Lot n° 302

"Aequatoria". Rédaction et administration : Mission catholique, Coquilhatville. Coquilhatville, 1939-1962, broché en 24 vol. 4° (brochage d'amateur, dos en jute noire, traces de moisissures à 2 vol.). Les années 1937 et 1938 manquent. "C'est à...

Estimation : 100 / 150
Adjudication : 100 €
Description
Coquilhatville que, de 1937 à 1962, fut édité le périodique Aequatoria. Lancé par des missionnaires catholiques, il attira vite nombre de collaborateurs d'origines diverses: les premiers étaient des magistrats, on trouve ensuite les noms de certains administrateurs, puis celui d'un colon. A l'approche de l'indépendance, quelques "évolués" y publièrent des articles. Mgr E. Van Goethem, lui-même "éminent indigéniste", s'opposa à l'expression "Ecole de Coquilhatville" , qu'il estimait prétentieuse. Avec le recul de plus d'un demi-siècle, l'expression semble caractériser parfaitement l'engagement intellectuel et social d'un groupe d'hommes partisans d'une "bonne colonisation", impliquant plus de justice sociale et un plus grand respect des cultures locales, sans pour autant mettre en discussion le droit de la colonisation. Un engagement politique, qui plus est, critique de l'autorité coloniale, n'allait pas de soi pour un ecclésiastique. Il y eut des résistances de la part des "Supérieurs". L'Evêque hésita et s'opposa à l'idée de Boelaert de faire d'Aequatoria un cheval de bataille. En 1945, le Délégué Apostolique, Giovanni Dellepiane, fit suspendre Aequatoria, qui se livrait, selon lui, à l'apologie des "turpitudes du paganisme". Quelques années plus tard, Boelaert commence à stigmatiser "les turpitudes de la colonisation". Entre-temps un grand nombre de sujets de politique coloniale passent la revue dans les colonnes d'Aequatoria : droits fonciers, dépeuplement, éducation scolaire, politique linguistique, polygamie, dot, civilisation... Entre 1951 et 1959, Hulstaert publie chaque année des extraits des discours-programme du Gouverneur Général et n'hésite pas à faire des remarques parfois très critiques. A l'approche de l'indépendance, Hulstaert sent que la liberté de parole est menacée. Il écrit à Boelaert : "Nous devons être très prudents et éviter des sujet politiques" (28-5-59). Un grand nombre de personnes, d'horizons très divers, tous partisans d'une moralisation de la colonisation, s'expriment dans Aequatoria, sous la rédaction de Boelaert d'abord (1937), de Hulstaert par la suite (à partir de 1941). Hulstaert et Boelaert ont reçu ensemble leur formation sacerdotale; ils se sont ensuite retrouvés au Petit Séminaire de Bokuma (1933-34) et à la mission de Boteka (1946-1948). Entre 1951 et 1954, ils se rencontrent souvent à Coquilhatville, Boelaert comme "imprimeur" (d'Aequatoria) et Hulstaert comme résidant à Bamanya. C'est Boelaert qui a "inventé" Aequatoria. Par sa capacité d'analyse pénétrante, il voyait mieux que l'évêque et les supérieurs de l'époque les implications de certains problèmes coloniaux. Sous son impulsion, Hulstaert adopta souvent les mêmes positions concernant la dénatalité, les terres indigènes. Mais c'est Boelaert qui aborda le premier ces questions et il les a mieux étudiées que Hulstaert. Tous deux étaient convaincus que la défense du lomongo contre le français et le lingala était au coeur de leur mission "civilisatrice". La recherche linguistique et littéraire restera leur première préoccupation..." (Honoré Vinck, Une conscience coloniale : "L'école de Coquilhatville", 1937-1960). Extrêmement rare.
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