Lot n° 166

BRETON, André. Nadja. [1927-1928.] Manuscrit autographe signé in-folio (310 x 200 mm) de 34 feuillets montés sur onglets, écrits ou illustrés au recto (à une exception près) : vélin blanc à la Bradel (René Asper). Précieux et unique...

Estimation : 2500000 / 3500000
Adjudication : Invendu
Description
manuscrit autographe du chef-d'oeuvre d'André Breton :
le plus beau récit issu de la nébuleuse surréaliste. Il est complet.
Rédigé en 1927, le roman parut l'année suivante. À la fois roman autobiographique et onirique, récit
d’une dérive et discours de la méthode, Nadja compte au petit nombre des classiques de la littérature
du XXe siècle.
Manuscrit de premier jet, considérablement travaillé.
Il se compose de 25 feuillets numérotés en chiffres arabes au crayon rouge (manuscrit) et 9
feuillets numérotés en chiffres romains au crayon noir (illustrations et documents autographes);
encre noire sur papier ivoire, environ 65 lignes par page, écriture de petit format très serrée,
nombreuses interventions de l'auteur : suppressions et repentirs (parfaitement lisibles), corrections,
interpolations, etc. ; les feuillets 4, 5, 6, 12, 18, 19, 22 et 24 présentent d’importants “cartons”
(cancels) collés directement sur la page ; des ajouts aux feuillets 6, 14, 16, 19, 24 et 25 ont été effectués
sur des morceaux de papier collés et repliés : un becquet, voire une simple languette dans la marge
extérieure ou en bas de page (14, 16, 19 et 25), ou un feuillet en bas de page comportant une portion de
texte plus importante (6,24).
La partie “documentaire” contient les pièces suivantes :
coupure de presse du 26 décembre (1927 ?), relative à un S.O.S. envoyé par un avion
survolant l'île de Sable (Terre-Neuve) ;
texte manuscrit de 5 lignes, de la main de Nadja, au verso d'une feuille à en-tête de
la brasserie restaurant Lamberty, 80 bd des Batignolles (26 octobre 1926) ;
dessin original de Nadja à l'encre noire sur papier quadrillé figurant un bouquet de fleurs.
La légende est de la main d'André Breton ;
petit dessin de Nadja à l'encre noire sur un fragment de nappe en papier : il figure
la fameuse “fleur des amants” portant quatre yeux en guise de pétales ;
2 cartes postales (novembre 1927) et 1 lettre autographe signée (janvier 1927) de Nadja
sous deux enveloppes à l’adresse d'André Breton ;
2 prospectus imprimés pour le film L'Étreinte de la pieuvre (épisodes 3 et 5) ;
2 photographies représentant l'hôtel des Grands Hommes et le Sphinx Hôtel.
Les légendes sont de la main d'André Breton ;
2 photographies représentant la devanture d'un marchand de charbon et un masque
africain. Les légendes sont de la main d'André Breton ;
photographie d'une scène tirée de l'acte II des Détraquées. Au verso de l'épreuve,
cachet du photographe, Henri Manuel. La légende est de la main d'André Breton ;
2 photographies montrant une statuette et une vue des puces de Saint-Ouen.
Les légendes sont de la main d'André Breton.
C’est au lendemain de la publication de Nadja qu’André Breton céda le manuscrit de son livre à
l’éditeur, mécène et collectionneur suisse Henri-Louis Mermod (1891-1962), l’ami de Ramuz et de
Gustave Roud, qui venait de fonder sa propre maison d’édition (1926). En tête du premier feuillet
de texte, il porte cet envoi autographe signé :
A Monsieur H.L. Mermod
très sincère hommage
André Breton
En outre, le dédicataire a placé au début du volume la lettre autographe que lui adressa André Breton
avec le manuscrit (16 décembre 1928 : 1 page et 2 lignes in-4, en-tête de la Révolution surréaliste) :
Monsieur,
Je vous remercie encore de l'intérêt que vous voulez bien me témoigner . Je suis profondément honoré de
l'accueil que vous avez fait à mon livre et rien ne m'est plus agréable que de penser que le manuscrit vous en
appartiendra. Votre dernière lettre m'apporte une autre très bonne nouvelle : que grâce à vous C.F . Ramuz
ait été à même de lire "Nadja " et ait bien voulu juger cet ouvrage avec sympathie m'est extrêmement sensible,
j'ai depuis longtemps pour Ramuz une admiration mieux que littéraire.
Je vous suis très reconnaissant de songer à présenter si aimablement "Nadja " à vos amis. Est-il besoin de le
dire, tout ce que j'attends de la publication d'un livre est qu'elle éveille spontanément quelques sympathies
comme la vôtre et celle de quelques personnes dont j'apprécie hautement les qualités de coeur et d'esprit.
Veuillez me croire, Monsieur, votre tout dévoué,
André Breton
Dès décembre 1928, donc, le manuscrit de Nadja est fixé en Suisse. Il ne reparut que soixante-dix
ans plus tard à Londres, dans une vente aux enchères où Pierre Bergé en fit l'acquisition (Sotheby’s
Londres, 3 décembre 1998, nº 397). Entre-temps, en 1963, établissant le texte pour le tome I des
OEuvres complètes d’André Breton dans la Pléiade, Marguerite Bonnet se désolait : “Nous n'avons pas
retrouvé le manuscrit de Nadja.”
Or ce manuscrit se révèle un document capital, indispensable à toute édition critique ou annotée
de ce texte clé du XXe siècle. En effet, seules les variantes entre les deux éditions imprimées (plus
de 300 d'après Marguerite Bonnet) ont à ce jour fait l'objet d'un véritable recensement, la longue
occultation du manuscrit original n'ayant pas permis de comparer le tout premier jet, réalisé très
rapidement, avec les corrections effectuées par Breton directement sur la copie. Ces innombrables
ajouts et repentirs, tous parfaitement déchiffrables, présentent donc un intérêt littéraire majeur.
L'illustration du manuscrit s'avère tout aussi intéressante. On sait l'importance que Breton accordait
à l’image et à la photographie, et la place centrale que celle-ci occupe dans Nadja. Dans l'esprit
de l'auteur, les 44 reproductions – devenues 48 en 1963 – n'étaient pas destinées à jouer un rôle
purement illustratif mais, indissociables de la création littéraire, devaient faire corps avec le texte.
Le manuscrit original comporte en tout 14 documents annexes, dont 7 photographies légendées à la
main par André Breton : ces images ne sont pas les mêmes que celles imprimées par Gallimard en
1928. Breton a également inséré dans le volume 4 documents autographes de Nadja (Léonie Camille
Ghislaine Delcourt, 1902-1941), tous inédits.
L'exemplaire est parfaitement conservé dans une reliure en vélin du Genevois René Asper,
le relieur habituel de H.-L. Mermod.
M. Bonnet in André Breton, OEuvres complètes, I, Bibliothèque de la Pléiade, 1988, pp. 1495-1522.- M. Polizzotti, Revolution of the
Mind. The Life of André Breton, Boston, 1995.- J. Arrouye, Les Photographies de Nadja, in Mélusine (IV), 1982.
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