

.

La méditation vivante des frères Lenain,

les paysages devant la cheminée du Louvre

[

Famille de paysans dans un

intérieur

]

, et des

Joueurs de cartes

dans un corps de garde, du musée d’Aix, surtout,

l’ont amené, je crois, à la sublime

composition des paysans jouant aux cartes du Salon d’automne

[

Les Joueurs de cartes

]

et dont Pellerin a une étude,

peut-être encore plus belle

[l’industriel collectionneur de Renoir Auguste Pellerin]

.

Pour ce qui est du collage de Lantier et de Christine, la scène, d’une vérité psychique prodigieuse, n’a pas, je crois,

de fondement dans la réalité

[allusion au roman de Zola

L’Œuvre

,

où celui-ci s’est inspiré de son ami Cézanne

pour le personnage du peintre raté Claude Lantier]

. Mais c’est sûrement, par une aventure

analogue

qu’a dû

commencer sa liaison avec Mme Cézanne.

Le maître portait, à la ville, un chapeau melon, un vieux béret dans son atelier, un chapeau de paille au paysage.

Généralement.

Dans la rue, à Aix, il allait d’une allure de bête traquée, seul. Avec un ami, il marchait fier et fort. Avec un

indifférent, il prenait l’air finaud.

Il parlait admirablement...

Pendant les cinq premières minutes, comme tiré de sa vie intérieure, il cherchait pour se

traduire les images et les mots, mais bientôt, net, abondant, dru, il se faisait

comprendre

des êtres les plus nuls, les plus

antipathiques, qui le subissaient d’abord, puis, lui absent, faisaient gorges chaudes de sa pensée et de son lyrisme. Il

abordait tous les sujets, sauf le politique, avec passion ; recherchait la fréquentation des ouvriers et des gens du peuple,

qui,

tous

, l’adoraient. Il était d’une bonté rayonnante et d’une intelligence védique ; je ne trouve pas d’autre mot.

Il allait à l’église.

Par classicisme, pour s’appuyer, éthiquement, sur une forte tradition.

“Non de Dieu, a-t-il dit un jour, si je n’allais pas à la messe, je ne pourrais pas peindre”. Une autre fois : “C’est la

douche et la messe qui me tiennent droit”.

Il suivait les sermons du Carême. Mais il y a là mille complexités. Une de

ses sœurs était sous la coupe absolue des jésuites, qui voulaient lui acheter le Jas de Bouffan, auquel tenait beaucoup

Cézanne. Vous savez qu’il était le fils d’un banquier. Il avait lu Balzac, Le

Cabinet des antiques

,

Le Curé de Tours

... ??

[roman et nouvelles décrivant la mesquinerie de personnages respectables dans des villes de province.]

Il était carrément antidreyfusard. Ce qui n’empêcha pas Rochefort d’écrire sur lui un infâme article (parce qu’il était

l’ami de Zola) et que les nationalistes glissèrent nuitamment sous deux ou trois cent portes, à Aix...

Voilà, je crois,

à peu près ce que vous me demandez...

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