178 1918. 3 LETTRES AUTOGRAPHES SIGNÉES et 4 CARTES POSTALES.
– Beaulieu, 16 janv. 1918. L.A.S. 4 pp. in-8. F. B. accuse réception de l'almanach que lui a envoyé son amie
et donne son sentiment sur la guerre, les chefs de gouvernement et son état d'esprit présent : «
assis avec tout
le monde au bord d'un grand trou noir
/.../
mais je cultive dans mon esprit cet
optimisme mélancolique
dont
parle le prodigieux Carlyle
». Il égratigne au passage les chefs du gouvernement confondant intègre avec inté-
gral : «
Je me plains de ce qu'on n'aime pas assez ce qui est aimable, ce qui est divin et adorable à travers les
siècles, ce qui est inimitable et glorieux, je veux dire tout ce qui constitue le beau, le clair génie français. De
tant et si bien haïr, on oublie un peu ce qu'il faut respecter et aimer et ce pour quoi on se bat ! Si après la
guerre on ne sait plus parler ni écrire
/.../
que nous restera-t-il à aimer à nous autres d'Avant ?
».
– Nice, Collinettes, 25 fév. 1918. C. P. Il se réjouit de l'arrivée de son amie à Menton.
– Nice, Les Collinettes, 24 avril 1918. L.A.S. 2 pp. in-8. F. B. s'inquiète de son amie qui a « p
ris un poste
d'écoute pour veiller à la sécurité des Parisiens
».
– Beaulieu, 28 juin 1918. L.A.S. ornée d'un petit dessin. 6 pp. in-8. E
TONNANTE LETTRE HUMORISTIQUE
présen-
tée comme une lettre-manifeste écrite en commun avec Madame de Beauchamp : «
Notre société, en train de
s'engloutir dans la chaudière de la Transformation universelle, se dissout à ce point qu'on ne saura bientôt
plus où situer ses amis, et notre carnet d'adresses sera aussi démodé qu'une robe entravée. Alors nous vous
disons : entrez dans notre Confédération Générale de Travail de la Pointe de St Hospice. Le Prolétariat
conscient qui constitue cette nouvelle société est un prolétariat qui revendique le droit de respirer et « d'avoir
des débouchés sur la mer ». Révolté contre la barbarie et indigné par trop d'atrocités, il veut vivre pour le
Droit, la Justice et la Liberté. Si vous consentiez à nous rejoindre nous vous prierions de nous indiquer les
couleurs de votre future chambre
/.../
Sans doute ai-je jeté quelque inquiétude dans votre âme de cristal en
vous disant qu'elle était de « Travail »
/.../
peut-être nous évoquiez-vous déjà, vous attendant au seuil de la
Fiorentina, et vous engageant à rouler des brouettes remplies de briques pour les amener au sommet des tours
/.../.
Or nous voulons bien travailler mais sans effort. Et à quoi donc voulons-nous travailler ? Je vais vous le
dire tout de suite afin de soulager votre cœur et de rassurer votre esprit : nous voulons travailler à nous
connaître nous-mêmes...
». La suite est à l'avenant.
– Villa Fiorentina, St Jean Cap Ferrat, 17 juillet 1918. C. P. F. B. travaille en même temps au chantier de sa
villa ( «
je veux m'obstiner à laisser un sourire à la Terre dévastée.
.. » ), et au tome II de ses
Souvenirs
.
– Nice, Collinettes, 30 nov. 1918. C. P. «
Où êtes-vous ?
/.../
J'aurais voulu vous dire mille choses, renouer le
fil de notre conversation du 1er août 1914 où nous disions : Qu'allons-nous voir ! Et bien nous avons vu ! Et
j'avais mis sur le papier à questions : nous aurons l'Alsace et la Lorraine ! .
.. ».
– Nice, 6 déc. 18. C. P. Ses lettres adressées à l'Hôtel Wagram ne sont pas parvenues : «
J'apprends par Mad.
de Beauchamp que vous êtes ailleurs et je me hâte de vous dire que je pense à vous, que je vous espère, que
vous devez être l'Ombre bienheureuse de notre Ile de Nausicaa
/.../.
Profitons de ce ciel de victoires et de
triomphes sans précédent ! la vie est brève
... ». 200/300
179 1919. 2 LETTRES AUTOGRAPHES SIGNÉES et 3 CARTES POSTALES.
– Nice, 7 mars [C. P.]. Signée
Hortensius
. F. B. accuse réception d'un recueil de poésies de son amie. «
Je vais
me mirer dans vos mirages et j'y trouverai quelques heures d'une délicieuse nostalgie juvénile que vous seule
savez donner !
... ».
– Versailles, 9 juillet 1919. L.A.S. 2 pp. in-8. Enveloppe. L
ONGUE ET INTÉRESSANTE LETTRE POLITIQUE
. Ferdinand
Bac commentant sa planche
Le Réveil de Charlemagne
, composée le jour de l'Armistice, donne libre cours à
son aversion pour l'Allemagne de Bismarck : «
On ramassait l'Allemagne à "la petite cuillère" et je m'étais ima-
giné que mon rêve d'enfant allait enfin s'accomplir et que l'Univers, armé et uni contre la Prusse malfaisante,
allait profiter de sa victoire pour étouffer cette vipère et séparer les Allemagnes
/.../.
Au contraire, Wilson a
déclaré qu'il avait le mandat impératif de respecter l'Unité allemande de 1871
/.../.
Quant à la France elle disait
dans sa gaminerie héroïque : «
C'est un bloc d'abjection. Il faut les écraser en bloc
». Ainsi avec une ignorance
crasse des plus élémentaires besoins
/.../ c
onsacré l'Empire germanique de Bismarck
/.../.
Quand selon la pro-
phétie de cet admirable psychologue qui s'appelait Jesus-Christ, les Premiers seront tous devenus les derniers
et les derniers les premiers, je contemplerai du fond de mon tonneau de Diogène le joyeux mouvement du mar-
ché universel et je trouverai sans doute avec vous que rien n'est changé
/.../
et que les poètes sont toujours libres
de s'embarquer sur la nacelle dorée qui les portera sous les blancs portiques de l'Isle de Nausicaa.
.. ».
– Versailles, 15 août 1919. 3 pp. in-8, signée
Hortensius
. A l'occasion de sa 60
ème
année : «
Car je me suis
aperçu qu'à 4 heures, je veux dire à la 16
ème
heure sonnant, j'allais avoir... soixante ans, puisqu'aussi bien je
suis né au plus beau jour de la France impériale le 15 août 1859 à la minute même où le maréchal Marc
Mahon débouchait sur la place Vendôme à la tête des troupes victorieuses de la campagne d'Italie. A présent
ma juvénilité prolongée va être plus difficile à soutenir : tissée d'une mélancolie infinie elle devra rebondir sur
les terres convulsées de la sulfatara où mille petits foyers d'incendie couvent sous les cendres
... ». Joint une
carte postale incomplète sur Fouquet, Vaux-le-Vicomte, évoquant Fouquet, évoqué aussi en P. S. au verso de
l'enveloppe de la lettre.
25




