Description
L’album est composé de cent soixante seize feuilles réglées, dorées sur tranches, dont cent douze sont restées vierges, sur lesquelles est rédigé un poème manuscrit en deux couleurs (encre noire et encre rouge) de vingt-et-un huitains calligraphiés en français, illustrés par un ensemble de 43 gouaches rehaussées d’or, certains huitains sont datés de 1604-1608. Les images illustrant chaque huitain sont précédées d’une gouache représentant des fleurs et des animaux (détail des illustrations ci-dessous). Il comporte également vingt-et-un ornements floraux et animaliers, précédant chaque texte. Un frontispice à la gouache est orné d’un motif losangique à deux tulipes encadrant un cartouche. Le poème évoque l’amour courtois d’un gentilhomme courtisant et d’une demoiselle, tout en faisant référence à des précédents mythologiques, comme « Pyrame et Thisbé », « Léandre et Héro », « Persée et Andromède », et à des scènes historiques, intitulées « François Ier fait prisonnier devant Pavie », « Sur le Jugement de Paris », « Sur les périls de la mer ». Au milieu du volume se trouve un manuscrit de trois pages rédigées d’une autre main, signées plusieurs fois d’un monogramme S fermé. La reliure est de l’époque, en veau havane, entièrement décorée d’un semis de fleurs de lys dorées, orné à chaque angle dans des petits cartouches ovales d’un S fermé et d’une fleur de marguerite, au centre figure un losange encadrant un semis de fleurs de tulipes et trois couronnes de laurier. Traces de fermoirs sur les plats, par des rubans rouges et verts alternés, représentatifs de l’époque. L’emploi du S fermé (ou fermesse) est répandu à l’époque. Entendu d’abord par G.D. Hobson, comme un symbole de loyauté, il est plus fréquemment interprété aujourd’hui comme le symbole « to be slave of love » (Mirjam Foot), image qui correspond bien au contenu du manuscrit. Quant au ∆ ou double ∆ , il semble avoir, dans la cryptographie du XVIe siècle, exprimé la fidélité (surtout associé au Φ « fedeltà » en italien). Le double delta forme une esthétique étoile à six pointes souvent utilisée comme ornement. Mais ainsi répété au dos, le ∆ pourrait également être une initiale. Travail d’origine flamande, du début du XVIIe siècle. Le style de la reliure et des peintures, le papier qui pourrait être flamand, la thématique utilisée (14e huictain : L’espagnol parle (titre). O divine beauté, ô dame sans pareil,/ Celles du Pays Bas font du monde merveille/ Telle beauté n’est pas aux dames de l’Espaigne/ N’en celles emplisant la Castilloise plaine, - La prise du Roy François premier devant Pavie au 16e -Chacun doit chercher son semblable - Avec l’Espagnol se lie l’Espagnolle au 19e huitain), permettent d’évoquer les Pays-Bas espagnols. Les années 1604-1608 se trouvent placées sous le règne de l’archiduc Albert d’Autriche (1559-1621) et de son épouse, l’infante Isabelle d’Espagne (1566-1633) qui avait apporté les Pays-Bas en dot, à leur mariage, en 1599. Ils avaient installé leur cour à Bruxelles. Bon état général, quelques déchirures et usures du temps, en l’état. Certaines gouaches sont épidermées et pliées. Format in-8 oblong. - Dimensions des feuilles de l’album 15,7 x 22 cm Conservé dans un étui en maroquin noir, à l’imitation d’une reliure ancienne, dos à nerf orné du titre en lettres d’or : « Livre d’ami de Marguerite de Valois, 1604-1608 ». Travail anglais du XXe siècle, signé Rivière & Son. Détail des illustrations gouachées : P.11 : Ornement constitué d’un losange encadré par deux tulipes au-dessus d’un motif de cuir ; p.21 : Pigeon entre deux fleurs ; p.25 : En face du « Huictain sur cette histoire » : Couple dans un paysage : l’homme caracolant sur son cheval ; la femme tenant une cordelette reliée à son cœur ; p.35 : Léopard entre deux œillets ; p.41 : En face du « Huictain sur cette histoire » : Deux chevaliers s’affrontant pour obtenir les lauriers de la belle ; p.53 : Oiseau entre deux tulipes ; p.57 : En face du « Huictain sur cette présente histoire » : L’amour conduit un noble amant dans le labyrinthe où se trouve sa belle ; p.73 : Rhinocéros entre deux fleurs ; p.77 : En face du « Huictain sur Piramus et Thisbée » : Thisbée se suicidant à la suite de Pyrame sous un mûrier ; p.89 : Oiseau noir entre une grappe de raisin et un pavot ; p.93 : En face du « Huictain sur cette présente histoire » : La cruauté de l’amour ; p.99 : Lion bondissant entre deux fleurs ; p.103 : En face de « L’histoire de Léandre et Héro » : Héro attendant son amant Léandre sur la berge ; p.117 : Paon faisant la roue ; p.121 : En face du « Huictain sur cette présente histoire » : Paysage marin avec naufrage ; p.135 : Chien ; p.139 : En face de « l’histoire de Perseus et Andromeda » : Persée délivrant Andromède du dragon marin qui la retient prisonnière ; p.153 : Martin-pêcheur ; p.157 : En face de « la présente histoire de Cupido » : Le char de l’Amour ; p.171 : Tige en fleurs ; p.175 : En face de « cette présente histoire » : Parabole du cerf blessé et de l’amant rejeté ; p.189 : Oiseau posé sur une branche pour manger une cerise ; p.193 : En face de « la présente histoire » : La déclaration d’amour ; p.205 : Cerf ; p.209 : En face de « cette présente histoire » : L’or ou la belle ; p.221 : Iris ; p.225 : En face de l’histoire du « gentilhomme courtisant » : Jeune femme acceptant la rose de l’amour ; p.241 : Cheval noir ; p.245 : En face de « la présente histoire » : La femme abandonnée boit le poison de l’amour ; p.249-251 : notes manuscrites ; p.257 : Cygne ; p.261 : En face de « la présente histoire » : L’éloge de la beauté ; p.271 : Licorne ; p.275 : En face du dialogue entre un gentilhomme et une demoiselle : Le badinage amoureux dans les jardins d’un château ; p.283 : Chardonneret ; p.287 : En face de « La prise du roi François Ier devant Pavie » : La bataille de Pavie ; p.295 : Bouvreuil pivoine ; p.299 : En face de « la présente histoire » : Scène avec déesses, allégorie du temps, nobles dames, marchand, avocat, soldat et gentilhomme ; p .309 : Chien ; p.313 : En face du « Jugement de Paris » : Paris remettant la pomme d’or à Vénus ; p.325 : Pivoine ; p.329 : En face de « Chacun doit chercher son semblable » : Chacun son couple ; p.341 : Cigogne ; p.345 : En face des « Périls de la mer » : Bataille en mer REFERENCES: Nous pouvons rapprocher cet album d’un volume se trouvant à la Bibliothèque Nationale de France (Paris), classé sous la côte ALL. 362 (1597- 1612 et 1596-1598), composé de sujets galants avec des scènes similaires. A voir également le manuscrit de Smith Lesouëf 84 (1597-1606) qui a appartenu à Andreas Math (réf. Wolfgang Klose Corpus alborum amicorum : beschreibendes Verzeichnis der Stammbücher des 16. Jahrhunderts : 97mat.and), dont le texte est en latin et en français, relié en veau, contenant de nombreux feuillets blancs et papier marbré bleu. La thématique est la même, mais le traitement est différent.