Lot n° 117

Jules Laforgue (1860-1887). L.A., signée d’un grand point d’interrogation, [Berlin] Lundi [19 ou 26 avril 1886], à son ami le journaliste Théodore Lindenlaub ; 6 pages in-8. Belle et longue lettre littéraire, concernant notamment l’envoi à...

Estimation : 1500 / 1800
Adjudication : 2 200 €
Description
La Revue Illustrée de sa nouvelle Incomprise. « Ce dernier coup me démâte ! (pas du beaupré). -À moins que vous ne soustrayiez désormais ma copie aux prétentieux loisirs des braves gens Chevaliers de la Pierre de Touche - ou que vous ne m’envoyiez (l’un d’eux s’étant dévoué pour le rédiger) le manuel du parfait écrivain français selon Saint Abonné, - je ne vois guère pourquoi jc continuerai à vous ennuyer de mes grosses enveloppes. [...] Comme, après tout, toute peine mérite salaire, envoyez-moi au moins la consolation de savoir que Bourget, Hervieu, Huysmans ont pass sous la même juridication. Si cela ne fut point - c’est qu’il y a une nuance. Et j’attendrai pour vous se^ir d’apporter avec un passeport de réputation publique ». Quant à ce qu’il pense de la revue, il ne se prononce pas, et divise son public en « deux familles », ceux qui « adorent vos chromos et aussi vos bois (épatants) » et parcourent à peine les textes, et ceux qui goûtent « le Bourget, le Malot, le Lohengrin, le Richepin » ; dans l’autre famille, « on a trouvé que les Becque ressemblent à des papiers tous secs, des notes pour lui-même. On regrette le Bergerat qu’on aime au Figaro. Et tout pour les yeux, rien à relire en relié. Quant à l’Impératrice j’ai bien été obligé de lui dire que jusqu’ici je n’avais rien à lui en lire, mais elle abhorre vos portraits contemporains et adore adore vos chromo (ne le publiez pas dans votre sinistre correspondance) ». Il suggère de demander « quelque fantaisie claire à Villiers de l’Isle-Adam qui n’a jamais lui n’a blessé la décence et est toujours surprenant pour tout le monde. Je vous avais signalé une petite nouvelle de 2 feuilletons très clairs dans la Journée [la nouvelle L’Épouvantement, reprise dans L’Amour suprême]. Et Maupassant, et un monologue de Cros (s’il lui en reste !) - Pourquoi ne donnez-vous pas vos chroniques à Julien Lugol qui du moins a de la verve et du fouet ? etc. etc... donnez au moins du Rabusson au lieu de cet éternel Theuriet dont la province a soupé. - Franchement dois-je vous envoyer autre chose ? - Voulez-vous des vers sur le Joli mois de Mai. Voulez-vous des Pensées subtiles mais bon enfant dans le genre de celle-ci : “Une femme aimée qui a la consolation et la distraction d’une magnifique chevelure à soigner est par cela même moins continûment importune qu’une autre, et avec le charme de paraître si monstrueusement encombrante par la maison”. “Ce qu’il y a de plus clair dans notre vie, c’est qu’elle diminue chaque jour de vingt-quatre heures”. “La nature, en créant la terre, a fait une énorme boulette” ? » Jules Laforgue, Œuvres complètes, t. II (1995), p. 842-845.
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