Lot n° 347

FLAUBERT, Gustave Lettre autographe signée, adressée à Ernest Feydeau [Croisset, 19 juin 1861]

Estimation : 5000 / 7000
Adjudication : 12 236 €
Description
CONTRE LA DOUCEUR EN LITTÉRATURE : “NOYONS LE BOURGEOIS DANS UN GROG À 11 MILLE DEGRÉS !". FLAUBERT AUX PRISES AVEC LA RÉDACTION DE SALAMBÔ 3 pages 1/2 in-8 (205 x 135mm), sur papier vergé bleu, à l’encre noire. Quelques ratures PROVENANCE : Catalogue de la librairie Georges Andrieux, Hôtel Drouot, 30-31 mai et 1er-2 juin 1928, n° 222 ; enveloppe de la vente conservée “Tu ne me parais pas te réjouir infiniment, mon vieux Feydeau ? et je le conçois ! l’existence n’étant tolérable que dans le délire littéraire. Mais le délire a des intermittences ; et c’est alors que l’on s’embête. J’applaudis à ton idée de faire une pièce après ton livre sur Alger. Pourquoi veux-tu l’écrire dans des “tons doux" ? Soyons féroces, au contraire ! Versons de l’eau-de-vie sur ce siècle d’eau sucrée. Noyons le bourgeois dans un grog à 11 mille degrés et que la gueule lui en brûle, qu’il en rugisse de douleur ! C’est peut-être un moyen de l’émoustiller ? On ne gagne rien à faire des concessions, à s’émonder, à se dulcifier, à vouloir plaire en un mot [...] Au reste, puisque tu as ton idée, exécute-la. Mais sois sûr que ce qui a choqué ces messieurs dans ta dernière œuvre théâtrale est précisément ce qu’elle comportait de bon et de particulier. Tous les angles sont blessants [...] Je ne pense pas avoir fini avant la fin de cette année. Mais dussé-je y être encore dix ans, je ne rentrerai à Paris qu’avec Salammbô [sic] terminée ! C’est un serment que je me suis fait". RÉFÉRENCE : Gustave Flaubert, Correspondance, III, Paris, Gallimard, 1991, pp. 157 et 1132
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