Lot n° 382

ANONYME [RAPPORT SUR LA CORSE] Adressé à : « Monseigneur », commencé à Bastia, Isle de Corse le 29 septembre 1829, terminé à Paris le 19 décembre 1829. - Pièce manuscrite à l’encre brune de 16 pages pleines in-folio et 2 feuillets...

Estimation : 2000 / 2500
Adjudication : 2 500 €
Description
blancs sur papier vergé filigrané Blauw-Rives. (37,5 x 24,5 cm).
INTERESSANT RAPPORT SUR LA CORSE ET SES HABITANTS EN 1829 DANS LEQUEL L’AUTEUR PROPOSE COMME SOLUTION AUX PROBLEMES DE L’ILE LA CREATION DE COLONIES AGRICOLES
L’auteur fait le récit de ses explorations en Corse, il décrit de manière détaillée le réseau routier de l’ile et évoque à travers leur action et leur rayonnement différentes figures de l’Ile comme Sebastiani et Pozzo di Borgo. Il s’intéresse aux travaux d’assèchement des marais, à la colonie grecque de Paomia et recense différentes richesses de l’ile telles que : goudron, pin lariccio, mines … Pour résoudre le problème du faible peuplement de la Corse et exploiter toutes ses ressources, il envisage d’y établir : « plusieurs colonies françaises puisqu’il est positif qu’il existe en France un excédent de population qui manque de travail et d’occupation, classe indigente à laquelle on procurerait en Corse une existence heureuse et productive au gouvernement »
« Bastia est le siège de la Cour Royale. Cette cour, à l’exception de deux conseillers sur seize, n’est composée que de corses ; aussi, tout en rendant hommage à la sagacité des naturels de l’Isle, la justice y est elle rendue avec trop de partialité ; malheur aux continentaux qui se trouvent en opposition d’intérêts avec des insulaires, et par cette raison sécurité toute entière aux bandits, s’ils sont corses. Cette affreuse dénomination est donnée aux gens que l’esprit de vengeance conduit à commettre des assassinats non seulement sur la personne qui a offensé, mais encore sur les membres de sa famille à l’infini. Dans ce pays, tous sont parens, alliés et vice et versa il résulte donc de cette terrible disposition que cette vengeance, cette horrible vendeta, toujours prête à agir d’une manière d’autant plus dangereuse qu’elle est occulte vient interposer l’effroi au devant des consciences des magistrats, effet terrible, mais inévitable. [….] Quant aux habitants de Bastia, ils sont entièrement adonnés au commerce qu’ils font exclusivement avec l’Italie en face de laquelle ils sont placés et notamment Livourne. Ils font très peu avec la France. Peu leur importe d’être à telle ou telle nation, pourvu que le cabotage ne leur soit pas interdit, on a quelques raisons de croire que le parti anglais s’y fait sentir […]. Vescovate est la résidence actuelle et le siège des propriétés de la famille Sébastiani, Lieutenant Général et député […] Portovecchio, situé sur le rivage de la mer, avec un port et une grande et belle rade, n’est plus habitable, à cause des miasmes pestilentiels de ses marais qui chaque année prennent un nouvel accroissement. Sa population n’arrive pas à 300 âmes, le surplus de cette population s’est retiré à Quenza. […]Depuis Bastia jusqu’à Portovecchio, l’on trouve une quantité de terrains de première qualité, qui non seulement ne peuvent être cultivés, mais qui empêchent les autres terrains de l’être, à cause des vapeurs dangereuses qu’ils exhalent au loin. Le premier et presque aux portes de Bastia, est l’étang de Mariana de la contenance de 3000 hectares. Ensuite vient celui de Casinca de 1500 hectares. Après et successivement celui de Tavagne de 500 hectares, de Moriani de 150 hectares, de Campoloro de 750 hectares, de Tende de 200 hectares et ceux de Portovecchio dont l’étendue est immense.[…] Le coté de l’ouest ne présente que des rochers à pic, des rades et des golfes, mais c’est la partie la plus civilisée et la mieux cultivée et sa position le rend plus intéressant encore , placé vis-à-vis de la France, dont il n’est séparé que par un canal de 35 lieues. Une très belle route établie sous le règne de Louis XVI, conduit de Bastia à St Florent. Le golfe, la ville et les environs de St Florent présentent à l’observateur de grands objets de méditation et le spectacle terrible des effets de l’insalubrité. Une ville maritime réduite à moins de 400 habitans, une magnifique rade de prés de six lieues de superficie et dont le séjour est redoutable aux deux marines militaire et marchande, dans la saison la plus propre à la navigation. La possibilité de faire de St Florent une ville importante, des établissements de pêcherie et de peuplade agricole. Mais l’influence dangereuse des 220 hectares de marais, situés au fond du golfe et aux portes de St Florent, éloignent toute espèce d’amélioration, tant que ce pays ne sera pas assaini. […] Calvi le point intéressant de toute l’Isle sous tous les rapports est également infecté par deux marais inquiétants. Le Stagnone et le Pagliazza. Ils s’étendent depuis le faubourg de la ville jusqu’à la maison de l’Alzetta, à plus d’un mille et demi de distance et formant entre eux une courbure à peu prés parallèle à celle de la plage du golfe, en s’arrêtant au derrière des dunes de sable qui la préservent des déversemens des eaux de la mer. Ils ne présentent pas comme ceux de St Florent un aspect triste et pénible, bien le contraire, la vue se repose avec plaisir sur cette plaine immense toujours verdoyante et cependant ses effets sont aussi terrible […] Calvi se divise en deux villes, la haute habitée par les autorités, la garnison et les principaux habitans, la basse par la marine, le commerce et l’industrie. Sa population s’élève à deux mille âmes environ. Cette population s’élève à deux mille âmes environ. Cette population lutte pendant quatre mois contre les fièvres qui la déciment chaque année .Cette ville prend le titre de fidèle, sur la porte est écrit en lettres d’or Semper Fidelis. Les habitans sont actifs, industrieux, aiment la France et les français, ils sont très dévoués à la famille des Bourbons et l’on peut compter sur leur attachement. […] Ajaccio, aujourd’hui capitale de la Corse est une jolie ville, divisée en deux, la ville vieille et la ville neuve. L’ensemble est bien dans une situation agréable, bâtie en plaine. Elle est susceptible de prendre un grand accroissement. Mr le Comte de Landivy, le prédécesseur du préfet actuel a fait beaucoup de bien et l’a grandement embellie. Cette ville commerce exclusivement avec la France et elle y transporte des vins, des huiles, du blé. Il arrive de la France toute sorte de marchandises. Il y a beaucoup de luxe et dans les rues, à l’église comme dans les soirées, l’on croirait être à Paris. Le peuple est bon, poli, honnête, l’on y aime les français et la France. Le préfet actuel est un très bon administrateur ;laborieux et actif, il fait de fréquentes tournées dans son département ;malgré les difficultés des communications […] Il s’occupe de l’assainissement de plusieurs points de l’Isle et il désire vivement y attirer la Compagnie Générale de Desséchement des Marais ,persuadé qu’une fois que cette compagnie aura mis le pied en Corse, elle y fera beaucoup de bien […] A Ajaccio sur la place St Charles, est la maison de Bonaparte, c’est une petite habitation bourgeoise à deux étages et six croisées de façade. L’on montre aux étrangers la chambre où il logeait située au 2e étage et avec les mêmes meubles qu’il avait, un lit, chaises de paille, commode et une table. Sur la commode on voit encore un petit canon sur lequel il faisait des études. Sur le lit est une couverture, c'est-à-dire un reste de couverture, car chaque visiteur en emporte un petit morceau dont le Cicerone du lieu fait commerce. Ajaccio est également la patrie de Mr Pozzo di Borgo, ambassadeur de toutes les Russies à Paris. Ce ministre est excellent pour les habitans de son pays et y fait tout le bien qui lui est possible. Il fait construire des maisons, achète des propriétés pour y établir des fermes modèles et donner à ses compatriotes des exemples des idées agricoles, les inciter à cultiver les terres et leur donner la preuve que s’ils voulaient travailler il pourraient être heureux et se procurer les douceurs de la vie qui leurs sont inconnues.[….] Il existe en Corse plusieurs mines entre Patrimonio et Oletta arrondissement de Bastia, dans la vallée de Barbagio et dans un terrain appartenant à un Sieur Arena et une mine de plomb argentifère.Le minerai est disséminé dans une couche de schiste et la roche n’est aucunement dure. Le Général Paoli avait commencé à l’exploiter.Prés d’Olmetta, au village de Specaggio dans les flancs de Monte Torno, entre les montagnes de Négro et de Farinole et à une lieue de la mer, il existe une mine de fer […] A une petite distance de Cervione sur une espèce de plateau et couvert [de] broussailles, il y a une mine de Manganese oxidé noir, compact et très dur ; le terrain où elle repose est du schiste tolqueno en décomposition. Dans le canton d’Orezza, il existe une grande quantité de carrières de marbre de toutes couleurs et au bas de la montagne de Stazzona, dans le lit du fiumealto est une roche de vert antique d’une très belle qualité […] Les Corses se plaignent de la France ; ils disent que le gouvernement les abandonne et ne fait rien pour leur pays et ils tiennent beaucoup à ce que l’on s’occupe d’eux. Ils sont très attachés à la famille des Bourbons. Ils se rappellent que c’est à un membre de cette auguste famille à Louis XVI qu’ils doivent les commencements d’améliorations qu’ils ont éprouvés. Ils ne l’oublient point. Cette reconnaissance s’étend à toutes les classees, les bergers mêmes habitant les lieux les plus sauvages, s’ils rencontrent un voyageur devinent s’il est français et aussitôt la première question est de lui demander des nouvelles du Roi de France. Le caractère dominant des Corses est la fierté .Leurs femmes sont leurs esclaves. Pendant qu’ils fument leur herbe corse, le ventre au soleil, ou qu’ils jouent aux cartes à l’ombre de leurs Pachalis, les femmes se livrent aux travaux les plus pénibles. S’ils voyagent, ce n’est jamais à pied ;bien montés et armés de fusils, de pistolets et de poignards et bien chaussés surtout ,tandis que la femme suit par derrière ,à pieds nuds et porte sur sa tête ,les hardes et les vivres nécessaires au voyage […] La possession de cette Isle est du plus haut intérêt et on pense qu’il serait nécessaire que la France s’occupât d’avantage de la Corse qu’elle ne le fait. L’occupation de cette Isle lui est indispensable, car si elle venait à passer sous une autre domination et qu’une guerre survint, quelques batimens légers mouillés à Ajaccio, Calvi ou St Florent bloqueraient tous les ports français de la Méditerranée et elle lui est en outre avantageuse par les bois qu’elle en retire pour sa marine. […] Il existe en Corse beaucoup à faire. Cette Isle offre à l’industrie une infinité de ressources ; et combien de branches à exploiter, dont le succès est certain. Son étendue est grande, sa longueur est de 47 lieues, sa plus grande largeur de 20 lieues. Elle occupe le 3e rang parmi les Isles de la Méditerranée. Placée sous le 42e degré de latitude, un terrain fertile et excellent, elle est susceptible de donner les plus riches produits tels que le sucre, l’indigo, le thé, etc. des essais ont été fait et y ont parfaitement réussi. J’ai vu la canne à sucre à Ajaccio, l’indigo à l’arena, le coton à Bivinca, le thé à Novale. Le nopal, plante sur laquelle se nourrit la cochenille y croit naturellement et l’on en voit en quantité à Ajaccio, à Calvi, à Abujola. La soude y réussit parfaitement et sa qualité est supérieure à celle d’Alicante. Je pense même que l’on pourrait y établir avec succès des cafeyers. […] La Corse est vraiment dépeuplée, car une superficie de 874741 hectares ne compte au plus que 180 000 habitans qui forment environ 40 000 familles; une famille pour chaque cinq mille arpens .La source de cette faiblesse de population et sa stagnation, ont plusieurs causes. Peu de mariages, la sobriété, la misère des campagnes et la vie pénible des femmes empêchent le développement des facultés reproductives, pas assez de religion et des prêtres excessivement ignorans répandent trop le fanatisme. Il faut des bras à la Corse, c’est un des besoins le plus urgent. Il existe en France un excédent de population qui va toujours croissant .Beaucoup de famille indigentes, des ouvriers sans travail, des anciens militaires sans asyle, tous trouveraient en Corse une existence heureuse .Il faudrait faire appel à tous ces individus, les y transporter, leurs distribuer des terres et imiter et suivre l’exemple du Roi de Sardaigne […]
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