Lot n° 60

Louis-Philippe, roi des Français (1830-1848).

Estimation : 300/500 €
Adjudication : 1 250 €
Description
L.A.S. « LP », adressée à un général, Paris, 12 août 1835, 4 pp., in-4. « Mon cher Général, j’ai été bien touché de votre lettre, et bien fâché de ne pas vous répondre tout de suite, mais vous connaissez la vie que je même, et plus que jamais je n’ai pas le moindre loisir. J’ai trouvé dans votre lettre l’expression de cet acharnement pour moi qui m’est si bien connu et qui m’est si précieux, et j’y ai retrouvé aussi cet esprit de sagesse et de prévoyance dont vous ne m’avez pas moins donné de preuves. Ma conservation et celle de mes trois fils dans cet épouvantable désastre est miraculeuse, mais plus on apprécie cette grande grâce de la Providence, plus on doit sentir la nécessité de fortifier l’hérédité de mes fils et de garantir leur paisible succession par tous les moyens. C’est de cela surtout qu’il est nécessaire de s’occuper, et je voudrais en voir une conviction plus forte et plus répandue. Je n’ai pas besoin de vous en dire davantage, et vous savez le reste. La lettre que j’ai reçue du Roi d’Angleterre était telle que je pouvais la désirer. Je viens d’en recevoir une du Roi des Pays Bas qui est admirable. Je vois avec une vive reconnaissance le prix qu’on attache partout à ma conservation, mais elle m’a parût achetée bien cher, quand j’ai vu l’effroyable carnage dont j’ai été entouré, et quand j’ai reçu aux Invalides les quatorze cercueils qu’en étaient le déplorable résultat ! … je suis repoussé, après avoir continué ma revue jusqu’à la Place de la Bastille ; le boulevard était encore convenu de mares de sang, et les grenadiers de la huitième légion (le faubourg St Antoine) ont défilé avec leurs pantalons blancs tout ensanglantés ! … Aussi rien (la 8ème a eu sept morts et huit blessés ! Plusieurs sont encore en danger) ne peut donner une idée de l’état ou était la Garde Nationale, les Troupes de ligne et la population, et leurs transports, quand ils me revoyaient, étaient tels que j’ai failli être arraché de mon cheval plus d’une fois. Vous serez, mon cher général, mon bon interprète auprès de tous ceux qui vous ont manifesté de faire des omissions en me nommant, quoique je regrette de ne pas vous désigner plus particulièrement dans les m’ont bien touché. Je crains que le petit voyage que mon fils le Duc de Nemours va faire en Angleterre ne dérange un peu vos projets. Cependant il ne restera à Londres que le temps nécessaire pour faire sa Cour au Roi et à la Reine, et pour voir toute cette famille Royale dont j’ai reçu souvent tant de témoignages d’intérêt. Ensuite il fera sa tournée comme il le désire, et il sera de retour à Paris vers le 20 Septembre. Ainsi, j’espère que cela ne dérangera pas vos projets, surtout si vous avez celui de venir me voir, ce qui me fera grand plaisir. Mon fils sera accompagné pour le Général Colbert dans la blessure à la tête est à peu près guérir, pour le Colonel Boyer, et Mr Larnvic qui a été son Instituteur. C’est de tout mon cœur mon cher Général, que je vous renouvelle l’assurance de toute mon amitié pour vous. » PROVENANCE : cabinet Pierre Cornuau, expert en Autographes à Paris.
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