Lot n° 303

Jean JAURÈS (1859-1914). Manuscrit autographe signé, Par le mépris, [mai 1906] ; 20 pages petit in-4 (rousseurs au 1er feuillet). Important article sur la première Douma d’État de la Russie, convoquée le 10 mai 1906 à Saint-Pétersbourg....

Estimation : 5000 / 6000
Adjudication : 5 000 €
Description
Cet article fut publié à la « une » de L’Humanité du 27 mai 1906. « C’est avec une sympathie ardente mêlée d’inquiétude et parfois d’angoisse que le peuple français suit l’admirable effort de libération du peuple russe. À la Douma, premier organe de la volonté populaire vont tous les vœux des bons citoyens de France »... Jaurès regrette la décision des socialistes russes de boycotter la Douma (« une fausse manœuvre »), alors que les rumeurs courent du projet d’un coup de violence du Tsar et de ses conseillers contre les délégués de la nation, mais il craint moins un attentat susceptible d’inciter le peuple à « la lutte suprême », que la tactique d’indifférence et de mépris affectée par l’absolutisme et la bureaucratie... Lorsque le Tsar a refusé de recevoir directement l’Adresse votée par la Douma, on a applaudi celle-ci d’avoir évité le conflit en abordant aussitôt le problème agraire qui « émeut l’immense peuple opprimé ». Mais il faut que tout cela aboutisse, « que la Douma trouve moyen d’entrer dans l’action et qu’elle oblige le gouvernement à compter avec elle » ; sinon « l’espérance du peuple russe serait frappée en elle de paralysie »... Or pour échapper à ce piège, la question agraire semble bien être « le seul levier qui puisse ébranler et soulever toute la nation. Si elle se laisse mettre en vacances avant d’avoir fait appel aux paysans elle est perdue. [...] Elle sera peut-être obligée par la mauvaise foi du pouvoir à entrer dans les voies révolutionnaires. Si elle vote au profit des paysans une bonne et grande loi sur les terres et si elle invite les paysans à appliquer eux-mêmes cette loi, sous le contrôle de délégués de la Douma représentant la volonté nationale, que pourra le Tsar ? Ce n’est plus avec la Douma seule, c’est avec tout le peuple paysan qu’il entrera en conflit : et l’action révolutionnaire ainsi déterminée sera incoercible. Elle le sera d’autant plus qu’elle se confondra aux yeux du peuple avec l’action légale de la nation exprimant par la Douma sa volonté souveraine »... Et Jaurès de railler Le Temps, qui cherche à émousser la revendication agraire afin de désarmer la liberté russe ; seuls les paysans russes peuvent déterminer « la part de collectivisme, la part d’individualisme qui doit entrer dans le régime nouveau de la terre arrachée à la Couronne, à l’Église et aux grands propriétaires »... C’est une folie, que « nos modérés » condamnent la Russie à se débattre « dans un chaos où son crédit peut sombrer comme ses espérances de liberté » : malgré cela, le peuple russe « saura trouver son chemin hors du marais d’impuissance où les sages veulent le retenir et le plonger »... Vente en collaboration avec DAGUERRE 5 bis rue du Cirque 75008 Paris (Tél. 01.45.63.02.60 – www.daguerre.fr)
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